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Portrait d’icônes (1): Martin Messi Me Nkonda, la recette de l’originalité.

Martin Messi Me Nkonda, la recette de l’originalité.

Guitariste, interprète et auteur-compositeur, ce virtuose de la musique camerounaise est considéré, aujourd’hui, comme la tête de proue de la modernisation du Bikut-si.

Certaines œuvres se moquent de l’usure du temps : l’œuvre musicale de Messi Me Nkonda est un bel exemple. Ses chansons, même quatorze années après son passage derrière le rideau de l’ombre : la mort, n’ont rien perdu ni de leur profondeur ni de leur originalité. D’ailleurs, pour les inconditionnels de sa musique et de son style, c’est un plaisir intarissable d’écouter encore et encore ses chansons.  C’était un génie, un pionnier, qui a su creuser le bon sillon. Il a participé, avec des artistes comme Zanzibar, Vincent Nguini, Bony Mballa, Manga Lucky à enrichir l’esthétique du Bikut-si traditionnel en le modernisant. Ses chansons, toutes inspirantes, méritent  d’être explorées par les jeunes générations, plus portées vers la trivialité.

Né en 1946, le fils de Raphaël Nkonda et de Anastasie Bekono épouse Nkonda a fait de la musique, plus qu’une passion et un métier, une vie. Déjà, dès l’enfance, il se fait remarquer par sa capacité à dompter, sans grand effort, le jeu sur les différents vibraphones, membranophones et autres idiophones. Quelques années plus tard, il quitte Yemessi. Son village, dans l’arrondissement d’Esse. Il s’installe à Garoua où, sans attendre, il fabrique ses premières guitares et commence à écrire ses premiers textes. C’est, là, le point de départ d’une longue et riche carrière aigre-douce.

Découvreur providentiel

A Garoua, il fonde, aux côtés de Clément Ndo, un autre esprit vif et créatif de la musique camerounaise, le légendaire groupe « Les titans de Garoua ». Figure majeure du groupe « Jazzy Garo », qui deviendra Los Camaroes, il est celui qui a découvert la transposition du son du balafon sur une guitare électrique : la Guitare-Balafon. Pour obtenir le son du balafon avec sa guitare, il intercale un bout d’éponge entre le chevalet et le crin. Une découverte providentielle qui le mène sur la scène internationale dans un contexte mondialisant alors naissant.

Dès les années 70, il devient populaire et sollicité, au-delà même des frontières du triangle national. Il doit ce succès, à cette époque, à sa capacité à agencer le rythme traditionnel Beti aux courants musicaux tels que le « Mérengué », la « Rumba » et le « Soukouss ». Il enrichit ce brassage non seulement culturel, mais aussi esthétique par des textes fouillés. Et une habileté à explorer la rhétorique des langues Ekang. Sans bémol ni fausse note ou mauvais accord, il valorise l’intériorité culturelle et ethnologique de la grande communauté « Béti-Fang-Bulu » de la forêt équatoriale africaine dans ses divers titres. A travers des thématiques existentielles dépurées et raffinées ; dépouillées de toute trivialité et plutôt ceintes d’une sagesse et d’une mystique remarquables.

Travaillé par son succès, on le sent régressé. C’est le début d’une longue traversée du désert. Toutefois, comme tout bon génie, il revient sur la scène dans les années 90. Il signe donc des contrats dans des maisons de production telles que Ikom Kaporal, Brief Ossessa et Angoula production qui produit, dans les années 2000, l’album « Zoa Mballa » élu disque de cette même année par l’émission populaire de la CRTV animée par Nadine Patricia Mengue. Ce retour sur la scène sera très bref. Il ne suffira pas pour sortir l’artiste du dénuement total dans lequel il décèdera en Mars 2005. C’est, une fois de plus confirmé, la trajectoire de nos artistes est presque toujours la même. Ils peuvent briller et être reconnus dans le monde entier, mais ils finissent toujours où ils ont commencé. Dans la pauvreté et l’incapacité de payer leur loyer.

Tout est encore possible…

Si Messi Me Nkonda a eu un parcours existentiel et artistique peu ou prou sombre, il est encore possible d’éviter le même sort à ses productions artistiques. Ses admirateurs avertis et les mélomanes doivent donc lui donner une seconde vie. Ce, en enseignant aux jeunes générations son esthétique musicale dans l’espoir qu’elles sauront l’adapter aux nouveaux courants musicaux du calibre de l’«Afro-Trap », par exemple. Soit !

Ses chansons constituent, aujourd’hui, un important tissu de sonorités encore en friche à explorer de fond en comble. Pour apprécier leur compétence et leur performance à enrichir les différents courants qui constituent la « World Music ». Faut se le dire, en toute mesure, les musiques sont de plu en plus portées vers un brassage au-delà d’une cartographie particulière !

 

Baltazar Atangana Noah- Nkul Beti.

 

 

 

 

 

 

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