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Géraldine en moi

– Luck passe-moi la corde et tiens-le fermement, il ne doit pas s’échapper, Dit une voix et je reviens à moi.

J’empoigne la corde et la balance à Géraldine Morrison, ma partenaire. J’avance jusqu’à elle et nous nous fixons.

– Par pitié… je vous en prie…

Nous sursautons en même temps et regardons directement d’où venait la voix. C’est un homme vieux d’une cinquantaine d’années, le visage rond, la tête grisonnante, le corps potelé et grassouillet maladroitement emballé dans un costume de luxe sur mesure de couleur vert vomis. Allongé sur le sol, les quatre membres immobilisés par des foulards très serrés et les yeux bandés, il transpire abondamment et bientôt, l’odeur nauséabonde de sa sueur s’immisce dans l’air frais.

– Je vous paierai donc…. Par pitié, laissez-  moi m’en… hmph… Hmmmmph… !!

Il n’a pas pu finir sa phrase qu’un morceau de tissu s’est enfoncé dans sa bouche, sans qu’aucune autre phrase ne puisse être dite par le vieil homme.

– Tais-toi un peu, fait Géraldine. Elle est accroupie à la gauche de l’homme, la corde que je lui ai passé dans sa main gauche. Elle incline sa tête et ses longs cheveux de rougeoyant lui tombent élégamment sur le côté. Elle le saucissonne et se relève :

– Il est dégoulinant de sueur ! S’exclame-t-elle en essuyant sa main sans doute humide sur sa longue robe noire d’un air dégouté.

– Je suppose que lorsqu’on pense sa fin proche, on n’a pas d’autres solutions que celles d’avoir peur et/ou de prier, la première option entrainant spontanément la sécrétion de la sueur, dis-je vaguement.

Elle me lance un regard genre. Ce regard qu’elle a lorsqu’elle ne comprend pas quelque chose et qu’elle ne souhaite même pas comprendre et c’est ça en fait… elle ne veut pas comprendre la peur. Elle se plait à affirmer que c’est pour les idiots et les peureux. Elle n’est ni idiote et ni une peureuse. Je tourne mon regard vers la seule de la fenêtre du vieil entrepôt dans lequel nous sommes. Elle est mouillée et des gouttes d’eau glissent le long de la vitre fermée.

Il faisait un sale temps aussi, le jour où j’ai rencontré Géraldine. Je rentrais de ma fausse tentative de suicide, complètement trempé et j’ai entendu un cri venant du ciel. Lorsque j’ai levé la tête, j’ai croisé ses grands yeux verts et quelques secondes après, elle s’est écrasée sur moi.

– Putain, ça fait un mal de chien ! S’était-elle exprimée.

– Mais… qui es…

– Pas le temps, m’interrompit-elle, Suis-moi vite ! Dépêche !

Sans se soucier de qui j’étais, elle m’a pris la main et elle m’a emmené avec elle. Nous courions sous la pluie battante, poursuivis par des hommes que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Plus tard j’ai appris, en plus de son nom, qu’elle n’était pas quelqu’un de recommandable, loin de là. Elle volait, kidnappait et elle avait même déjà tué.

– Et… tu n’as pas peur ? Pourquoi tu fais ça ? Avais-je demandé et elle m’avait regardé en souriant. Elle était très belle. Une Aphrodite des temps modernes.

– Bah parce que j’aime ça, répondit-elle très naturellement. Je n’ai jamais peur. Et toi ? Qu’est-ce que tu faisais dans un coin si reculé de la ville ?

– Je voulais me suicider.

– Le suicide c’est pour les faibles, m’a-t-elle dit en se levant du sol où elle était assise. Si tu ne sais pas quoi faire de ta vie tu peux venir avec moi. Au mieux tu vas t’amuser et au pire tu vas mourir comme tu le souhaites tant !

Je n’avais aucune famille, aucun attachement réel…

– Okay.

… J’ai donc accepté. Deux ans se sont écoulés depuis.

Je me retourne et l’observe attacher ses longs cheveux roux. Géraldine est une magnifique femme aux jambes interminables, au ventre plat et aux courbes généreuses. Son tour de taille est incurvé comme la caisse d’une guitare, sa peau est laiteuse et brillante, ses cuisses sont charnues et sa voluptueuse poitrine promet mille et un paradis aux regards qui s’y arrêtent. Vêtue d’une longue robe noire au col plongeant et possédant une longue fente allant de la base de sa cuisse à ses chevilles, elle resplendit encore plus. Pas étonnant que notre cible ait cédé si facilement.

– Quel gros porc ! J’ai dû lui promettre mon cul pour qu’il me suive, cette chiotte, peste-t-elle en lui donnant un coup de pied dans les côtes. Le type geint. Gros dégoutant, rajoute-t-elle.

… si belle et si peu raffinée. Je soupire. Notre devoir aujourd’hui est d’enlever le conseiller du maire et de lui soutirer des informations sur une rentrée de drogues dans la ville. Il semblerait que ce soit une mode chez les hommes de politique, il leur faut impérativement tremper dans des magouilles.

– On fait quoi maintenant ? Demandai-je et elle sourit en sortant une arme de son sac.

– On le fait parler et, dit-elle en retournant son arme, c’est toi qui va-t’en charger. Je déglutis.

– Quoi ? Tu plaisantes j’espère ! J’ai jamais utilisé une arme !

Non c’est faux.

– C’est faux, répond-t-elle. Allez choppe ça et fais le taf !

Elle lance le pistolet et il atterrit pile entre mes mains : c’est un semi-automatique. Je tremble. Merde ! Je vais me placer en face de notre otage qui bien sûr a entendu notre conversation et qui sue de plus en plus. Il s’agite dans tous les sens comme un asticot et gémit de toutes ses forces malgré le morceau de tissu dans sa bouche.

– Dépêche-toi, ordonne Dine et je m’exécute sans tarder. Je rends la parole à notre otage.

– Mais vous êtes complètement malades, espèce de…

– Fermez-là, fais-je doucement en désactivant la protection avant de charger le pistolet. Je ne cille pas, je ne veux montrer ma peur ni à lui et surtout pas à elle. Je fronce mes sourcils et il avale grossièrement sa salive en tremblotant.

– Q-que… enfoiré t’es pas capable de …

Je braque l’arme sur son front.

– Quel chemin va prendre la cargaison ? Combien sont-ils ?

Ma voix est plus calme que ce que je ne pensais. J’essaye le plus possible de garder mon sang-froid mais je tremble surement puisqu’il sourit et continue :

– Petit chieur, t’as la trouille ça se voit ! Va t’faire encu-…

Je tire sur sa cuisse et la cartouche vide se fait éjecter. Il hurle :

– AAAAAHHHH !!!! SALE FILS DE PUTE ! Je vais te … JE VAIS TE TUEEERRR !!

Tandis qu’il se tortille sur le sol, je vise son autre jambe sans réfléchir :

– Par où ?

– Putain, ça va ! Le nord bordel. Les agents ont reçu l’ordre de faire une pause supplémentaire à quatorze heures.

– Le barrage du nord ?

– Oui ducon ! Braille-t-il mais je n’en tiens pas compte.

– Et combien sont-ils ?

– Comme si j’allais livrer encore une information, espèce de sale chien de …

Je tire à nouveau mais sur son autre jambe et ça ne tarde pas. Ses hurlements concurrence ceux d’un porc qu’on emmènerait de force à l’abattoir. De quoi donner envie à un sourd de remercier le Seigneur pour être né sans facultés auditives.

– Combien sont-ils ?

– Q-QUAAAATRE ! Putain appelle une ambulance, je saigne ! JE SAIGNE ! JE PISSE MON SANG AU SECOURS !!!!!

Derrière moi Géraldine siffle d’admiration et applaudit avant d’avancer vers moi d’une démarche féline, ses talons hauts claquant sur le sol sec. Elle aime certainement ce qu’elle a vu. Se postant dans mon dos, elle pose ses mains sur mes hanches et les remonte doucement jusqu’à mes omoplates puis jusqu’à mes épaules qu’elle fait semblant de masser. Elle m’embrasse ensuite dans le cou et me souffle un « bien joué » qui me fait me détendre mais pas assez longtemps puisqu’elle ajoute ensuite :

– Main-te-nant… murmure-t-elle en détachant bien chaque syllabe, débarrasse-nous de lui.

Elle a formulé la fin de sa phrase suffisamment forte pour que le conseiller du maire l’entende. Il s’est statufié de suite, moi avec lui. J’avale lentement ma salive et veux me retourner mais elle m’en empêche.

– Hop hop hop mon gars … c’est pas par ici que ça s’passe. Allez, achève-le. Il a vu nos visages et puis hors de question qu’il voit un médecin. Descend-le !

Je la regarde du coin de l’œil. Il émane d’elle une aura qui me fout les jetons. Son regard est aussi effrayant que son sourire et son visage est déformé par une grimace digne des plus grands psychopathes de films d’horreur.

Elle me fait peur.

– N-non je n’ai pas … peur, dis-je difficilement et son sourire s’agrandit quand elle me prend finalement l’arme des mains et tire sans vaciller. Le corps de notre cible tombe, raide. Géraldine éclate de rire.

Son rire est aussi magnifique qu’elle est méchante.

 

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