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Sozaboy

Sozaboy, Ken Saro-Wiwa, Actes Sud, 1998, ISBN:2-7427-4221-2.

 

Sozaboy: c’est l’histoire du jeune Méné qui, par amour pour Agnès, s’initie aux armes. C’est un roman amusant et émouvant; même si l’histoire en ligne de fond est triste, il transpire une originale créativité scripturale. En effet, l’ethos de style de Ken Saro-Wiwa est parvenu à « ner »(mettre au monde) un roman qui dédramatise un  épisode sombre et triste de l’histoire du Nigeria: la guerre du Biafra. C’est, en réalité, une excellente ruse stylistique non seulement pour dénoncer la guerre et ses folies, mais aussi un moyen pour enrichir la culture littéraire africaine à partir des folies,troubles et tout l’alignement causés  par les guerres. Une sorte d' »auto – dérision narrative » qui dépeint la dimension noire( Wa Thiongo) d’un  pays, un continent, dans une raillerie sur fond de sympathie: l’humour!

 

L’écriture de Saro-Wiwa rejoint celle de Baraka Sakin  (Le Messie du Darfour) que les heurs et malheurs, qui travaillent le Soudan,ont inspiré; Kourouma  (Allah n’est pas obligé) qui a peu ou prou le même cliché narratif que Saro-Wiwa: Birahima  devenu enfant soldat n’est pas très loin du jeune Mené devenu « petit minitaire » et très récemment Beatrice Mendo (Le sang de nos prières) qui parvient à relater les horreurs du Boko Haram dans le Nord du Cameroun, les jeux linguistiques comiques aidant et la petite historiette d’amour entre Ousmane Jackson et Djamila, tous deux traumatisés par la guerre, avec beaucoup d’humour et une espieglerie « serpentine ». Il est question dans cette dimension créatrice et inventive de se servir de la guerre, les faits écologiques et socio-politico-historiques, la marginalité sociale et même sexuelle pour bâtir la matière textuelle d’un fait littéraire. Un travail de génie. Évoluons!

 

L’écriture du romancier nigerian (rotten english,anglais pourri) met subtilement en évidence la résultante des réflexions de la proximité entre les langues africaines et les langues européennes. Cela justifie, d’un point de vue socio-linguistique, le caractère agrégatif d’une langue, et permet aussi de postuler la re-problématisation de la pratique des langues africaines rencontrant des langues étrangères. Et partant, de penser (sociologiquement) et de repenser à la Nietzsch (théoriquement) le moyen d’inventer de nouveaux univers (textuels donc) à partir desquels nos langues et les parlures qu’elles engendreraient pourront être mises en discours pour exister. Le but n’étant pas de changer ou de modifier les normes grammaticales et orthographiques préétablies,  mais de les construire , les de-construire, les re-construire sans toutefois les détruire. Autrement dit, il s’agit donc de la mise en langue dans l’acte de production romanesque des « régionalismes », des emprunts et des formes langagières dégradées ou idiomatiques épousant les sources (politiques, économiques, historiques etc.) où les productions puisent leurs racines.

 

Pour la route, cet extrait, comme une mise en bouche: « Enfin, on est partis arriver la place que on partait. Je connais que c’est ça la place parce que ils ont coupé la brousse là-bas, et puis commencé mettre tente. Et même ils sont là préparer dans gros marmite là-bas. Maintenant, le jour a debout complet et on moyen voir tout le monde bien. »(p.150)

 

 

Baltazar Atangana  Noah-Nkul Beti.

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