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Dia de los muertos

  • Isabella, combien de fois dois-je te le dire ? Tu sais très bien que ta mère tient particulièrement à ce que tout se passe bien aujourd’hui. Día de los muertos ce n’est pas tous les jours.
  • Oui, je le sais. Répondit la petite fille aux yeux clairs et aux cheveux en bataille.
  • Alors tu vas être bien sage ce soir hein ? Pas de jeux,
  • Pas de bagarre, pas de boue, pas d’insectes… rien de chez rien.
  • Voilà ! Merci beaucoup mon ange. Tu verras ça va bien se passer.
  • Mais ça ne se passe jamais bien. Se plaignit la petite fille qui clairement boudait.
  • C’est juste une question de point de vue.
  • Ouais, c’est toujours ce que vous dites.
  • Isabelita mon soleil, fais ce qu’on te dit et tout ira bien.
  • D’accord, je serais sage comme une image. Dit-elle à contre cœur.
  • Bien, je préfère ça. Va te doucher. Ils arrivent dans une heure de temps.

Isabella fit la moue et disparut derrière la porte en bois de la cuisine pour se précipiter vers les marches qu’elle gravit en boudant.

  • Isabella ne fais pas si, Isabella ne fais pas ça. Isabella monte, Isabella descend. Nianiania. Les adultes sont énervants ! Finit-elle par crier.

Pesos la regarda et poussa un miaulement interrogateur.

  • Allez viens là toi. T’inquiète, ce n’est pas contre quoi que j’ai un problème. Toi tu ne me dis jamais rien et ça m’arrange.
  • Répondit le jeune félin noir avant de venir se frotter contre elle.
  • Gentil chat. Voilà !

Elle le porta dans ses bras et continua son ascension vers sa chambre.

Dedans, elle regarda le portrait d’un vieux groupe de Mariachi dont faisait partie son arrière arrière grand-père : Papy Miguel Garcia. Elle s’approcha du portrait et regarda plus attentivement la figure de Papy Garcia. Il arborait un sourire niais mais fier et ses yeux ronds et sombres lui donnaient l’air d’un guignol. Une mèche de cheveux rebelles débordait de son chapeau. Elle était d’un bleu nuit proche du noir.

Tout le monde disait qu’elle ressemblait trait pour trait à Papy Miguel. Mais mis à part les cheveux de cette couleur rare et de cette texture frisée et agaçante, elle ne voyait rien d’autre. Elle avait les yeux en amande d’une couleur brun noisette, les siens par contre étaient ronds, gros et de couleur noir obsidienne.

  • Je ne vois toujours pas en quoi je te ressemble moi. Dit-elle avant de se ruer vers la douche.

 

Une heure plus tard, toute la famille Garcia pointa le bout de son nez chez Léon et Cecilia Garcia avec un tas de choses en main. Isabella avait mis la jolie robe fleurie que sa mère avait choisie pour elle ainsi qu’une jolie paire de sandale et une couronne de fleur sur sa chevelure coiffée en un pompon simple.

Tout le monde était là, même cousin Miguel qui s’avança vers elle, son costume de  Mariachi bien en évidence. Il adorait se croire la réincarnation de Papy Miguel et donc tout le monde se pliait à ses caprices malgré ses dix ans.

  • Hey chica.
  • Primo, mon nom est Isabella. Deusio, j’ai cinq ans de plus que toi petit diable, respecte-moi.

C’était vraiment injuste que Diego soit à l’hôpital mourant sans pouvoir y assister. Songea-t-elle un moment.

Isabella s’en alla saluer le reste de la famille avec un sourire forcé. Les salutations passées, elle s’empressa d’aller vérifier si quelque chose manquait à l’appel, ils allaient bientôt partir pour le cimetière. Devant l’autel, elle vérifia les portraits de tous, s’ils étaient bien disposés ou si on en avait oublié un.

Dix-huit heures sonna et c’est à ce moment qu’elle se mit à orner l’autel avec les calaveras. Toute la famille se rassembla dans la salle où était disposé l’autel et chacun sortit de son sac une bougie et des fleurs.

Ils se mirent à chanter et verser les fleurs le long de l’autel jusqu’au cimetière. Les rues de Huaquechula étaient pleines à craquer de dizaines d’autre famille comme celle d’Isabella, venues commémorer les morts.

Devant les tombes des défunts de la famille, chacun y passa de l’encens et du copal, de la nourriture, du papel picado ainsi que des bonbons. Sur la tombe de Papy Miguel spécialement décorée des glaïeuls rouges, Isabella y versa quelques gouttes d’Odontol, une sorte de whisky mal distillé. Tout le monde disait que c’est cela qui l’avait tué et donc on n’aimait pas lui en offrir. Parait-il, il l’avait découvert lors de son premier voyage au Cameroun.

Les rites passés, toute la famille demeura au cimetière pour le goûter traditionnel. Isabella s’isola dans un coin du cimetière à l’abri des regards et se mit à parler toute seule.

  • Y’a que toi qui pense vraiment à moi Isabelita mia.
  • Abuelito Miguelito. Répondit-elle en piaffant.
  • Pourquoi tu fais cette tête-là ?
  • Parce que tu es mort et moi vivante, alors pourquoi est-ce que chaque Día de los muertos je vous vois toujours ?
  • C’est un don mon amour.
  • Un don ? Une malédiction tu veux dire.
  • Aie ! Tu penses que nous voir est une malédiction ? Demanda le fantôme d’une vielle femme aux cheveux blancs.
  • Mathilda, esta es una niña. No comp…
  • Je ne voulais pas… commença Isabella.

Et le vieux couple de fantôme s’éloigna la laissant seule avec tout le reste des défunts de sa famille.

Le temps passa assez rapidement pour elle car elle discutait avec tous les défunts de sa famille. Elle leur racontait sa vie, le passage à la puberté, l’école, sa passion pour les animaux qu’on l’interdisait de ramener à la maison parce que c’était… salissant. Elle vidait son sac et eux les leurs.

Cette année comme les précédentes depuis qu’elle avait cinq ans, elle mettait son corps à la disposition d’un défunt et laissait errer son âme pendant une heure. Cette année, c’était au tour de Carlos. C’est grâce à ces échanges qu’elle a su pour le penchant de Papy Miguelito pour l’Odontol.

En plein milieu du transfert avec Carlos, Juan apparut derrière elle ce qui la fit sursauter.

  • Tu m’as fait une peur bleue tío
  • Je t’ai fait une peur bleue alors que tu causes toute seule ma petite ?
  • Ce n’est pas une raison d’apparaitre derrière les gens. Que me veux-tu ?
  • Tu es toujours aussi insolente Isa.
  • Et toi tellement insupportable que tu as transmis ce gène à Miguel. Je sais que tu ne m’aimes pas et c’est réciproque. Que me veux-tu ?
  • Te conter une histoire.
  • Je ne veux pas l’entendre.

Juan s’approcha d’elle et en un mouvement presqu’imperceptible lui serra le bras tellement fort qu’elle crut qu’il allait se briser.

  • Tu me fais mal.
  • Et tu vas écouter mon histoire.
  • Lâche-moi sinon…
  • Sinon quoi ? Tu vas demander de l’aide aux Antepasado qui t’entourent ?
  • Je ne sais pas de quoi tu parles et non, je vais crier et demander de l’aide.
  • Si tu veux voir ton chétif d’Hermano sous sa forme de fantôme le trente-et-un octobre prochain pour la fête des angelito n’hésite surtout pas.
  • Salaud !
  • Tu les vois n’est-ce pas ?
  • Voir qui ?
  • Les morts, les défunts.
  • Allons, Isa, ça fait plus de cinq ans que je t’observe. A chaque Día de los muertos, tu t’isoles et pendant une heure tu te comportes comme un membre de la famille décédé. Tu racontes des bobards et l’an prochain tu offres quelque chose au défunt à qui tu ressemblais.
  • Je ne sais pas…
  • Ne me prends pas pour un idiot petite peste. Tu es exactement comme Maria.

En un excès de colère, il lui serra tellement le bras qu’elle lâcha un gémissement étouffé.

  • Tu vas me briser le bras.
  • Je m’en tape.

Puis comme revenant à lui, il lui lâcha le bras et lui sourit.

  • Excuse moi Isa, tu sais que j’ai la colère facile.

Isabella le regarda avec son regard le plus noir possible. Autour d’elle les défunts s’agitaient et criaient d’angoisse mais personne ne pouvait l’aider.

  • Tu connais l’histoire de Maria l’ángel, celle qui voyait les esprits ?
  • Eh bien il parait que son cœur est le foyer de mille mystères.
  • Qu’est-ce que ça peut bien me faire ?
  • A toi rien mais à moi beaucoup.

Et ses lèvres s’étirèrent en un mince filet de cruauté.

De l’autre côté du cimetière, quelqu’un poussa un cri. C’était la voix de Miguel. Toute une cacophonie s’entama et malgré le fait qu’une dizaine de voix parlait tous en même temps, elle entendit la voix de son père qui criait.

 

  • Cecilia, qu’est-ce qu’il y’a ? Ma chérie ? Mi amore…

 

Par une auteure de l’Afrique écrit: D.E.F.T., tous droits réservés.

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