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8 Clos

Djhamidi Bond, 8clos, Yaoundé, Ifrikiya, 2016.

 

Si l’écriture littéraire est aussi l’expression des craintes et des souffrances de l’être humain, l’écriture de Bond est ce Un discordant émettant des rayons, et qui, pour irradier, décrie dans une dimension cathartique la stigmatisation et la frustration du sujet – humain minoré femme. Dans un univers phallocratique insensible et ignorant.

 

C’est une histoire de viol/vol qui est narrée par un « Je » dialogal. Comme une confession. Un cri du silence. Mana incontournable pour purifier un passé volé, un corps violé pour qu’enfin dans l’avenir la vie soit vécue sans ecchymoses.

 

Ce livre est un fin souffle d’espoir. Il brosse le tableau de la souffrance physique et psycho-logique d’une jeune fille. Qui est dans une permanente quête de prise en charge de ses sentiments, de ses émotions et de son corps. Incapable de jouir de sa sexualité, de décider de son de-venir comme sujet et de vivre l’amour avec l’autre soi masculin qu’elle désire et aime. C’est l’image de la jeune fille exposée à l’excision, au viol et au mariage précoce – forcé qui est mise en scène. Et ce, sur un accent peu prou analogue à celui de Nicole Mballa-Mikolo ( Calebasses brisées), Mariama Bâ ( Une si longue lettre), Djaïli Amadou Amal (Munyal: les larmes de la patience) et/ou de Fadimatou Bello ( Tilmido: un destin controversé). Des auteures dont les écritures communiquent parce qu’elles se posent, au final, comme un palimpseste de discours à la Genet qui s’engage concomitamment à prolonger le débat autour de la condition-voie – voix de la femme dans les sociétés africaines dites francophones- au Cameroun précisément.

 

Dans l’intrigue, l’amour de la jeune fille, travaillée par un profond trauma ( au sens latin, blessure), pour son corps, qui est traduit dans son désir de décider de sa sexualité  et de choisir à quel « gros porc » dévoiler ou pas son corps sans être agressé par ce dernier, devient une fatalité. Le mâle, C’est – à – dire l’homme, phallus raide symbole d’une pseudo-autorité, devient un loup pour elle, son bourreau. Celui-ci, coincé dans des clichés et des stéréotypes qui légitimeraient l’hégémonie de son phallus tripote et tripote toujours, sans permission et en toute impunité, le corps de la femme. Cette dernière qu’il réduit à un non-conceptuel objet de désir et de reproduction. Essentiellement. Sans plus!

 

Cet acte d’écriture  (écriture comme praxis, action), à ne pas limiter au dépréciatif concept de « littérature féminine »- car, on n’écrit pas avec les trompes(Calixte Beyala)-, nous permet de découvrir un pan sombre du vécu socio-sexuel des femmes dans notre contexte. Et nous pouvons, dès lors, faire des conjectures sur notre a- venir socio-sexuel,  à travers cette plume pas toujours très bien tenue, concernant les pratiques sexuelles, les tolérances, les minorités sexuelles et les transgressions sexuelles.

 

Il s’agit, au final, dans 8clos de la réinvention d’un possible milieu social dans le champ littéraire africain francophone  en général, et camerounais en particulier, qui va se transmuer en une résistance psycho-socio-politique de non assignation. Une force créatrice des possibilités (les histoires donc) diverses mais qui communiquent à travers des passerelles d’intersection sans cesse provisoires. Plus amplement, c’est dire que l’absoluité du phallus sera toujours questionnée; et qu’il y aura toujours un moyen pour inventer des intrigues, des aventures et des histoires produisant une chose sexualité – nouvelle que l’on ne confinera plus dans le domaine  de l’abjecte, l’indicible voire l’impensable en Afrique francophone, et partant au Nord du Cameroun!

 

Baltazar Atangana Noah

Université de Yaoundé I

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