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Les vices de la bonté

  • Arrête…arrête. Je t’en supplie
  • Vous savez comment me faire arrêter, Père.

Les lèvres de Maduc s’étirèrent doucement tandis que sa main rapprochait dangereusement la lame de la gorge de sa prisonnière.

  • Père, bientôt, il se fera trop tard.

Nathanaël tremblait de tout son être et ses mains lâchèrent l’arme.

  • Je ne peux pas, murmura-t-il. Je ne peux pas.

Maduc pencha délicatement la tête et regarda le vieil homme.

  • Ramasse-le.

Nathanaël répondit par chevrotement inaudible.

  • Ramasse-le, ou c’est son cadavre que tu ramasseras très prochainement.

Le vieil homme se courba et retroussa sa manche gauche. Puis, de sa main calleuse et revêche, ramassa l’arme et se mit debout.

  • Pourquoi, pourquoi fais-tu cela ?
  • Parce-que Père, je veux vous ouvrir les yeux sur ce monde, à vous et à eux.

Il baissa les yeux sur l’enfant assommée qu’il tenait dans ses bras.

  • Nous ouvrir les yeux sur le monde ? Mais que dis-tu Maduc ? Nous sommes ta famille Maduc, alors pourquoi veux-tu nous faire du mal ?
  • Parce-que Père, la vie est injuste. Parce-que Père, vous mentez à tous ces enfants comme vous nous avez menti à moi et à mes frères d’avant. Le monde n’est pas emplit de bonté comme vous nous l’avez fait croire depuis notre enfance. Il n’y a que de l’intérêt bien placé, de la cruauté adoucie, du mal sous le nom du bien. Mon cher Père, aucun humain n’est bon, nous sommes tous mauvais, sauf que d’autres assument plus leur nature que d’autres.
  • Maduc, qui t’a rempli la tête de telles absurdités ?
  • Absurdités, dites-vous ? Mais c’est ainsi qu’est le monde Père, le vrai Pas le cercueil dans lequel vous nous avez éduqués.

« Peut-être y’a-t-il encore de l’espoir pour lui, pour nous, si seulement j’arrive à le convaincre » pensa Nathanaël.

  • Maduc, fils…

Maduc serra le bout de la lame sur la gorge de la fillette et regarda sereinement son tuteur.

  • Je vais la tuer, et après, j’égorgerai le reste des soixante-huit enfants. Et, peut-être vous aussi, vous et vos frères. Et tout ça, tout cela sera de votre faute.
  • Fils… je t’en prie.
  • Tuez-moi et vous aurez la vie sauve.
  • Ce que tu me demandes là est impossible ! Comment pourrais-je te tuer ? Tu es mon fils, je t’ai élevé, alors pourquoi fais-tu cela ? Pourquoi !

Il fit mine de réfléchir puis dit :

  • Pourquoi ? C’est évident. Je veux les empêcher de souffrir. C’est l’amour Père. L’amour pour ces enfants qui très vite grandiront et iront dans un monde de souffrance, où au nom de la paix, la guerre règne. La vie ici est hypocrite. Vous leur apprenez seulement les vertus, le concept du bien et du mal, l’importance de la bonté. Mais dehors, dans la vraie vie, ces conseils ne les rendront que plus faibles, naïfs, manipulables, idiots, crédules et stupides. Ç’aurait été une autre chose si vous les gardiez ici toute leur vie, mais après vous les envoyez en pâture au monde. Comprenez-vous Père ? Je leur offre la délivrance et à vous la chance de vous racheter. En me tuant, vous me prouverez qu’il y’a encore de l’espoir pour leur éducation, que vous pourrez changer la manière dont vous voyez les choses, que ces commandements qui interdissent de voler, de tuer, de mentir ne sont qu’un bluff pour tenir en laisse la conscience des plus crédules et les rendre faibles. Vous me montrerez qu’il y’a de l’espoir pour eux. Par contre si vous ne le faites pas…

Il entailla la peau de sa victime et une tâche de sang souilla l’argent de la lame brillante.

  • Si vous ne le faites pas, vous m’obligerez à les délivrer très tôt de la souffrance, du mensonge de l’équité de la vie pour la plonger dans la seule certitude qui gouverne notre monde : la mort. Vous n’étiez pas là quand ils étaient sur le point de mourir. Jafar, Djibril, Celia, Zila et tous mes autres frères. Ils étaient si contents. Le seul véritable sourire que j’ai eu à voir sur leur visage après que nous ayons quitté ce lieu. Heureux de quitter cette vie atroce truffée de fourberie. Mais savez-vous qu’ils sont morts par la main d’un des vôtres, ces hommes qui disaient exécuter la justice divine ? Quelle justice, lorsqu’ils pillent d’honnêtes citoyens ? J’ai donc appris une chose Père. Le commandement Tu ne tueras point est sélectif, lui ainsi que tous les autres. Alors si des hommes de foi peuvent tuer sous le prétexte de justice divine, pourquoi nous avoir enseigné la bonté, le respect d’autrui et toutes ces sottises qui n’ont contribués qu’à nous tuer ?

Dans sa soutane blanche immaculée, Nathanaël écoutait en silence les accusations de son fils. Il l’accusait d’avoir fait d’eux des hommes bien. Pourquoi ? Parce-que le monde lui avait pris ses frères, le monde l’avait trahi. Nathanaël savait que le monde n’était pas tout rose comme il le leur avait appris, mais, il s’imaginait qu’en n’inculquant que le meilleur en eux, ils pouvaient ensemble contribuer à changer ne serait-ce qu’un tout petit peu le monde. Mais quelle idée magnifiquement idiotisme ! Au fond de lui il savait. Recueillir des orphelins pour en faire des hommes purs et des messagers de Dieu ne pouvait pas se solder par une réussite. Il l’a vraiment compris lorsque Maduc lui a dit hier que le bien n’est que le mal qui s’amuse avec les esprits faibles. Pauvre Maduc, il avait perdu sa famille une deuxième fois de trop et il s’était mis en tête ces choses absurdes, tuer pour empêcher aux autres de souffrir comme il avait souffert.

  • Pour que vous viviez en harmonie avec vous-mêmes. Ne te laisse pas entrainer par le Diable. Ne te rappelles-tu donc pas toutes les épreuves du…

Le religieux regarda impuissant la lame entailler le cou de l’enfant et Maduc se tordre d’un fou rire. Le rire résonna, cristallin ce qui déconcerta Nathanaël. Comment quelqu’un comme lui pouvait avoir ce genre de rire innocent ? Ou alors existait-il encore en lui quelque chose de bien ? Peut-être que vraiment on pouvait encore…

  • Vous êtes si crédule que ça en est énervant, dit-il entre deux fous rires.

Maduc pointa la lame en direction de celui qu’il appelait Père.

  • Ma petite histoire vous a ému ? Vous croyez que je ne suis que pauvre petit Maduc qui est un peu fou dans sa tête, que la vie a trahi et qu’il est devenu perturbé ?

Il se remit à rire au point de tomber.

  • Non, non, non. Ne vous méprenez pas Père, tout ce que je vous ai dit est vrai, sauf une seule partie, et si vous arrivez à trouver la seule partie où je vous ai menti, je vous épargnerai, vous et vos orphelins.

Nathanaël le regarda ahuri.

  • Fils…
  • Vous avez une minute Père. A défaut, vous pouvez presser la détente, Père. Tic Tac !

Le religieux le supplia du regard.

  • 59, 58, 57.

Le tuer où être tuer ?

  • 39, 37…

Pécher ou condamner des innocents ?

  • 29, 28…

Dieu, pourquoi lui, un homme de foi ?

  • 24, 23,…

Pourquoi lui Dieu ? Pourquoi un fils de Dieu avait-il sombré dans la perdition ?

  • 16, 15…
  • Devons-nous vraiment en arriver là ?
  • 13, 12…

Dieu Tout puissant, pardonnez-moi pour ce que je vais faire, marmonna Nathanaël avant d’inspirer grandement.

  • 9, 8…
  • Puisqu’il en est ainsi, tu ne me laisses pas le choix.

Usant de la folie du désespoir, Nathanaël pressa à contrecœur la détente.

Le coup fut sec et surtout vide. Ses yeux passèrent de Maduc à l’arme, de l’arme à Maduc.

  • …4, 3, 2, 1…0

Son rire éclata de nouveau. Puis, reprenant tout son sérieux, il prit la parole :

  • Voyons Père, je n’ai jamais dit que l’arme était chargée. Vous voyez Père, la bonté n’est qu’un subterfuge. Vous étiez prêt à me tuer pour sauver vos petits n’est-ce pas ? C’est ce qu’on appelle être humain. Vous nous avez éduqués en saints, appris à réprimer nos instincts pour ne faire que ce qui est bien. Comment c’était de prendre la décision ? De faire enfin quelque chose non par principe mais par instincts ? Connaissez-vous comment on appelle cela ? Connaissez-vous Père ? Cela s’appelle la liberté. Je vous ai libéré de la prison de la religion, des convictions et bientôt, je vous libèrerai de cette prison qu’est la vie, lentement, doucement, précautionneusement, posément, comme à chaque fois que vous me faisiez la leçon.
  • Maduc, fils…
  • Vous êtes pathétique, au moins essayez de m’attaquer. Je suppose que votre instinct est en vacances ? Il est temps de la ramener à la maison.

Les jambes de Nathanael le trahirent et se rapprochèrent dangereusement du sol tandis que Maduc s’avança vers le lui, le démon aux lèvres.

 

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