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E.L.L.E.

PROLOGUE

Il est déjà dix-sept heures quarante, je suis foutrement en retard. Tout ça à cause du capitaine et sa foutue paperasse. Espérons qu’elle ne soit pas déjà partie. Je me gare sur le parking du parc, fonce par les grilles bousculant aux passages tous ceux qui se trouvent sur ma voie. Nous avions rendez-vous sur les bancs près de la fontaine, j’y coure à en perdre haleine. La neige dans laquelle s’enfoncent mes pieds parce que j’ai coupé par la pelouse, n’arrange pas l’effort, mais il faut que j’arrive assez tôt pour qui sait, la retenir si elle y est encore. Ca y est, je suis devant la fontaine Yorokobi. Le soleil décline déjà et les réverbères s’allument. Un coup d’œil à ma montre m’indique dix-huit heures dix. Une heure de retard, c’est sûr elle a dû partir depuis.

Toujours un peu hors d’haleine, je cherche mon rendez-vous du regard. Elle devrait être assise sur le banc qui est près de la poubelle ; je ne vois pas la poubelle. Je fais le tour de la grosse fontaine sans eau, aperçois juste un couple sur un banc puis une femme noire assise juste après. A côté d’elle trône un drôle de bosquet cylindrique couvert de neige, ce doit être la poubelle. C’est sûr, Carla a dû s’en aller. Je guette pourtant à l’affut d’un dernier signe. On avait convenu que je la reconnaitrai à une rose rouge. Peut-être l’avait-elle abandonnée sur ce banc ou sur un autre banc. Elle était ma dernière chance et je ne me résous pas à ce qu’elle disparaisse ainsi. J’avance vers la jeune femme pour voir si mon rendez-vous a au moins laissé cette trace avant de s’en aller. Surprise ! Elle l’a fait, la rose rouge est posée sur le banc de pierre à la droite de la jeune femme noire, enfin… métisse. Une très belle femme d’ailleurs, mais là n’est pas ma préoccupation. Je devrais passer un coup de fil, peut-être puis-je encore la rattraper dans les parages. Je sors mon iPhone et cherche le numéro quand une voix m’interrompt.

  • Cela fait plus d’une heure que je vous attends, lieutenant.
  • Pardon…

C’est la jeune femme qui s’étant levée et rapprochée, m’observe de son regard vert tranchant.

  • Carla Xian Hei. C’est moi votre rendez-vous lieutenant Yukimura.

Je reste interdit par sa réplique et me repasse en boucle l’information que je peine à enregistrer et comprendre. Elle pousse un soupir, je crois qu’elle est en colère. Elle tourne les talons, ramasse la rose sur le banc et s’engage d’un pas sûr pour partir. Mon esprit embrumé reste pétrifié par sa démarche chaloupée ; le dessin délicat de ses talons haut sur la fine couche de neige qui couvre le chemin en pierre est fascinant. Comme un abruti devant un mirage j’observe le départ de celle que je venais retenir. Quand sa silhouette disparait au tournant, un éclair me frappe et je me surprends à courir de nouveau. Je la rattrape devant un des bustes en béton qui trône sur la grande allée principale. Je saisis son bras et la retourne. Je veux parler mais mon souffle est encore court. Son visage est serein et là tout de suite je jurerais même que son regard est méprisant. Elle doit être en colère et mon instinct me dit que ce n’est pas juste une question de retard.

  • Désolé, je n’imaginais pas que vous étiez…
  • Que j’étais noire ? Oui, je l’entends souvent celle-là. La seule fille d’un ex-baron de la pègre chinoise, noire ? C’est surprenant mais c’est ça et j’aurais espéré que vous ayez fait vos leçons avant de venir.

Je comprends pourquoi, Miyama ricanait en me donnant son contact et en murmurant que j’allais être surpris. Bon, bon, Hibiki, faut que tu répares le coup, dis vite quelque chose !

  • Je… Je suis désolé mademoiselle et je vous supplie de pardonner ma méprise. J’espère vraiment que cela ne nous empêchera pas de collaborer.
  • Hum…, lança-t-elle avec dédain en me toisant ; trouvons s’il vous plait un endroit moins froid.
  • Bien sûr.

Et c’est comme ça que nous nous retrouvons à l’arrière d’une de nos planques du coin. L’endroit situé dans l’arrière-boutique d’un restaurant de nouilles n’a rien de luxueux mais au moins, c’est loin des regards indiscrets et nous pouvons aisément discuter du plan. Elle ne parle pas  beaucoup et semble boire chacune de mes instructions. J’ai exposé tous les détails de l’opération, il ne me reste plus qu’à lui montrer comment installer le micro sur elle le jour-j et convenir d’un mot de détresse au cas où elle se sentirait en danger. Commençons par le micro…

  • Alors, ceci, dis-je sortant l’appareil de l’intérieur de ma veste, c’est un des micros les plus discrets disponibles sur le marché. Il est fait spécialement pour les sujets féminins. Le câble s’enfile pour être dissimulé sous la bretelle de votre soutien-gorge et est entièrement indétectable lorsque bien positionné. Cette fine plaquette vous la placer dans l’intérieur de votre soutien du coté qui est dans l’intérieur de votre bras. C’est flexible donc épouseras votre forme et sera un peu moins discrète que le câble mais c’est vraiment ultrafin, vous ne le sentirez même pas. Quant au micro en lui-même, c’est cette sorte patch transparent, vous devrez le placer sur la joue de votre sein de manière à ce qu’il soit le plus proche du décolleté sans pourtant être vu. Si vous l’essuyez avec un peu d’alcool une fois placé, il est fait pour se coller et se confondre pratiquement à votre peau. C’est très simple non ?
  • A vrai dire je comprends mais ne visualise pas trop de quoi vous parlez. Comment le câble se dissimule exactement? Il n’est pas trop long ?
  • Euh… je pense que la pratique vous enseignerait mieux comment le fixer. Pourrait-on avoir une rencontre demain, ma coéquipière vous… Qu’est-ce que vous faites ?
  • Il ne nous reste que trente minutes lieutenant et je devrais rentrer chez moi. Alors montrez-moi maintenant !
  • Je…

J’ai regardé sa chemise tomber et son joli décolleté couleur caramel, s’offrir à moi. Je ferme les yeux un instant, histoire de reprendre mes esprits. J’avance mes mains tremblantes vers son sein gauche et commence à fixer le matériel. J’ai beau avoir de grandes mains, je ne pourrais jamais empoigner totalement un de ces trésors charnus… Hibiki ! Merde ! Concentre-toi ! Je serre les dents et termine la démo. Elle acquiesce, pose quelques questions et se rhabille aussitôt que j’ai fini de tout expliquer. Je lui demande alors quel mot conviendrait pour le mot d’alerte.

  • Je le prononcerai de manière à ce que vous sachiez ou pensiez que je suis en train de dire « help ».
  • D’accord. Certains de mes hommes seront dans les équipes de la soirée et moi-même je serai en cuisine et à l’écoute donc suffisamment proche pour intervenir en cas de pépin.
  • Bien lieutenant, à Samedi.
  • Merci encore mademoiselle.
  • C’est moi qui vous remercie.

Elle s’est levée et est tout simplement partie sans se retourner. Drôle de femme, espérons que tout se passera pour le mieux et qu’après… bref.

 

 

-I-

« Hôtel Zeitaku, périphérie de Tokyo, Samedi 20h30 »

Tout est en place, dans la grande salle du restaurant juste à côté de la cuisine, presque tous les convives sont déjà là. Il ne manque que les rois de ce congrès de malfaiteurs, les Xian Hei. On aura deux heures à leur arrivée avant la fameuse partie de poker sur laquelle nous comptons pour avoir toutes nos infos. Entre alcool, cartes et cigares, ils doivent décider de qui prendra la tête de leur clan et de la nouvelle orientation des affaires ; c’est le moment ou jamais, d’avoir de quoi les coincer. Tiens, voici notre atout le plus précieux qui fait son entrée. Elle porte une sublime robe noire coupe chinoise et l’homme a son bras n’est autre que son plus jeune frère ou plutôt demi-frère, Ilang Xian Hei. Deux autres de ses frères sont derrière elle, les jumeaux Lee et Song Xian Hei. Dans l’oreillette, on me fait signe que le micro de notre amie est connecté et que je vais commencer à recevoir son signal. J’approuve discrètement avant de retourner aux fourneaux.

Les deux heures passent lentement, j’entends tout ce qui se dit en salle et je dois dire que les compliments et condoléances couvrent notre belle princesse. Et croyez qu’elle mérite chaque éloge que j’entends.

« Bang ! Bang ! »

Ce sont des coups de feu, je me précipite à la fenêtre de la cuisine pour voir ce qui se passe. C’est Xiaoqi Xian Hei le frère ainé qui vient de faire son entrée, smoking blanc, cigare en bouche et pistolet à la main, il s’avance au milieu de la foule terrifiée et ébahie.

  • Alors comme ça, j’entends dire qu’il y a un indic, ici ? Qu’il se dénonce maintenant !

 

Par une auteure de l’Afrique écrit: Léandra D, tous droits réservés 2018.

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