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LES MAUDITS (1)

« Pardon petite créature, c’est le seul moyen que j’avais de te prévenir, prends soin de toi, Adieu. »

Extrait d’ « Un Week-end à Dubaï » By Léandra D.

L’histoire qui va suivre est en fait le début et la continuité de notre nouvelle « Un Week-end à Dubaï. » ; nous espérons que sa lecture vous plaira tout autant sinon plus.

 

 

 

 

-I-

Russie, il y a vingt et un ans de cela.

C’était un soir d’hiver, nous vivions encore quelque part en Russie… Il neigeait et nous discutions au coin du feu. Père était silencieux dans son coin, mes frères et moi au pied de notre mère, l’écoutions nous expliquer les pourquoi du comment de son départ. J’étais de nous trois le seul à pleurer. Il est vrai que j’étais le benjamin et qu’à cinq ans on ne comprend pas toujours tout, mais je le sentais. Je sentais qu’il ne s’agissait pas d’un énième voyage. Je savais à son regard, au timbre de sa voix qui toutefois se voulait rassurant, je le sentais qu’il y avait un truc qui ne tournait pas rond. Elle avait cette inquiétude au fond des yeux, cette tristesse qui venait noircir le bleu de ses grands yeux ; je me disais parfois que c’était dû à la mort de ma petite sœur quelques mois plus tôt mais en la regardant ce soir-là, je compris qu’il y avait bien plus que ça.

Elle voulut nous chanter des chants de chez elle, mais sa voix ne suivait plus et tantôt se dérobait. Alors elle se contenta de coudre en mimant et nous demanda à nous de chanter pour elle. Nous essayions de ne pas nous trahir aussi alors nous avons chanté ; nous avons enchainé une à une les berceuses qu’elle nous contait depuis le berceau, mais la nostalgie qu’elles nous inspirèrent nous ravagea tant qu’un à un, nous cédâmes au silence et aux larmes. Elle nous serra dans les pans de ses jupes, tapotant nos dos, se baissant pour embrasser nos petits fronts. Je m’accrochai à son cou dans ma détresse ; elle se redressa alors et me serra fort dans ses bras.

  • Mère, je veux venir avec toi…
  • Tu ne peux pas mon chéri ; le voyage serait trop dur.
  • Je serai fort promis ; je veux rester avec toi.
  • Non, il faut que tes frères et toi restiez ici ; votre père et moi reviendrons d’ici un mois avec des vivres et de quoi vous offrir une vie bien meilleure alors en silence tiens bon, je t’en prie… Tenez bon mes garçons, mes petits hommes.
  • Mais Jafar, Khaled et Ahmed peuvent rester. Ne dis-tu pas que je suis ton petit prince et ton petit mari ; je dois venir avec toi, comme ça tu ne seras pas triste.
  • Je suis désolée Aziz… vraiment…
  • Allez au lit !

C’était la voix de père qui tonna ainsi. Il s’était levé de son siège ; froid et distant comme à son accoutumé, il n’avait d’ailleurs que trop supporté les jérémiades.

  • Père nous voudrions rester encore un peu, supplia Ahmed.
  • Dites au revoir à votre mère et allez dormir et cessez moi ces pleurnicheries ! Vous êtes des hommes bon-sang !
  • Oui père.

Nous avions répondu en chœur, conscients que si nous avions insisté, il nous aurait battu sévèrement. Mère nous serra fort une dernière fois, nous courûmes à notre chambrette et nous enfouîmes sous les couvertures. Mon matelas était glacial, sans doute un mauvais présage. Avant de fermer les yeux, j’entendis des chuchotements, c’était la voix de ma mère :

  • Je sais que c’est nécessaire Ali ; il faut que nos enfants aient un meilleur avenir que ce que nous pouvons leur offrir actuellement. Si ma famille pose cette autre condition afin que vous tous puissiez avancer alors je paierais. Tout ce que je te demande c’est de les protéger toujours et ce à n’importe quel prix.
  • Mais, Ariane…
  • Ali mon amour… Sois fort, si nous avons déjà pu surmonter la mort d’Alexandria notre tendre petite alors le reste ce n’est rien. Mais il est hors de question que mes fils demeurent dans cette misère. Alors je ferai et nous ferons ce qu’il faut.
  • Tu es vraiment la plus…

Et je n’entendis plus rien. Je voulais bien me lever pour mieux écouter, oreille contre la porte mais le sommeil m’emporta.

Je fus réveillé aux aurores par un cri. C’était Ahmed mon frère jumeau ! Il était au salon, effondré au sol et en larmes. Entre ses mains, un papier, une lettre. Je reconnus tout de suite l’écriture de maman et je compris aussitôt la raison de son chagrin. Je courus donc à la porte espérant qu’elle ne soit pas trop loin, mais trop tard, personne à l’horizon, rien que des arbres et de la neige à perte de vue. De mes yeux larmoyants, je dessinai dans ma tête le souvenir de sa silhouette se retournant pour me dire au revoir sourire aux lèvres. J’étais effondré.

Mon souffle s’était coupé, mes pieds hésitants et flageolants ne me permettaient même pas de courir en direction de mon mirage. Une sensation abominable tenait mes entrailles nouées. Ce fut comme cet horrible jour, le jour où ma sœur est morte. Nous étions partis pécher, mère était restée seule avec la toute petite d’à peine un an… La journée avait eu un cours normal malgré le temps plus que maussade ; un cours normal jusqu’à ce que nous rentrions, trouvions mère endormie dans le salon comme dans une sorte de coma. Nous avions tous eu très peur sur le coup et avons plongé comme un seul homme pour la secouer pour enfin réussir à la réveiller. Puis après cette tierce de soulagement, la boule m’avait saisi et harponné en pleine tripes ; nul cri de ma petite princesse, nul gémissement, elle qui avait le sommeil tellement léger que même les bruits de forêt au loin pouvaient l’éveiller. Dormait elle aussi du sommeil de mère tout à l’heure ? J’eus cette impression en m’approchant de son petit lit de bois qu’on avait placé au salon.

Mais une fois proche du box de bois, ma stupeur fit place à la terreur quand les joues normalement rosées de ma princesse faisaient place à un gris livide. Son visage était paisible, mais son corps respirait la mort. Pas même un haussement de torse ou de ventre pour signifier qu’il y avait encore vie. Juste ces yeux hermétiquement clos, ces bras en croix posé sur le ventre comme un macchabé adulte ; je ne pus pas supporter la vision, je m’effondrai et perdis conscience. Mes frères, je le sentis, accoururent pour voir, puis père, puis mère ; dans mon sommeil conscient, je les entendis hurler et pleurer. Je n’arrivais plus à ouvrir les yeux ni me mouvoir, j’entendais juste autour de moi la détresse qui s’exprimait, les prières qu’on élevait en dernier espoir et les sanglots qui tombaient à grosses gouttes près de moi. Puis la détresse se rapprocha. Je sentis des bras autour de moi. Je crois que ma mère criait : «  elle demande à la mort de ne pas me prendre moi aussi. ». Moi je voulais lui crier que je vais bien, mais mon corps semblait être détaché de ma volonté. Je criai intérieurement mais rien n’y fit, le cri s’évanouit en moi, alors je pleurai. Et juste au moment où je criai à Dieu de ne pas me laisser partir ainsi, un souffle me revint et comme choqué par une décharge, je me raidis et fus debout en un geste. Je m’étais dégagée de l’étreinte de mon père, vivant, un miraculé, mais autour de moi demeuraient encore larmes et misère.

Ce jour-là et celui-ci ne faisait qu’un dans ma mémoire. La douleur était la même sinon plus intense, je me sentais mourir mais cette fois-ci les yeux ouverts. La neige et le vent froid me giflaient mais pas moyen que je recouvre mes sens. Il manquait peu de choses pour qu’à cet instant je perde la raison. Heureusement que la silhouette désormais ombre me saluait toujours inlassablement ; ce sourire maternel apaisa mon âme et entre sanglots et folie, je m’écroulai dans la neige, pleurant toutes les larmes de mon corps.

Ce fût la dernière fois où nous vîmes ma mère, mes frères et moi. Père revint quelques semaines plus tard. Apportant la nouvelle de la soit disant disparition ; nous y crûmes sans trop d’insistance. Voyant la chance tourner en notre faveur et lisant dans les nouvelles habitudes de mon père, nous comprîmes un peu mieux toute l’histoire. Mais ce n’est qu’à notre pleine majorité à tous que père leva le secret, nous raconta toute l’histoire en détails et nous initia à ce que devait être notre famille. Nous rentrâmes tous donc sous le secret de la malédiction et quittâmes Moscou où nous avions emménagé pour aller vivre à Dubaï.

 

Fin du Chapitre 1.

Léandra D., Tous droits réservés 2018.

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