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Payé en avance

Bizarre. Je me sens affreux et d’ailleurs je me demande pourquoi. Ce n’est pas la première fois, au contraire, alors pourquoi cette boule au fond de ma gorge ? Depuis quand est-ce que j’ai des remords moi? Par le biais de mon minuscule vasistas, mes yeux aperçoivent le soleil presqu’endormi qui pare le ciel de quelques rayons d’un orange doré. Il va donc bientôt faire nuit et sans me demander mon avis, mes pensées dérivent vers Elah et je me rends compte que c’est elle que je voudrais couchée près de moi au lieu de cette fille dont j’ignore tout jusqu’au nom.

Doucement, mes mains se posent sur ses épaules et la secouent. Il faut qu’elle s’en aille, cela fait bien plus de quinze heures qu’elle est chez moi. Je ne supporte plus sa vue, sûrement parce-que c’est une asiatique.

-Eh oh.

La demoiselle méprend mon geste et se cambre légèrement.

-Eh oh. J’aimerais que vous vous habilliez.

Surprise, puis croyant que je blaguais, elle se lève et fait tomber le drap m’exposant son corps squelettique muni d’une médiocre paire de boules un peu plus grosses que deux O emprisonnées dans un soutien-gorge que je crois pouvoir remplir mieux qu’elle en le portant. Le drap glisse totalement et miss je ne sais qui s’exhibe en sous-vêtements devant moi. Que croit-elle faire? L’alcool a vraiment eu raison de moi hier pour que j’accepte d’aller plus loin qu’un bonsoir avec elle. C’est un peu méchant mais vrai, sans son appareil génital, il n’y aurait aucune différence entre elle et moi. Elle se déhanche, si l’on peut appeler cela des hanches, et essaie de paraître sexy.

-Que faites-vous?

Comprenant que je ne blaguais pas, elle s’empourpre et ramasse le drap pour se couvrir. Elle se vêt et le visage plié, sort une liasse de billet qu’elle dépose sur ma table de chevet. Puis, comme puisant dans ce qui lui reste d’amour propre, me toise et s’engage d’une démarche mal assurée pour sortir de chez moi. Minute. Pourquoi les billets? Serait-ce possible qu’elle me rembourse une dépense d’hier dont je n’ai aucun souvenir? Ou bien… me prendrait-elle pour une sorte de… prostitué? Je n’ai pas le temps de finir ma pensée que mon corps nu saute hors de draps, ramasse la liasse et accours vers la demoiselle. Trop tard. J’entends la porte claquer violement et malgré tout j’ouvre la porte pour lui remettre son argent.

  • Hey… Vous vous êtes trompée sur mon compte, je ne suis pas ce que vous croyez.

La fille se retourne puis, se met à détaler. Je veux la suivre quand soudain quelques cris m’alertent.

  • Espèce de bon à rien. Vous devriez avoir honte! Me dit une voisine qui elle avait les mains devant les yeux d’une fillette que je devine être sa fille.

Pas la peine de m’excuser, je n’ai pas besoin de leur pardon. Je rentre et referme la porte derrière moi puis de retour dans ma chambre, balance la liasse quelque part en dessous de mon matelas. Il me faut retrouver cette fille, je ne suis pas un prostitué!

*

Cela fait déjà plus d’une semaine que je suis à la recherche de cette demoiselle sans succès. Comment trouver une fille avec laquelle on a couché une fois sans se rappeler comment on l’a draguée et quel est son nom? Je me demande si Google aurait une réponse à cette question.

Mon jeudi se termine banalement. Après le boulot, je suis retourné au Scorta, le bar italien où d’habitude je fais mes victimes parmi lesquelles la fille que je recherche, puis je suis directement rentré, un peu déçu. Il est vrai que je n’ai pas trouvé plus d’information concernant la fille en question, mais j’ai fait la rencontre d’une femme qui d’après mon radar promet d’être délicieuse. Elle a fait sa difficile mais ça ne sera pas pour longtemps.

Vendredi, je suis revenu au Scorta espérant revoir la demoiselle aux doubles fossettes dans une joue. Oui, parce que c’est cela qui m’avait attiré vers elle : son sourire bizarroïde. Malheureusement je n’ai pas eu cette chance, et vu que je ne voulais aucunement continuer à vagabonder dans les bars, je me suis mis à jouer au hunter tout de suite.

 

Ce mardi m’a l’air trop ensoleillé pour une journée d’Août mais qu’importe j’ai eu une dure journée au boulot et me revoici donc au Scorta. La douce mélodie de Vivo per lei du groupe ORO venait de commencer lorsqu’une jolie paire de cuisse s’est posée sous mes yeux.

-La fille aux doubles fossettes.

-Le playboy qui n’a jamais connu d’échec.

Touché! Je luis rends son sourire et la détaille plus attentivement. J’aime ses jolis yeux charbon cachés derrière des lunettes. Elle commande du jus d’orange… du jus d’orange dans un bar!

Nous papotons donc et j’apprends qu’elle est stagiaire à Slumberger dans le domaine de l’ingénierie mécanique. Puis après plusieurs minutes, elle me demande si je ne vais pas l’inviter.

-Ça dépend, si tu me dis ce que tu sais sur moi.

-Juste assez pour te faire craquer.

Je souris amusé.

-Bien dommage, je ne ramène pas les filles chez moi en semaine.

-Moi je ne suis pas les filles, je suis…

Elle laisse sa phrase en suspend et me vole un baiser. De plus en plus intéressante la petite, surtout que ses cuisses me font des appels de balles. Brisons un peu les règles pour une fois. Alors je l’invite chez moi, prêt à aller droit au but mais à ma grande surprise elle se dérobe et me dit qu’elle meurt de faim. Bonté divine, je n’en ai rien à foutre! Mais, je joue au galant et lui propose de dîner dehors. Bien-sûr, elle refuse et propose de me faire à manger. Alors je la laisse faire. La soirée se déroule ainsi et finalement elle s’en va tôt prétextant la fermeture des portes chez elle.

Je ne sais ni quand ni comment mais on a continué à se revoir ainsi, tous les mardis et jeudis. Elle passait, faisait à manger et s’enfuyait. Mine de rien elle cuisinait plutôt bien et très vite je suis devenu accro. On discutait de tout et de moi, elle aimait à me faire parler et moi, je me sentais à l’aise.

Ce samedi, je me sens l’homme le plus heureux du monde, cette nuit était la première fois qu’elle se donnait à moi et à regret j’ai constaté qu’elle était encore vierge et bizarrement ça m’a rendu fier.

Les secondes se sont transformées en semaines et c’est avec appréhension que je constate que je l’aimeJ’étais tellement amoureux que j’en oubliais les plaisirs du célibat, je la voulais tout le temps près de moi, qu’elle ne respire que moi… jusqu’à ce soir.

Bouche bée, je l’écoute me parler, m’injecter du venin de scorpion dans le cœur. Elle est arrivée, trempée jusqu’aux os et est entrée sans sourire. Malgré mes efforts pour la faire changer d’humeur, elle demeurait morose, mais j’aurais préféré que ce qu’elle ne me le dise jamais. Le mensonge de notre relation était parfait.

-Il faut que je te dise.

 

-Je ne suis pas celle que tu crois. En gros, je t’ai séduit pour des desseins égoïstes qui n’ont rien à voir avec l’amour. Je t’épargne les détails de mes raisons mais sache que je l’ai fait pour la personne que j’aime le plus au monde : mon père. Vois-tu, il a été accusé à tort et est emprisonné. La solution m’est apparue un soir lorsqu’une femme m’a approchée dans la rue et m’a donnée une enveloppe. Elle détenait la clef qui ouvrait la liberté à mon père et tout ce que j’avais à faire, c’était de te faire tomber amoureux pour t’abandonner. Je n’avais pas d’autres choix, tu comprends ? Tu n’étais qu’un moyen, une voie pour sa libération. J’aimerais te dire désolé, mais je ne lui suis pas, je ferai tout pour mon père. Absolument tout ! D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment tu as fait pour te mettre à dos la fille d’une dealeuse chinoise. Quoiqu’il en soit, votre histoire ne me regarde pas. Aujourd’hui elle m’a enfin donné la vidéo qui l’innocente alors elle m’a demandé de faire ça. Elle m’a dit de te dire que cinquante mille était pour payer la nuit et cinquante mille pour acheter ton pardon en avance. Mathias,…

-Dégage! Sors! va-t’en avant que je ne…

Et m’obéissant, elle s’en est allée sans même un autre mot. Etait-ce un tour du sort? Une punition pour avoir longtemps utilisé des femmes. Peut-être était-ce pour cela que je me sentais mal ce matin, une sorte de prémonition? J’ai été trop confiant croyant que je la possédais, l’illusion de domination d’être le premier mec d’une fille.

C’est avec peine que je m’écroule derrière la porte à écouter ses escarpins s’éloigner, me disant que ceci est un rêve. Oui, cela doit forcément être un rêve, l’amour intense que nous avons partagé ne peut pas mourir ainsi.

 

Par une auteure de l’Afrique écrit: D.E.F.T.,

Tous droits réservés 2018.

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3 comments

  1. Alors, alors, bien le bonsoir chère auteure 😊.

    Un verbe me vient en premier aussitôt parvenu à la fin de ce texte chargé en émotions : Suspendre.

    Pourquoi « suspendre » ? me direz-vous.

    Eh bien d’abord parce que dès les premières lignes, le lecteur que je suis a « suspendu » la musique qu’il écoutait au car bien vite happé par le style de qualité qui ressort incontestablement du texte, et cela pour mieux m’en imprégner.

    Il n’a été ensuite que plus aisé pour moi d’être « suspendu » à chaque mot que tu places pour mieux nous compter l’histoire de cet homme en mal d’amour au début qui terminera fort malheureusement par être le mal aimé. Ta description faite de la jeune asiatique (parfois très sèche) n’a pas manqué de me faire esquisser quelques grimaces, tantôt de gaîté, tantôt de stupeur (la référence faite à la taille de sa poitrine notamment 😇).

    Pour finir, tu nous laisses sur une fin en pointillés qui nous donnes envie de connaître la suite des aventures de cet homme trompé par l’amour plus que par cette jeune fille à la quête d’un amour plus grand encore, celui qu’elle voue à son père.
    On aurait pu en faire un livre 😢, l’histoire reste ainsi « en suspens »… au plus grand de mon malheur.

    Au final, je suis charmé, vraiment charmé, et je n’éprouve que ravissement pour avoir lu de telles lignes sorties tout droit de l’imagination d’une camerounaise.

    Merci 😇😇😇

    • Merci merci pour ce commentaire.
      En fait, la fin était un peu précipité, mais après longue hésitation, j’ai décidé de reprendre l’écriture de cette nouvelle.
      Thanks again 🙂

  2. Alors, alors, bien le bonsoir chère auteure 😊.

    Un verbe me vient en premier aussitôt parvenu à la fin de ce texte chargé en émotions : Suspendre.

    Pourquoi « suspendre » ? me direz-vous.

    Eh bien d’abord parce que dès les premières lignes, le lecteur que je suis a « suspendu » la musique qu’il écoutait au car bien vite happé par le style de qualité qui ressort incontestablement du texte, et cela pour mieux m’en imprégner.

    Il n’a été ensuite que plus aisé pour moi d’être « suspendu » à chaque mot que tu places pour mieux nous compter l’histoire de cet homme en mal d’amour au début qui terminera fort malheureusement par être le mal aimé. Ta description faite de la jeune asiatique (parfois très sèche) n’a pas manqué de me faire esquisser quelques grimaces, tantôt de gaîté, tantôt de stupeur (la référence faite à la taille de sa poitrine notamment 😇).

    Pour finir, tu nous laisses sur une fin en pointillés qui nous donnes envie de connaître la suite des aventures de cet homme trompé par l’amour plus que par cette jeune fille à la quête d’un amour plus grand encore, celui qu’elle voue à son père.
    On aurait pu en faire un livre 😢, l’histoire reste ainsi « en suspens »… au plus grand de mon malheur.

    Au final, je suis charmé, vraiment charmé, et je n’éprouve que ravissement pour avoir lu de telles lignes sorties tout droit de l’imagination d’une camerounaise.

    Merci 😇😇😇

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