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Des arabesques à mes abysses de Chantale Bonono

Des arabesques à mes abysses de Chantale Bonono, Yaoundé, SPAC, 2019.

La dernière publication de Chantale Bonono est un recueil de poèmes. Une somme légère et agréable à lire de quatorze textes, qui traitent de thèmes qui bourlinguent entre amour et désamour; dévoilement de soi et de l’Autre. Un opuscule de bon ton. Un concert de mots. Qui giclent. Chérissent. Aboient. Admonestent. Regrettent. Jubilent. Dépriment. Hurlent. Murmurent. De la poésie libre, qui dévoile, à la manière d’un corsage que l’on dégrafe délicatement, la poétesse Bonono « Nue dans [la] nudité » de son « amour frissonnant dans un souffle comme un cocon nuageux »/ «  torride comme un soleil ardent. »

Chantale Bonono pose la trajectoire vitale de l’Être, partant de l’itinéraire existentiel de son être. Il est question dans son art écrit de mettre en communication ses intimités avec celles de l’Autre soi. Un traitement dualiste, sans anamnèse, des deux entités (soi et l’Autre soi) qui permet, en fin de compte, de comprendre l’Être dans son insoutenable fragilité et l’héritage intégral de ses aventures heureuses ou malheureuses. Ceci, afin de dépouiller toutes les zones ombragées des intimités. Ce qui fait ressortir analytiquement le paradoxe des intimités esthétisé également par Assita Sidibé (Trois mensonges de la nuit, 2017): la plus grande ouverture à l’autre intime (le fait d’être intime avec l’autre fait que j’ai qualification de possiblement naître avec lui, c’est-à-dire de le connaître dans le sens latin cum natum) et la plus grande fermeture (mais je ne peux naître avec lui que par une forme de son extériorité qu’il me fera connaître, en même temps qu’il internalisera lui-même, en extériorisant, ses mots/actes pour se dévoiler à moi).

Partant d’une analyse du titre, l’arabesque, tout comme l’abysse qui exprime tous les aspects glauques des textes de ce recueil, est rattachée comme poétique à l’écriture de Chantale Bonono. L’arabesque, généralement évoquée dans l’architecture, n’est plus uniquement le jeu des courbes, des lignes et des droites. Elle devient ici le jeu d’usage de la langue- le vocabulaire- et la manière par laquelle ces mots apparaissent dans le texte. L’arabesque, une fois poétisée, apparaît comme un jeu allégorique et un glissement dynamique de l’expression du motif thématique général(Amour) sous toutes ses formes : regret de certaines aventures ; désir de certaines rencontre ; autodérision et tout le secouement.

Des arabesques à mes abysses est une poésie romantique tissée autour d’une forte fusion allégorique des contraires: amour-désamour; haine-joie etc. Ce fait littéraire se révèle, dès lors, comme un véritable instrument de découverte et d’expression du réel (rapport de soi aux mondes et aux Autres soi). D’emblée, la vocation de ce que doit être la poésie contemporaine est traduite: «  une juste démesure »(Chamoiseau). Cette démesure-la est une référence à l’ouverture totale, qui est exprimée ici par le désir de démasquer l’Autre au même moment que l’on se dévoile. Sans méchanceté, à priori. Un nouveau barème du monde est alors exprimé au nom d’un avenir de l’écriture poétique que Chantale Bonono voit inextricablement lié à la relation (aux mondes, aux êtres).

Tout compte fait, l’écriture de Chantale Bonono participe d’une certaine manière à la reformation, subtile, d’une ligne d’architecture à une ligne d’écriture. Il est donc indubitable que c’est la beauté  et l’originalité que la poétesse Bonono, dont l’âme est purement sensuelle et excitante (le corps aussi ? Soit!), cherche continuellement qui fait que son œuvre restera, éternellement, dans notre mémoire:

« J’aurais clouté mes mains

J’aurais saigné mes pieds

J’aurais percé l’azur du ciel

Et j’aurais conquis ce de

Vie de toi qui fait vie en moi »

Baltazar Atangana Noah- Nkul Beti

 

 

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