Breaking News
Home / Série littéraire / L'ombre de l'histoire / L’Ombre de l’histoire (S2 E1) 3/5 (2)

L’Ombre de l’histoire (S2 E1)

 ​​ ​​ ​​​​ Chapitre 1

L'enlèvement.

 

Mardi, 10h

-​​ Je te sens un peu nerveux David.

-​​ Ah !​​ Je​​ n’arrive​​ pas à croire que quand on sera sortis​​ de cette voiture dans quelques minutes maintenant, le sort de l'Afrique pourrait changer du tout au tout, ou pas du tout.

-Regarde-moi, hey​​ !​​ J’ai​​ confiance en toi, autant que chaque camerounais devant sa télé en ce moment. Tout va bien se passer. N'êtes-vous pas de mon avis André​​ ?

-ça​​ n'arrive pas souvent de vous le dire monsieur, mais la première dame a certainement raison. Vous avez beaucoup travaillé pour en arriver là. Au final tout ne peut que se passer comme prévu.

-Bien, je vois​​ ! dit-il sans conviction, laissant échapper un léger rictus.​​ Il n’y croyait vraisemblablement pas.

*Ahaha​​ ! André d'accord​​ ?*

Le cortège semble s'être​​ arrêté. On ouvre alors la portière du véhicule présidentiel pour faire sortir l'homme tant attendu. Dehors, une foule de personnes scande son nom alors qu'il traverse le long tapis rouge menant à la salle dans laquelle se trouve​​ déjà​​ les autres chefs d'Etats, tandis que présents​​ eux aussi, les journalistes s'empressent d'immortaliser chacune de ses enjambées. Dans la voiture, André Mbeng, le conseiller principal du président s'apprête​​ à sortir quand il est retenu de​​ la main par Jessica, la femme du président.

-Je sais que vous êtes​​ fermement​​ opposé à cette initiative prise par mon époux, et que le soutien​​ que vous avez apporté à mes paroles n'était pas sincère. Néanmoins, je vous assure que lui et moi ainsi que René Mazouz avons pesé le pour et le contre de la situation. Croyez-moi, vous vous réjouirez bientôt à nos​​ côtés.

-Sauf votre respect Jessica, si vous souhaitez toujours être première dame du Cameroun après les​​ élections​​ de 2018, il va falloir convaincre le président d'y mettre un terme. Le contre pèse plus lourd que le pour, et rien ne pourra me faire changer d'avis. On doit y aller... et l'autre problème il est là, je suis le conseiller principal et directeur du Cabinet du président, pas René Mazouz malgré sa fonction, chacun son travail.

*Je veux voir David​​ réélu​​ à cette fonction en 2018 et ce projet aussi ambitieux soit-il n'est nullement utile pour atteindre cet objectif,​​ ça​​ ne doit pas se faire.*

Le visage de Jessica se ferme alors quand il sort. Elle semble pensive, peut-être​​ commence-t-elle à douter. André est ainsi, un homme de principes, il mourrait pour les défendre.​​ L'union de L'Afrique en un seul Etat, idée émise par le président depuis son investiture​​ il y'a six ans maintenant lui semble la plus mauvaise qu'il ait jamais eue.

 

Une fois à l'intérieur de la salle, le président est alors dirigé vers la place qui lui est réservée​​ à l'estrade sous les regards des dirigeants de chaque pays. Il le sait, la​​ plupart​​ d'entre​​ eux voit d'un mauvais​​ œil​​ cette​​ initiative. 30 Pays forment l'ADA, l'Assemblée des pays d'Afrique. Les 30 sont bien présents mais il lui suffit d'avoir seize votes, juste 16 pour voir son rêve d'unité devenir réalité. Le président de l'assemblée entame le discours prévu pour l'occasion, ils sont tous ou presque à l'écoute. David ne perd pas un mot de ses paroles, une fois fini ce sera à lui.

André et Jessica arrivent​​ alors dans une pièce à part se trouvant juste en contre bas de l'estrade, il y'a là beaucoup d'écrans​​ retranscrivant​​ ce qui se passe​​ au-dessus​​ d'eux, une sorte de salle de contrôle telle que​​ dépeinte​​ dans les séries policières américaines.​​ Ils y retrouvent​​ un autre homme, placé là en face de​​ ces moniteurs, le visage ébloui​​ par​​ la lumière renvoyée​​ par les écrans. Il est paré d'un costume noir,​​ chic. La silhouette pas très athlétique mais​​ assez imposante,​​ sa coupe courte sur laquelle s'entremêlent​​ cheveux noirs et gris lui donne une certaine élégance et un certain charme, une certaine rigueur. Le personnage en entier semble tout sauf un gentil homme. Il se retourne alors vers eux sans réelle émotion, un léger sourire juste, quoi que peut-être ce n'en était​​ pas​​ un, la situation ne s'y prêtant pas. Ils s'avancent​​ alors jusqu'à son niveau. Près de lui, une table sur laquelle sont posés​​ de nombreux objets dont une machine à café.

-Un café​​ ? demande alors l'homme tourné vers Jessica.

Elle lui fait un oui de la tête et un​​ des gardes présents​​ dans la salle s'empressent de venir lui en servir un.

-Comment vous le trouvez​​ ?​​ Demande-t-elle à l'homme parlant de son mari.

-Plutôt calme.​​ Serein.

-Et le président Lybien​​ ?​​ Lance​​ à son tour André à l'homme, le regardant à travers ses lunettes rondes qui lui donnaient un air sévère,​​ marqué en plus par son allure​​ mince et élancé. Il avait l'image du proviseur d'école stricte se présentant à ses élèves le premier jour dans un costume dont on ne pouvait imaginer le coût réel si la marque ne le trahissait pas. En somme le costume bien que cousu sur​​ mesure​​ ne lui allait pas vraiment à André.

-Il est là.​​ Répond-t-il​​ se tournant vers l'écran sur lequel était visible le président Lybien.

*Ce grand Barbu.*

C'est ensuite le calme plat dans la pièce pendant un instant. André en retrait face aux écrans ne peux s'empêcher de regarder cet homme dans la pièce avec eux, et ce n'est pas un regard agréable, loin de là.

Le président de L'Assemblée vient de terminer son speech. Il invite à présent David Bell. Le pays entier retient son​​ souffle, après ça, viendra le vote. Il s'avance​​ alors vers le pupitre. La salle​​ immense​​ n'a d'yeux et d'oreilles que pour lui, chacun de ses gestes est exécuté tel un balai préparé depuis des années et ils sont tous épiés et scrutés comme​​ si​​ son discours pour eux commençait par sa posture, sa démarche, son assurance.​​ Il regarde ses feuilles puis le​​ public​​ qui n'attend que lui. Dans la pièce en bas, on commence à sentir l'air s'alourdir. Le tintement de la montre du président est de plus en plus fort, -​​ Tic tac tic tac tic​​ - il la regarde et attend comme un signal, et après le dernier tac qu'il s'était imposé, il se lance.

*Je sais que tu peux le faire David, je crois en toi depuis le premier jour​​ ​​ j'ai posé mon regard sur toi.*

-​​ << je suis du​​ côté​​ de la volonté du peuple >>​​ a-t-il alors dit pour commencer son discours. Cette citation, beaucoup la connaissait, elle était​​ empruntée​​ à un autre homme qui nourrissait la même ambition autrefois. Son rêve voulait-il dire en l'employant, n'était pas uniquement le sien, mais celui de chaque individu, chaque Africain. Il était leur voix​​ jusque-là​​ inaudible pour tous ses homologues. ​​ Il​​ poursuivit ensuite par ces​​ mots :​​ L'idée n'est pas d'avoir une Afrique soudée qui va en guerre contre le reste du monde, mais une Afrique qui dit au monde qu'elle est soudée et ne fera pas la guerre mais n'en sera pas moins inoffensive. C'est cette Afrique là que je suis venu vous proposer aujourd'hui, pour que vous décidiez de ce que sera notre continent quand nous ne serons plus là. Un continent plein de ressources et qui en use pleinement sans avoir à dépendre de qui que​​ ce​​ soit​​ !

Il détailla et commenta chacun de ses arguments avec ferveur et conviction​​ à tel point​​ qu'il était impossible d'imaginer une autre alternative qu'une réponse favorable à la fin de tout ceci.​​ Une​​ demi-heure​​ plus tard, il​​ finit​​ enfin. Le président de l'Assemblée reprit la place et la salle acclama David après son discours. C'était enfin le moment. Ils allaient passer au vote. S'ils y'en avait qui étaient d'accord, il aurait​​ suffi​​ qu'ils lèvent la main, le reste qui n'approuverait pas n'aurait pas besoin de le faire.​​ Il n'y​​ avait que deux choix, voter ou pas, pas de voix neutres, les règles étaient suffisamment limpides.

-Je vais à présent vous demander de lever la main si vous approuvez l'initiative​​ mise​​ en place par le président de la République du Cameroun, David Bell.

-C'est maintenant le plus dur​​ ! dit alors l'homme dans la pièce du bas en compagnie de Jessica et André.

*Le plus dur​​ ?​​ Non​​ le plus dur est encore à venir, l'élection de 2018 ce sera ça le plus dur croyez-moi. Il ne faut pas...*

La première dame avait le poing​​ serré​​ et le​​ cœur​​ battant à un rythme​​ effréné. Des mains commencent alors à se lever.​​ Une main, puis deux puis trois.​​ Il​​ n'en fallait que 16 et se serait fait.​​ Neuf, dix.

-Il va réussir. dit André aux autres, mais le ton peu convaincant de sa voix ne dupa personne.​​ 

*Onze, douze.*

David au​​ cœur​​ même du vote n'est qu'à quatre mains de voir s'accomplir son rêve il n'en revient pas. Pour la première fois et avant même la fin du décompte, il se laisse gagner par l'euphorie, le poing encore plus​​ serré​​ que celui de son épouse.​​ Treize...

-Il attend​​ ?​​ Vous​​ pensez​​ ? demande de nouveau André s'adressant à l'homme et parlant d'un des dirigeants dont il fallait absolument le vote pour s'assurer d'avoir plus de seize voix et donc l'unanimité.

-Il nous faut son vote c'est impératif​​ !

-Vous pensez qu'une histoire vieille de 3 ans va anéantir le projet de David​​ ?

-Je ne pense​​ rien André.

-Messieurs s'il vous plaît restons calmes,​​ dit alors Jessica sentant la tension monter et tentant de l'apaiser bien que n'étant pas​​ elle-même​​ tranquille au fond.

*Qu'est-ce qui a bien pu provoquer cet accident ce​​ jour-là​​ ? Je ne m'étais jamais posée​​ la question jusqu'à aujourd'hui, maintenant que cela peut avoir un impact sur le rêve de mon époux.*

-Quatorze,​​ quatorze​​ répétait David voyant que le vote s'éternisait à treize voix​​ jusque-là​​ ! il en faut encore trois, juste trois ne cessait-il de dire.

Quatorze​​ enfin.​​ La​​ limite du temps​​ alloué​​ au vote arrivait​​ déjà​​ à terme et les mains ne semblaient plus vouloir se lever.​​ Cinq​​ minutes. Les 5 minutes les plus longues qu'il n'avait certainement jamais compté.​​ Quatre. Jessica malgré l'air conditionné de la pièce, transpirait énormément, elle semblait faire des efforts en plus pour en inspirer, elle souffrait de Dyspnée.​​ Trois, André était partagé entre un sentiment de déception et de soulagement. Il était sous les ordres du président et il retirait toujours une grande satisfaction à voir ses projets aboutir bien que​​ n'étant pas son premier soutien​​ sur​​ celui-ci.​​ Deux​​ minutes, l'homme avec eux, regardait l'écran en direction du chef d'Etat en question, celui sur qui reposait à présent la victoire, le président Lybien.

-Tu sais que ton vote est important pour nous sale bâtard,​​ pensa-t-il alors. Lève donc ta main.

Une​​ minute, 45 secondes, 30 secondes.​​ L’aiguille​​ sur la montre au poignet du président de l'assemblée se rapprochait un peu plus de l'inéluctable. 5 secondes, 4, 3.

-Quatorze, il en faut 2. Disait David.

C'est alors qu'une dernière main se leva, une​​ quinzième.​​ Malheureusement ce n'était pas celle attendu bien qu'importante. Elle ne permettra pas d'approuver le projet mais rendra possible la​​ tenue​​ d'une prochaine Assemblée afin de départager et régler définitivement la question. C'est donc déçu que le président quittera l'Assemblée.

*Qu'aurais-je dû dire en plus pour pouvoir vous convaincre bon sang, Merde.*

Quelques minutes plus tard, alors entouré de ses hommes ainsi que de son épouse, le président Bell voit venir vers lui le président Lybien. Lui, comparé à André portait le costume comme seule une​​ poignée​​ d'homme avec son élégance et sa carrure savent le faire. Il avait sa barbe ô que trop bien taillé qui trahissait ses origines sans qu'on​​ ait​​ eu besoin de lui demander. Il était​​ impressionnant​​ de​​ par​​ son envergure et sa voix rauque et grave peu commune chez les personnes de ce​​ coté-là​​ de l'Afrique, il lui restait cependant son accent assez perceptible. Il s'approcha alors,​​ armé d'un sourire narquois et dit le bonjour à son homologue qui répondit sans trahir aucune émotion.

-Encore une voix et votre projet serait devenu une réalité monsieur le président.​​ 

-Vous saviez que j'avais besoin de vous pour gagner mais vous n'avez pas daigné​​ lever la main.​​ 

-Vous n'avez pas été honnête avec moi, vous continuez d'ailleurs de ne pas l'être.

-Je pensais qu'on avait réglé ce problème​​ !

-Réglé​​ ?​​ Ah​​ non​​ !​​ Un​​ diplomate et très important homme de mon pays meure accidentellement sur vos terres. J'ai accepté de ne pas agir en conséquence mais les raisons réelles de sa mort non, c'était tout sauf un accident, soyez honnête avec moi et vous aurez mon vote.

-Voudriez-vous que​​ j’invente​​ une raison pour justifier cette tragique disparition​​ ?

*Avais-je inconsciemment ignoré ce​​ détail ?​​ Le​​ diplomate mort était l'époux du​​ lieutenant-colonel​​ Marina Meka. Pourquoi n'ai-je jamais pensé à lui demander si elle savait quoi que​​ ce​​ soit que nous ignorons de cet accident. Quel Directeur incompétent des services secrets je fais...*

-Ecoutez David.​​ Jusque-là​​ j'ai été patient et bon envers vous.​​ Malgré nos différends et différences j'admire​​ beaucoup votre courage​​ et votre​​ sens du devoir. C'est​​ ​​ les seules raisons​​ qui me poussent​​ à me tenir devant vous aujourd'hui.

-Je trouverai​​ bien un moyen d'avoir ce que je veux sans avoir à vous regarder vous et votre air suffisant.

-Non, ne faites pas ça David. N'imaginez pas pouvoir​​ décider​​ de quoi que soit sans que je n'en sois concerné ne commettez pas cette erreur.

-Je...

-Monsieur, on va devoir y aller intervint alors l'homme avec André et Jessica. Monsieur le président,​​ dit-il saluant le chef d'Etat Lybien s'obligeant à lui sourire pour apaiser la petite querelle polie.

-Soyez honnête David,​​ dit-il d'un ton plus élevé avant de continuer, sinon à la prochaine assemblée ce sera pareil et pire encore.

Ils s'éloignèrent alors sous le regard moqueur de ce dernier qui fit à son tour chemin inverse.

 

Jeudi, 15h Palais présidentiel

Réunion des 3.

-Je n’ai jamais vu​​ de​​ dossier aussi clean que celui du président​​ Libyen.

-Vous n’avez rien trouvé dois-je comprendre,​​ répondit David à René

-Aucun élément compromettant. Il est aussi blanc que neige. C’est évident qu’il cache quelque chose, j’ignore quoi mais je me charge de trouver de quoi il s’agit.

-Attendez,​​ dit alors André l’air offusqué. On parle bien d’utiliser un moyen de faire chanter dans une moindre mesure votre homologue. L’idée est de René je suppose.

-Il n’y a pas d’idée de René, il n’y a que des idées qui peuvent nous permettre d’évoluer en accord avec nos objectifs.

-Nos objectifs ?​​ Monsieur, depuis l’épisode du Nord, les choses vont de mal en pire. Les citoyens ont besoin de vrais changements, sur la durée. Pas d’accomplissements saisonniers.

-Tu vas nous ressortir le discours de 2018, élections, votes etc… vois-tu André,​​ lui lance René sans même le fixer, ton véritable ennemi c’est ta pensée simpliste. Notre travail est d’assurer l’avenir du pays et son émergence à long terme. Bâtir aujourd’hui de telle sorte que quel​​ que soit le gouvernement mis​​ en place en 2018, notre travail demeure.​​ 

-Je me demande​​ si vous y croyez vraiment à ce que vous dites. Lui répond-t-il s’avançant vers une bouteille de whisky ouverte​​ pour l’occasion.​​ 

Leur rituel. La réunion des 3 comme l’avait baptisé René Mazouz. C’était le cercle décisionnel du président, toutes ou presque toutes les initiatives passaient par eux avant validation ou non. La réunion comptait également Jessica comme membre à certaines occasions. René et André n’étaient jamais vraiment d’accord mais le président n’avait pas l’air d’y voir un problème, chacun d’eux avait toujours des idées qui semblaient contradictoires mais qui en réalité​​ servaient les intérêts du pays. Il revenait alors ensuite à David de décider lesquelles​​ avaient​​ plus d’avantages.

-Avez-vous fouillé en profondeur l’histoire d’il y’a 3 ans ? demanda alors le président mettant fin à leur dispute.

-L’accident,​​ pensa André son verre en main,​​ fixant René​​ et​​ attendant sa réponse.

-Mes hommes sont sur le coup, ils ont pour ordre de reprendre l’enquête à zéro et me prévenir dès qu’ils ont du nouveau.

-Pourquoi pensez-vous que cet accident soit la raison de votre désaccord avec le président​​ Libyen ?​​ Demande André.

-Tu veux dire en dehors du fait qu’il l’a clairement dit ?​​ Sourit​​ alors René Mazouz.

-ça m’avait échappé,​​ répond André avalant d’un trait son verre.

-Il m’a demandé d’être honnête. Poursuit le président. Il doit​​ savoir des choses que j’ignore.

-Je devrais peut-être m’entretenir avec Marina. C’est la principale intéressée dans cette affaire.

*J’y ai pourtant pensé ce​​ jour-là,​​ pourquoi ne l’ai-je pas encore fait…*

-Faites-donc ça,​​ conclu David.

La réunion se termina là.

*Je continu de penser que c’est une perte de temps, nous devons nous concentrer sur ce qui est plus important, 2018.*

 

Jeudi, plus tard dans la soirée.

Douala, Bonanjo- appartement Marina.

 

-Allez les filles, on​​ se met à table. Votre maman a fini de faire à manger.

On reconnaitrait entre mille la douce voix de la gentille nounou madame Inès. Elle vient de terminer le dressage de la table et appelle alors Manuela et sa petite sœur Audrey.

-Un repas en famille, super crie la plus petite, Audrey.

-Oui comme tu les aimes,​​ lui répond Inès. Et cette fois, c’est maman elle-même qui a fait la cuisine.​​ Prend place là,​​ poursuit-elle en lui prenant la main pour la faire asseoir.​​ 

La petite fille​​ fait mine de bouder avant de lui répondre avec le sourire :

-Je ne suis plus une enfant Inès tu sais !​​ Je​​ peux m’asseoir toute seule.

-Maman Inès Audrey, c’est maman Inès,​​ entend-t-on​​ venant de​​ la cuisine.​​ 

C’est​​ Marina et​​ à en croire le soupir qu’elle laisse échapper, ce n’était pas la première fois qu’elle corrigeait la petite pour ça. Elle savait que madame Inès ne leur en tenait pas rigueur mais pour elle c’était un peu un manque de respect, on n’appelait​​ pas ses ainés par leur prénom, il fallait y ajouter un tonton, tata et bien d’autres encore. La plus grande avait vite assimilé cette correction de sa mère mais Audrey semblait un peu plus dure​​ à la détente. Du moins elle avait compris que dire simplement Inès était irrespectueux, mais voir sa mère faire semblant de s’énerver pour chaque réprimande était​​ tellement plaisant.

-Oh ​​ mais,​​ fit Manuela le visage grand ouvert. Elle s’apprête à dire quelque chose. Elle ballait du regard la table, compte les assiettes et dit ensuite, ce n’est pas un vrai repas en famille voyons.

Madame Inès la regarde l’air de ne pas saisir de quoi parle la gamine.​​ 

-Comment ça,​​ lui lance-t-elle alors.

Marina dans la cuisine ne perd pas une miette de la discussion. Elle interrompt son activité, la tête baissé, cachée sous sa longue mèche​​ de cheveux, elle pense savoir où​​ veut en venir la petite.

-On n’a pas de papa, maman Inès. Il en faut un pour que nous soyons une famille n’est-ce pas ?

-Je… enfin tu sais, il …Balbutie-t-elle.

Madame Inès ne trouve pas ses mots, elle aurait bien aimé que Marina intervienne à ce moment, mais rien ne dit que la jeune maman aurait su comment répondre à ce moment-là. Manuela ne tarit​​ pas​​ de​​ remarques…

-Et puis, Audrey et moi n’avons pas le même père c’est bizarre. Je me souviens un peu du mien. Il était beau et puis grand et avec une barbe grande comme ça continu-t-elle mêlant des gestes à​​ chacun de​​ ses mots. Le papa d’Audrey lui je l’ai déjà rencontré mais juste une fois et puis c’est tout.

-Comment tu sais qu’il s’agissait du papa d’Audrey toi ?​​ Réussi​​ à dire Madame Inès. Mais sa question est très vite effacée par Audrey elle-même et sa nouvelle remarque.

-Manuela est plus claire​​ que moi, elle est​​ ‘’blonchee !! ‘’​​ Alors que moi je suis toute noire ! Humm. Pourquoi ?

-Tu es resté trop longtemps sous le soleil rigole sa grande sœur.

-Même pas vrai,​​ répond Audrey la mine boudeuse.​​ 

-Le soleil c’est très bon pour la santé tu sais ? ajoute madame Inès comme pour défendre la plus petite et passer aussitôt à un autre sujet.

Marina apparait enfin autour de la table. Elle tient dans ses mains gantées un plateau de​​ poulet rôti magnifiquement doré. Une de ses spécialités. Le visage tout luisant de​​ ses enfants la ravit, elle peut voir l’eau qui leur sort de la bouche, elle sourit.​​ 

-Qui c’est qui va se régaler par ici ? dit-elle.

-C’est nous !!! s’écrièrent les filles.

La conversation d’il y’a un moment semble déjà bien loin. Elle prend alors une cuillère à soupe et commence à servir les petites malgré l’insistance de madame Inès pour le faire. Soudain on sonne à la porte et là encore Marina ne laisse pas madame Inès y aller. C’était à elle de travailler aujourd’hui lui avait-elle dit avant d’y aller.

-Bon appétit mes chéries.

-Merci maman,​​ répondirent-elles d’abord avant le << merci Marina >> d’Audrey pour la taquiner un peu.

Une dizaine de minutes​​ plus tard, la jeune maman n’est toujours pas de retour. C’est étrange. Elle n’a pourtant laissé entrer personne et il n’y a aucun bruit dans le couloir sur lequel s’ouvre la porte de l’appartement. Inès s’inquiète, elle se lève et va voir. Bizarre, la cuillère à soupe que tenait Marina est par terre devant la porte.

*Qu’est-ce que c’est que ça ?​​ Madame​​ Marina ?*

Elle ramasse l’objet et une étrange sensation lui traverse le corps. Elle s’empresse d’entrer puis de refermer derrière elle. Marina semble s’être envolé, mais pourquoi ?

Adossée​​ à la porte, Inès sent son cœur s’emballer, elle ignore pourquoi mais elle a un mauvais​​ pressentiment.

*Les filles…*

Elle s’empresse d’aller dans la salle à manger. Elles y sont et mangent toujours comme si de rien n’était. Inès s’approche de la baie vitrée et regarde vers le bas. Rien d’anormal à priori, juste quelques rares véhicules qui montent et​​ descendent l’allée en face de l’immeuble. Elles se retournent vers les enfants.

-Dans vos chambres maintenant,​​ leur dit-elle sans explication.

-Mais on n’a pas terminé le repas,​​ s’énerve Audrey.

-Je le sais bien. Vous terminerez plus tard. Allez, allez on se dépêche.

Manuela comprend que quelque chose ne va pas, son visage laisse transparaitre sa peur.

-Maman dit-elle tremblante, où​​ est maman ?

-Suivez-moi…​​ 

Pendant ce temps, dans la malle arrière d’une voiture, Marina git​​ inconsciente…La voiture s’éloigne puis disparait dans la pénombre de la nuit.

A SUIVRE…  ​​​​ 

By Mark William, tous droits réservés 2017.

Avez vous appréciez l'article ?

About lafrique

Check Also

L’ombre de l’histoire (13)

Chapitre 13 Final Partie 1 1 jour avant le départ des forces spéciales pour le …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *