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TROUBLE DE MÉMOIRE (Ernest Hemingway: Le vieil homme et la mer)

À l’entame de ce deuxième épisode de mon challenge de lecture, j’imagine déjà certains comme mon pote [Loic Mbaya]  en train de se demander: « Mais pourquoi ce titre?! ». J’ai bien dit certains. Parce que pour d’autres comme ma reine [Kg Koko], les soupçons de tous les faits divers qui défrayent la chronique au bled planent déjà sur ma tête. Mais comme mon challenge est sérieux et ne s’occupe pas des choses du quartier, je vais dès à présent dire, de quoi je ne parlerai pas afin que les insatisfaits s’écartent seuls.  D’abord, ce n’est pas parce qu’on parle de trouble de mémoire qu’on évoquera ici la Miss Cameroun qui aurait mal révisé son hymne national, ou aurait tout simplement décidé de « redynamiser » ce « vieux chant » patriotique. N’en déplaise à mon mannequin de tante [New Dian]. En plus, il se dit que les miss, c’est fait pour être belle et puis c’est tout non!? Je n’oserai non plus  parler ici des africains et autres afro descendants, qui auraient oublié de commémorer avec Haïti le triste anniversaire du malheur qu’on sait tous, le préférant le non-événement de la énième déclaration de Donald  Trump à leur endroit. « Pays de merde et puis quoi?! » comme dirait mon frère [Yvan Bitang]. Mais de tous, le sujet qui laisse ma plume (mon clavier pour être honnête) complètement blasé(e), c’est bel et bien la fameuse  théorie des « 32Go qui vaudraient 500Go » selon qu’on est dans la nouvelle technologie ou dans l’ancienne. Et « 1téra  qui serait égal à 1028Go » Je n’en dirais rien! Pour amples explications sur le sujet, veuillez contacter mon informaticien de grand frère [Joe Papy] (en plus, le fameux théoricien est son enseignant). Donc ne vous attendez même pas à ce que je parle des fameux ordinateurs ultra-puissants PBhev dotés de ces « 32/500 », quoique…

 Et maintenant que tous les insatisfaits se sont retirés seuls, mes vrais gens écoutez donc mon histoire de « trouble de mémoire ».

            Comme je n’ai pas eu les puissants PBhev dont je parlais plus haut, et comme j’utilise toujours le vieux téléphone androïde de ma mammy [Emilienne Amatala], ça faisait déjà une semaine que je recevais des notifications de « mémoire pleine » sans vraiment en tenir compte. Jusqu’au jour où voulant enregistrer un Voice note pour mon « amour » [Heleine Prisca Goufan], WhatsApp me dit que je n’ai pas d’espace pour le faire. À ce moment, plus de choix, je dois libérer la mémoire. La puissante machine PBhev de mon frère [Brand Femous]  est sur la table, 500Go de mémoire, et un Téra sur le « cloud » au cas où. Avec tout ça, qu’est ce qui pourrait mal tourner?! Pourtant je ne sais par quel subterfuge j’ai pu perdre la quasi totalité de mes documents pendant les transactions. Comme un « Téra » du cloud (nuage) c’est beaucoup, mes documents ont dû s’y perdre en dérivation interstellaire, une grande partie de ma bibliothèque électronique avec.

              Heureusement, ayant déjà choisi le livre à lire pour le compte de ce deuxième épisode de mon challenge, et l’ayant déjà transféré sur ma tablette-liseuse, je n’avais plus aucune raison de procrastiner. Je devais lire (je le confesse) pour ma première fois, un livre d’Ernest Hemingway, et pas n’importe lequel: « Le vieil homme et mer ». La réputation de l’auteur seule suffisait à me faire espérer la consolation après la lourde perte que je venais de subir.

  LIVRE D’UN « NOBEL »

           Il y’a une dizaine de jours, on prenait de bonnes résolutions pour la nouvelle année. En ce qui me concerne, je promettais de partager avec vous 36 de mes lectures tout au long de l’année. Rendu au deuxième épisode de cette aventure, je trouve naturel d’entrer de plein pieds dans ce challenge avec une œuvre d’auteur « nobélisé ». C’est vrai que le choix n’a pas été facile. Et au risque de subir le même reproche que l’académie suédoise quant au caractère raciste des choix des primés, j’ai choisi Ernest Hemingway et son roman « le vieil homme et la mer » pour des raisons qui me sont propres. Mais ce choix, je le rappelle, n’entrave  en rien l’admiration que je voue à d’autres auteurs nobélisés tels que le nigérian Wole Soyinka, le français Albert Camus ou l’américain T.S Eliot.

 

  UN CHEF D’OEUVRE

           La majorité des observateurs s’accorde à dire que « le vieil homme et la mer », malgré les remarques dues à sa taille (certains le traitent de grandes nouvelle), représente l’apothéose de l’œuvre d’Ernest Hemingway. Et plusieurs paramètres plaident en la faveur de ce chef d’œuvre. D’abord, ce livre paru en 1952 remportera dès l’année suivante le Politzer avant de permettre à son auteur de remporter en 1954 le Nobel de la littérature. Et puis, le sujet traité dans le livre est lié aux passions les plus intimes de l’auteur à savoir Cuba qui est son pays d’adoption et « la pêche au gros » qui est l’une des activités favorites d’Hemingway. Dès lors, l’engouement que provoque encore la simple évocation du titre de cette œuvre ou du nom de son auteur témoigne de l’ampleur de la popularité dont jouit encore ce duo plus de soixante ans après la sortie du livre. Ce ne sont pas les habitants de La Havane qui me démentiraient.

 RÉSUMÉ

               Santiago est un vieux pêcheur des côtes cubaines, non loin du Gulf Stream. Il vit dans sa  minuscule cabane avec des souvenirs refoulés de sa défunte femme, son attirail de pêcheurs, quelques magazines de baseball américain (sa véritable passion) et une amitié avec le jeune Manolin qui semble être le fils qu’il n’a jamais eu. Après 40jours de pêche non concluantes, le duo se verra obligé de se séparer. En effet, devenu définitivement « salao » (malchanceux), les parents de Manolin contraindront leur fils d’aller pêcher avec un autre bateau pour espérer de renouer avec la chance. Le choix s’avère très tôt concluant, alors que du côté de Santiago, rien ne s’arrange jusqu’à l’aube du 85ème jour où plein de détermination il se lance à la conquête du grand large. Ce sera dans une partie de pêche empreinte d’enthousiasme et de mélancolie, tantôt poétique, tantôt lourde qu’il poursuivra dans une solitude déguisée cette activité passionnante. Faisant le guet, admirant la nature, échangeant avec elle, ou profitant de sa solitude en mer pour déclarer ses pensées les plus intimes à gorge déployée…

Finalement, un poisson, pas n’importe lequel, viendra « mordre à l’hameçon ». Et ce sera le début d’une longue histoire entre l’homme et le poisson; entre le prédateur et sa proie. Dès le départ, Santiago guette, flirt, susurre au poisson des conseils pour confirmer sa prise. Mais le poisson ne sera jamais comme l’homme espérait. Le menant d’abord davantage vers le large, le tourmentant  et l’éprouvant. S’en suivra une confrontation entre l’homme et l’animal digne d’un combat de boxe. Succession d’attaques, de ripostes proportionnelles, de moments d’accalmie;  et indéfiniment, le cycle recommence pendant trois jours et deux nuits. Laissant Santiago dans un état déplorable: les bras ensanglantés, les mains ankylosées, les épaules endolories et tout le corps courbaturé.

Si Santiago se félicite à la fin d’avoir vaincu un adversaire de la taille de cet énorme poisson, avec qui il aura pendant le combat, créée une relation de respect, d’admiration et d’empathie, la fin de son aventure relativement solitaire, ne sera pas véritablement à l’image du noble combat. Pourtant, c’est avec autant de respect et d’admiration, que les autres pêcheurs et touristes sur le port, accueilleront le butin singulier du vieux pêcheur.

MON OPINION

             Alors que je me suis retrouvé face au thème de cette dizaine (je livre un article tous les dix jours), il me semblait assez naturel de lire une œuvre d’un Nobel africain. Il faut dire que sur les quatre africains nobélisés en littérature, j’ai une admiration particulière pour le « PAPE »(selon moi c’est le pape de la littérature africaine) Wole Soyinka. Alors que pour la sud-africaine Gordimer, je ne retiens que la citation: «La poésie est à la fois une cachette et un haut-parleur ». J’avoue que ma maîtrise de la littérature africaine est à travailler! Pourtant, des Nobels que j’ai lus, mon cœur penche pour Albert Camus et j’ai des coups de cœur comme TS Eliot. Mais ce qui m’a tout de suite décidé à choisir de lire Hemingway, en plus du prosélytisme de ses inconditionnels dont je fais les frais ces dernières années, c’est la biographie. En fana convaincu de G. Apollinaire et de tous les artistes engagés dans la première guerre mondiale, ce fût le coup de foudre.

Si ce livre était une boisson, je dirais que je l’ai bu d’un trait. Un soir, entre 22h20mn et 1h30, je l’ai lu à un rythme que les premières pages m’ont imposé. Le style est simple, pur et digeste. Les phrases sont concises comme je les préfère, et nécessitent très peu de vocabulaire pour en venir à bout. Quoique, quelques mots du jargon de la pêche, les mêmes, revenant tout le temps, pourraient ennuyer plus d’un. Mais pour moi qui n’ai cherché les définitions de ces mots qu’au terme de ma lecture, je dirais que pris dans leurs contextes, chacun de ces mots pourraient se comprendre, du moins, se soupçonner.

Les mérites de Hemingway à travers ce livre se sont révélés à moi au moins à deux niveaux. C’est un pêcheur qui a écrit un livre de pêcheur pour toute l’humanité comme St Exupéry était le pilote qui écrivait dès livres de pilotes pour toute l’humanité. Quand on lit ce livre, on se retrouve sur un peu moins de 150pages, si ce n’est dans la peau d’un pêcheur, au moins à ses côtés. Son pêcheur, Santiago est peut-être singulier, mais d’une singularité universelle. Et le deuxième point, l’essentiel, faisant défiler les 149pages de mon fichier PDF, à la fois je lisais des mots et je voyais l’action se dérouler sous mes yeux. Je ne sais par quel subterfuge l’auteur y parvient, mais je sais une chose: c’est que je pourrais, seulement grâce à cette lecture, éprouver le vent de ses bordures de mer cubaines, voir la case de Santiago, son bateau et mes narines peuvent capter les odeurs de la « Terrace ».

J’ai toutefois été dérouté à maintes reprises par l’incongruité due aux dialogues que Santiago entretient avec la mer, les poissons, les oiseaux, et même avec certaines parties de son propre corps. Pourtant c’est aussi dans ces moments que l’œuvre prend tout son sens. Le respect que Santiago a pour les poissons, la mer, les oiseaux et toute la nature donne naissance à des dialogues incongrus mais beaux; Pesants mais rafraichissants. J’imagine que je n’ai pas pu vendre ce livre comme j’aurais dû le faire, et je n’ai aucun complexe à ce sujet. Je crois que celui qui réussira un compte rendu parfait de ce livre, aura assurément lui aussi livré  un chef d’œuvre.

MESSAGES PERÇUS.

    « Le vieil homme et la mer » est un roman riche en enseignements et en messages dont j’évoquerai ici quelques uns:

-Le respect et la considération: illustrés par Santiago qui attribue des caractères d’homme à son adversaire le poisson, l’appelle son frère et le traite comme tel. C’est le même Santiago qui dira au poisson comme Mandela à son geôlier: » tu es autant captif que moi ». Puisque rendu à la fin de leur duel, bien que le poisson ayant perdu la bataille, le vieil homme relativise sur  sa victoire, en faisant l’inventaire de ses propres pertes.

-La résignation: Santiago est conscient du mal que lui et d’autres pêcheurs font à la mer, aux poissons, à la nature, mais semble contraint à subir lui aussi. De même, quand les parents du petit Manolin interdisent à ce dernier de pêcher avec Santiago pour renouer avec la chance, le vieil se voit confronté à la réalité selon laquelle, l’amour et l’amitié que son ami lui porte ne suffiraient pas à les garder ensemble tout le temps.

-Spiritualité: Santiago (adaptation hispanique de Saint Jacques, l’apôtre de Jésus et frère de Jean), passe comme beaucoup de grandes personnalités bibliques et païennes par les cycles de 40. 40jours c’est la durée dû jeûne de Jésus dans le désert, la durée du grand déluge, où la durée nécessaire d’attente entre la mort d’un pharaon et son inhumation. Ainsi, pour ceux qui voudront le voir, l’aventure de Santiago pourrait aussi être hautement spirituelle et cela pour plusieurs raisons.

 

CLOSULE

         De plus en plus autour de nous, on parle de mémoires. Il y’a celles qu’on nourrit, donc elles restent vives; et celles qu’on laisse mourir quand on ne les assassine pas, ce sont des mémoires mortes. Entre trouble et devoir de mémoire, le choix semble facile. Pourtant les Hommes effrayés par les responsabilités et le devoir, se résignent très souvent à subir le trouble d’une mémoire qui deviendra par la suite, sélective sous la contrainte. Mais quelle contrainte?! L’argent, la gloire et le pouvoir nous mènent à travers des sentiers alambiqués, jusqu’à la destination fatale. Le point de non retour, où l’on dit ce que l’on ne pense pas et on pense des choses qu’on n’ose pas dire. C’est pourquoi de mémoire, la précision n’est pas vaine, je cite cette phrase de Santiago entre ciel et mer: « Je ne comprends pas ces choses, pensa-t-il. Mais c’est mieux qu’on ne soit pas tenté de tuer le soleil ou la lune ou les étoiles. C’est assez de vivre sur la mer et d’avoir à tuer nos vrais frères »

 

By Philo Malangwe, tous droits réservés 2018.

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2 comments

  1. J’ai aimé la clausule… elle est bien écrite , simple et accessible… de plus elle donne vraiment de lire le livre et donne l’impression qu’il s’agit là d’un chef d’oeuvre littéraire… le reste m’a laissé perplexe… Je suis embarrassé de le dire mais il faut que je le souligne… Ça a plus l’air de l’étalage de la culture Philo qu’autre chose… entre auteurs et livres , expressions et mots très complexes on ne sait où il veut nous emmener… et on est là dans une exposition du savoir qui nous perd à la fin… et vous savez ce qu’on dit à propos de la culture  » c’est comme de la confiture , moins on en a plus on l’étale » et vis-versa… sinon la clausule m’a ramené où je voulais aller , ce qui vous a valu deux belles étoiles 😊😊

  2. Merci Claude pour le temps consenti pour poser ce commentaire. Je prends tout en compte et j’essaie de me rapprocher au mieux de vos attentes sur le prochain article. Et merci de continuer a me lire et de donner votre avis…👊

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