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Et si tu mourrais aussi

Je venais de me réveiller, il était 06H du matin. A vrai dire, je n’avais pas envie de descendre du lit ni de retourner à mes occupations quotidiennes. Micka, mon mari prenait déjà son petit-déjeuner. Pour beaucoup, c’est merveilleux d’avoir un compagnon, mais je ne définirais pas notre mariage de merveilleux. Micka avait 45 ans et cela faisait 15 ans qu’on se connaissait. C’était un bel homme très élancé physiquement et au visage fin. Certaines personnes me parlaient de chance, je ne voyais pas en quoi c’était de la chance de se marier avec un grand terroriste, recherché dans tout l’Etat.  Personne ne l’aimait, même ceux qui travaillaient avec lui ne faisaient que le respecter mais rien d’ affectif. Tout le monde avait peur de lui et personne ne lui tenait jamais tête. Micka et moi vivions dans un refuge, l’une de ses adresses secrètes. J’avais énormément peur de lui, je tremblais à la seule prononciation de son nom. Je suis originaire du Nigéria, dans un petit village appelé « MORU ». A l’époque, je n’avais que 17 ans et je vivais paisiblement avec ma famille. Un soir, le village fut attaqué par des terroristes. Ces derniers avaient brulé des maisons, égorgés des hommes, violés des femmes. Cette nuit là, beaucoup de sang fut versé. Dans cette mer rouge, se trouvait le sang de mon père, ma mère et mon unique frère. Après chaque « exploit », les terroristes criaient le même nom: Micka, Micka est passé par là. Je n’apercevais pas bien les visages de mes ravisseurs mais je reconnu la silhouette de celui là même qui avait tranché le cou de mes parents. Il s’approcha du groupe de filles à coté de moi et  demanda à l’homme qui l’accompagnait de nous amener dans le camion. Il me fixa juste après et exigea que je me lève. Les pieds tremblants, j’exécutai.

-Mais chef, elle doit aller avec les autres!

Il se tourna vers celui qui venait de contester ses décisions et le poignarda. Les autres filles et moi commencèrent à paniquer. Par la suite, il ordonna à un autre homme de conduire le reste du groupe au camion. Quant à moi, il m’amena à sa voiture et me fit assoir à l’arrière, enchainée. C’est de cette façon que tout  a commencé, et que j’ai vécu les pires années de ma vie. J’avais passé toute l’année suivant enfermée dans une case , toujours enchainée, sans aucune lumière. Micka se décida deux semaines plus tard à me faire sortir de cette prison. Ses servantes m’avaient lavé, habillé et nourrit. Elles m’avaient faite toute belle et m’amenèrent ensuite dans une chambre avec un vrai lit. Tout ceci ne présageait rien de bon. J’observais les contours de la chambre quand Micka entra brusquement.

-Elles ont fait du bon travail. Tu ressembles à quelque chose. Viens là.

Je reculai d’un pas tellement j’avais peur et j’étais angoissée. Il me prit par le bras violemment et m’embrassa. Je voulu le repousser mais il me frappa et je tombai à même le sol. Par la suite, il retira des objets aussi horribles à la vue qu’à l’usage d’un des tiroirs de la commode et me les fourra un à un à l’intérieur de moi. Je n’avais jamais eu aussi mal de toute ma vie. La douleur était insupportable. Il riait, je le suppliais d’arrêter mais dans son regard je voyais bien qu’il était heureux. Comme une paix intérieure. Je pleurais tous les jours et à chaque heure de la journée. Les abus s’étaient fait plus intenses.  Chaque jour il essayait une nouvelle expérience et j’étais son cobaye. Que ce soit des fessées, des partouzes. Chaque fois qu’il ouvrait la porte de ma chambre, je me demandais ce qu’il allait me faire. Mais, l’ironie du sort avait fait en sorte qu’au fur et à mesure qu’il me maltraite, il tombe amoureux de moi. Et au fil des années il s’adoucissait. Il devenait plus humain avec ma personne. J’avais toujours l’impression qu’il s’apprêtait à me tuer, je me sentais constamment en danger.

Je descendis le rejoindre à la salle à manger. On partagea un repas silencieux. Quand il eut terminé, il se leva de son siège et vint vers moi. Il me fit un baiser sur la joue et monta dans notre chambre.

-Quand tu auras finis avec ton petit-déjeuner, monte me retrouver dans la chambre pour remplir ton devoir de femme.

Je me dépêchai de finir mon repas et je remontai le satisfaire. Une fois terminée, il prit un bain et rentra dans la chambre. Il s’assit sur un coté du lit et ouvrit sa machine.

-Maeva? Viens voir, j’ai accompli un nouvel exploit. On ne parle que de moi dans les journaux. Ma vidéo a fait le tour du monde.

-C’est quel genre de vidéo?

-Je ne vais pas gâcher la surprise.  Allez rapproche toi.

Je le rejoins sur le lit et il activa la vidéo. Au début, je ne compris pas de quoi il était question. Je reconnu néanmoins deux hommes qui avaient autrefois travaillés dans le refuge. Ils étaient à genoux avec d’autres hommes sacrément amochés. Je reconnu par la suite Micka qui portait un voile qui masquait son visage. Mais je reconnu sa voix. Il passait un message au président de la République et à la fin, égorgea tous ces hommes. A la fin de la vidéo, je me mis à pleurer. Il riait, encore.

-Regardes Maeva! N’es tu pas fière de moi? Regardes la souffrance sur leurs visages. Mais pourquoi pleures-tu?

-Je croyais que tu avais changé Micka. Pourquoi fais-tu tout cela?

-Maeva, je le fais pour la liberté! Je défends de nobles causes. Le gouvernement de notre pays nous détruit depuis trop longtemps, nous devons agir.

-Micka, tu pourrais mourir en faisant ça. S’il te plait. Les populations n’ont rien à voir avec ta guère. Tu es vu comme un monstre aux yeux de tous.

-Et aux tiens? Maeva…Je suis désolé encore une fois pour tous ce que je t’ai fait vivre. Que ce soit les meurtres des membres de ta famille et tout ce que je t’ai fait d’autre.

-Micka je t’aime et tu le sais. Je t’ai déjà pardonné mais je ne peux accepter de vivre avec autant d’horreur sous mes yeux.

Vous connaissez maintenant la raison pour laquelle je n’avais jamais essayé de m’enfuir. Depuis le temps j’avais eu beaucoup d’occasions mais j’avais trop peur de le laisser à son sort.  Au moins à mes cotés, il essayait de paraitre gentilhomme. Et le fait de savoir qu’il rentrait sain et sauf chaque soir calmait mon cœur. Complexe trop puissant, j’aimais et détestais cet homme et parfois, je n’arrivais même plus à savoir où j’en étais. A        chaque fois que j’affirmais lui avoir pardonné ses actes, c’est surtout la peur de l’énerver qui parlait pour moi.

– Que veux-tu dire par là?

-Je risque…M’éloigner de toi si tu continues à être aussi horrible avec des innocents.

Je savais que j’étais son point faible et je voulais l’utiliser à mon avantage. Hélas, il s’énerva à la place et me frappa.

-Tu n’as pas le droit de me menacer! Et de toute façon, je ne te laisserai jamais partir d’ici, tu m’entends? Jamais!

-Excuses moi Micka, s’il te plait. Jamais je ne partirai d’ici.

Il me frappait toujours. Je recevais des coups sur tout mon corps. La seule idée de me perdre l’avait énervée.

-Je vais te tuer salope! Comme ça tu ne pourras jamais partir! Je n’aurais jamais dû te faire confiance Maeva. Tu es comme toutes les autres femmes!

-Micka calmes toi! Tu risques faire quelque chose de regrettable. Micka s’il te plait, je suis enceinte de toi!

Il se tourna l’air surpris. Déposa le tabouret qu’il avait en main et commença à venir vers moi. Je reculais tellement j’avais peur pour moi et mon enfant. Ce qui m’effrayait le plus c’était le fait qu’il n’y avait que nous deux dans le refuge. Je sortis de cette chambre en courant, descendu dans le grand salon et commençai à fouiller les tiroirs. A vrai dire, je ne savais pas ce que je cherchais mais il me fallait quelque chose pour me défendre. N’importe quoi qui m’aiderait à me protéger.

-Maeva tu commences à me mettre véritablement en colère. Reviens ici!

Je n’arrêtais pas de fouiller et dans le dernier tiroir de l’armoire, je vis une arme. Je la pris et je me cachai dans un coin du salon, les larmes aux yeux. Je l’entendais descendre les escaliers et se rapprocher de moi.  Pour une fois, en 15 ans je devais prendre une décision. On se tenait maintenant face à face. Il fut surpris en regardant l’arme que je tenais en mains. Son sourire disait tout. Je n’aurai jamais le courage de le tuer. Je l’aimais trop malgré ce qu’il était. Mais il ne savait pas que je le détestais encore plus.

-Sérieusement là Maeva?

J’avais les mains tremblotantes mais j’étais décidée à en finir.

-Et si tu mourrais aussi?

 

 

Eurielle Doriane Ewodo, tous droits réservés.

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2 comments

  1. Boba Bobe Gustave

    Quelle histoire touchante et en même temps…je ne dirai pas tragique car Micka aura mérité ce qui l’arrivera. Parce que je suis sûr que Maeva lui tirera dessus malgré l’amour qu’elle porte envers lui, d’un autre coté elle nourit aussi une haine due au fait qu’il est non seulement le meurtrier de ses parents mais aussi des centaines d’autres.
    Juste pour dire chapeau à l’auteur. C’est vraiment un texte pleins d’apprentissage, de leçons.

  2. Wouaouh! Infiniment merci c’est trop gentil!

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