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LE RETOUR… (SANS TAM-TAM d’Henri Lopès)

LE RETOUR… (SANS TAM-TAM d’Henri Lopès)

Maintenant que le mois de Janvier est passé et mes trois premières chroniques avec, ce serait le moment de se retourner un peu. Non pas pour me dérober de la fête de la jeunesse qui approche à grands pas avec le discours du « Père de la Nation », le défilé solennel, les débats ou les plaintes télévisées ; encore moins pour, comme la femme de Loth dans la bible, regarder les merveilles que j’aurais laissées derrière moi ; mais pour faire une sorte de bilan du mois passé.  J’aurais donc partagé avec vous, trois de mes lectures, trois auteurs, trois continents ; et j’aurais reçu beaucoup de félicitations de certains de mes lecteurs, mais aussi de nombreuses critiques constructives d’autres. Critiques m’ayant permis, je l’espère, de faire un retour sur moi-même pour mieux appréhender ce nouvel épisode de mon challenge qui symbolise aussi mon retour à des auteurs africains.

LIVRE ECRIT PAR UN HOMME D’ETAT AFRICAIN

Des hommes d’Etat africains qui écrivent ?! Ce n’est probablement pas ça qui nous manquerait. Au contraire, l’Afrique sur ce plan pour une fois, n’a pas grand-chose à envier aux autres continents. Entre des poètes-présidents et des ministres lauréats de grands prix littéraires internationaux, cette fois aussi, pour mon challenge, j’ai eu du choix heureusement.

RESUME

Gatsé est un enseignant congolais du lendemain des Trois Glorieuses (la révolution des 13,14 et 15 aout 1963 au Congo). Malgré une affectation disciplinaire (dans une contrée retirée) pour opinions contraires à celles du régime en place, et une santé préoccupante, il prend plaisir dans sa mission d’éducateur consciencieux de la jeunesse de son pays. Quand un de ses anciens camarades, haut dignitaire de l’Etat, lui propose un poste de conseiller culturel d’ambassade à Paris, il tient compte de la sollicitude mais lui oppose un refus. Et comme son ami, indépendamment de  quelques divergences sur le trait de caractère ou dans les opinions politiques entre les deux hommes, éprouve de l’amour et de la considération pour Gatsé, il se permettra d’insister avec des arguments les uns aussi consistants que les autres.

Pour un refus, un simple refus personnel, tous les pans de la structure même de la société dans laquelle ils vivent seront traités. Gatsé nous conduiras tour à tour dans les descriptions de la vie servile mais heureuse de ses défunts parents sous le régime colonial ; de son parcours « moyen » (comme il le dit lui-même) d’élève, étudiant, militant, enseignant et puis  chef de famille ; des mentalités de ses concitoyens attirés par la vanité et la fumisterie ; mais aussi et surtout, une description à peine exagérée (comme il le prétend), d’une classe politique qui se serait perdue dans des complaisances mesquines l’empêchant, telles des œillères, de voir autour d’elle les souffrances d’un peuple qu’elle assujettit alors qu’elle dit fièrement  le servir.

En cinq épisodes épistolaires, bien que différents par la structure et la taille, Gatsé fera montre de son engagement sans borne à la tâche qui est la sienne ; de son dévouement dans l’édification de sa nation par la base (l’éducation où il se dit véritablement utile) jusqu’au sacrifice du martyr, et de son intime humilité vis-à-vis des petites gens qui savent vivre leur vie sans trop se plaindre.

MON OPINION

Comme tous les livres que j’ai lus d’hommes d’Etat en général, et d’hommes d’Etat africains en particulier, SANS TAM-TAM d’Henri Lopès est un roman témoignant ostentatoirement de la bonne volonté et de l’engagement de l’auteur dans ces combats nobles dont ce revendiquent en théorie chacun de ces grands personnages. Pourtant, contrairement aux autres livres du genre, la trivialité rafraichissante avec laquelle les narrations sont faites donnent une impression de sincérité et de vérité. Autant je trouvais le récit fort ennuyeux à la façon des tirades savantes des essais de quelque science abstraite ; autant je trouvais en cette même banalité évoquée plus haut, le charme qu’ont les grands romans de vous solidariser avec quelque personnage dont vous percevez le réalisme. Mais au-delà de cette empathie qui m’aurait permis de terminer avec quelques efforts ce livre, je ne saurais oublier ici un facteur très intéressant qui vous empêche de lâcher ce livre une fois que vous l’avez commencé : des citations et des pensées pleines d’inspirations mais parfois hilarantes dont j’en donnerai ici deux. Pour décliner l’offre de son ami, Gatsé lui dit avec une tinte d’humour : « Garde ta pomme, serpent ! Ce n’est pas un fruit congolais. ». Et plus sérieusement, pour illustrer le développement anachronique des jeunes Etats africains nouvellement « libres » il écrit : « Non, il ne faut pas prendre l’ascenseur dans les pays où l’on ne peut encore les réparer. »

MESSAGES PERCUS

Des citations bien énoncées comme les deux précédentes, j’en citerais des ribambelles extraites de quelques livres d’autres hommes d’Etat africains. Mais le problème reste et demeure le même : l’incohérence criarde entre les idées absolument louables de leurs œuvres et leurs vies personnelles. Il n’y a qu’à lire UN DESTIN POUR L’AFRIQUE d’Abdoulaye Wade ou POUR LE LIBERALISME COMMUNAUTAIRE de Paul Biya pour se demander « qu’est ce qui n’a pas marché ?! ». Ainsi, leur confrère Henri Lopès n’aurait pas dérogé à la règle. Il n’aurait de commun avec Gatsé du roman, que la profession d’enseignant d’histoire. Pour le reste, l’auteur sera pendant son fabuleux destin : plusieurs fois ministre, dont premier ministre au Congo ; haut responsable d’institutions internationales telles que l’UNESCO ; et contrairement à Gatsé qui se prive de Paris, Henri Lopès s’y rendra, pas pour un vain poste de conseiller aux affaires culturelles, non ! Mais comme ambassadeur même, et ce pour longtemps. C’est d’ailleurs lui qui défrayait la chronique il y’a quelques années encore avec des rumeurs le désignant comme l’ambassadeur africain le mieux payé avec un salaire qui dépasserait largement les 500000euros (soit environ 327,5millions de francs CFA). Face à un auteur pareil, Gatsé dirait sûrement : « Avant ceux qui savent dire, il nous faut ceux qui savent faire »

CLOSULE

De mémoire de jeune africain, et d’ancien élève assidu des cours d’histoires, je ne me souviens pas d’un pays, d’un peuple ou d’une civilisation qui se soit construite en quémandant de la liberté, de la considération ou du respect. Tout comme je ne me souviens pas d’un peuple dont la prospérité serait venue d’une marche en avant non planifiée, ou d’une négligence flagrante de sa partition à jouer dans le concert de ladite prospérité. La condition préalable à l’essor d’une grande civilisation, au vue des leçons que l’histoire nous apporte, serait ce retour sur soi ; cette prise de conscience profonde que le terreau de notre émergence se trouve en nous et pas dans quelque autorisation ou adoubement de quelque « messie » étranger.  Au milieu des discours et des fêtes, à défaut de pouvoir lire ce chef d’œuvre que je conseille pourtant à tout jeune africain, méditons sur cette paroles de Gatsé : « Nous avons, nous aussi, bâti des ouvrages au-dessus de la taille de l’homme. Mais dans l’esclavage et sous la chicotte ! Voici venir le moment de le faire de nous-mêmes. Je me demande souvent si une indépendance réelle ne signifie pas plus de chantiers et de manœuvres qu’à l’époque de l’indigénat… »

 

By Philo Malangwe, tous droits réservés 2018.

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