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AGENT MOI Chapitre 4

4.

48 heures avant

 

Qui avait dit que parce-que j’étais habituée aux morts, j’étais habituée aux massacres et encore moins à la mort ? Non mais franchement ? Je regardai avec effroi le vacarme causé par je ne sais quel individu qui était entré ici et avait sûrement sauvagement assassiné le couple qui y vivait avec en bonus le vol (ou meurtre) de leur nourrisson. La jolie petite pièce peinte en bleue marin et carrelé blanche comportait en son sol ; un berceau renversé dont les roues étaient suspendues en l’air d’une drôle de façon, les vêtements jetés par-ci par-là de manière tout à fait aléatoire, des céramiques cassés et en bon état qui ornait ostensiblement le sol. Des objets tranchants dont les lames jadis brillantes étaient horriblement souillées, des dvd-blu-rays qui avaient dû coûter une fortune restaient bizarrement à des angles de la chambre et tout un tas de petites choses que je ne voulus pas retenir.

  • Alors ? Me demanda Ced.
  • Quoi ? Fis-je.
  • C’est à ce moment où tu me sors tes super pouvoirs vu que nous sommes seuls et que tu parles aux morts ou à leurs esprits je m’en fiche, et que tu me dis ce qui ne va pas.

Je levai mentalement les yeux au ciel, puis le toisa.

  • Il y a un tas de choses qui ne va pas. Primo (commençai-je, une main à la hanche tout en énumérant de mon autre main) des gens sont morts. Deusio, ils ont été sauvagement attaqués et disséqués chez eux. Tercio, j’ai déjà dit que des gens malheureux qui ne méritaient pas ça ont trouvé la mort chez eux ?

Il me regarda sans mot dire.

  • Ah oui, je l’ai déjà dit. Et pour l’amour du ciel (ou de la terre si tu veux), je ne parle pas avec les morts (ou leurs esprits, si tu veux).

Il me dévisagea et me lança son regard qui pétrifie, sauf que sur moi, ça n’avait aucun effet, il ne pétrifiait que ses subordonnés.

  • Je m’en fous de ce que t’es ! Mais résous moi ça comme tu en as l’habitude !

Mais, mais, mais… que se passait-il ? C’était eux la police, moi j’aidais juste quand je le pouvais et puis quelle chance (malchance) m’avait demandé de décrocher mes appels professionnels en pleine journée aujourd’hui ?

  • Ced, commençai-je gentiment, comme une mère qui s’apprête à gifler son enfant qui  se tient à plus d’un mètre d’elle et l’amadoue de peur qu’il ne s’en fuit.

Sentant mon regard (ou mon intention), il recula. Pourquoi est-ce qu’il me connaissait aussi bien ? Et puis faites ***…

  • Alors, je vais te le redire une fois de plus. Je ne parle pas aux morts, je ne suis pas nécromancienne. Je ne les attire pas, je ne les vois pas. D’accord ?
  • T’es une princesse Vaudou ? Avoue que c’est vachement mieux ! Dit Christian en entrant dans la pièce.

A chaque fois que Christian parlait, il me donnait des envies bizarres de le faire taire une bonne fois pour toute. Il y avait des gens comme ça, que lorsqu’ils parlaient, ça agaçait !

  • Je vois à quel point on est « seul ». Dis-je à l’intention de Ced.
  • Dehors tout le monde. Christian, dis à l’équipe scientifique de s’apprêter.
  • Oui chef, oui ! Ricana Christian en imitant la pose d’un subordonné qui respectait trop son chef.

Ce n’était pas pour paraître mauvaise et tout ça, mais je demandai bien malgré moi (fichue bouche qui ne savait pas se fermer) à Ced un petit truc qui n’avait rien à voir avec l’enquête.

  • Ced ? Appelai-je sous le ton de la confidence.
  • Oui ? Dit-il avec tout le sérieux du monde.
  • Tu ne trouves pas que Christian et Bary forment une bonne paire de 1o ensemble ? »
  • Quoi ? Demanda-t-il les yeux plissés.
  • Je veux dire, d’un côté il y a Christian qui est long (oui long pas grand) et (dire maigre serait une insulte au mot donc on va dire encore plus slime que filiforme ?) exagérément un peu trop filiforment maigre tandis que de l’autre il y a Bary, un parfait petit nounours grassouillet, dodu, opulent et bedonnant dont la taille ne dépasse pas la longueur de mon réchaud. Tu ne vois pas que comme ça, (je pointai le doigt vers l’étrange duo), Christian si long avec la forme d’un 1 et Bary si rond avec la forme d’un o, ils forment un « 1o » parfait ?

Ced manqua de peu de me donner des jours de mis à pieds avant de se souvenir que je ne travaillais pas pour lui. Il resta là, l’index droit en l’air, son bloc-notes dans sa main gauche, les sourcils pliés nerveusement et les lèvres retroussées afin de s’empêcher d’émettre un son qu’il ne fallait pas.

  • Tu es un boulet ambulant. Finit-il par lâcher faute de mieux et il soupira.
  • Moi, un boulet ? (m’indignai-je) L’innocence même incarnée ? D’ailleurs, je te ferai remarquer que jadis je m’appelais innocence, dans une autre vie, des milliards d’années de cela.
  • Je te ferai remarquer, que tu ne crois pas toi-même à ce que tu dis.

Pff, n’importe quoi !

  • Bon, remettons nous au travail. Me lança-t-il.

Il me regarda, s’attendant visiblement à ce que je fasse quelque chose.

  • Quoi encore ? Fis-je en écarquillant les yeux.
  • C’est à ce moment que tu fais quelque chose.
  • Eh ben, je fais bien quelque chose.
  • Ah bon ? Quoi ? Dit-il d’un air sévère.
  • Je…
  • Et ne t’avise surtout pas de ne me dire que tu observes !

Je refermai ma bouche aussitôt que je l’avais ouverte, chose qui ne m’arrivait que quand j’étais en face des types comme Ced.

  • D’accord, je ne te le dirais pas !
  • Alors que fais-tu ?
  • Je fais ce que tu m’as demandé de ne pas te dire et laisse-moi me concentrer.

Il me scruta sans mot dire et s’éloigna. Il s’imaginait que j’actionnais sûrement mon pouvoir qui me permettait de faire des choses totalement hors du commun comme parler à des morts, faire des invocations bizarroïdes, ou encore tout un tas de trucs qu’il classifiait comme de la sorcellerie.

En réalité, ce n’était pas tout à fait ça mon pouvoir, et croyez-moi quand je dis pas tout à fait ça parce que ce n’était vraiment mais vraiment pas ça. Croyez-le ou non, mon pouvoir constituait à … observer ! Aussi bizarre que ça pouvait paraître, c’était la stricte vérité, m’enfin la stricte vérité si on regardait d’un angle de vue pas totalement humain et ordinaire. Cet angle de vue-là qui ne permettait pas de faire la différence entre une canne et une oie et de tous les qualifier de canards. Oui, oui, cet angle de vue-là ! Donc, si nous continuons de voir de cet angle de vue, on pouvait conclure que je n’avais pas de pouvoirs !

J’avançai vers le centre de la salle et touchai le berceau de ma main droite après l’avoir recouverte d’une sorte de soie lumineuse aux reflets verdâtres. Je me perdis dans le flux du temps et j’observai d’un autre œil qui était mien sans pour autant m’appartenir. Ça ne fonctionnait qu’avec des objets inanimés contrairement à ce que Ced et quelques rares autres pouvaient penser. Aucune envie de le faire dans la salle où on avait récupéré les corps ne me vint, je n’avais pas envie de me perdre dans le flux du temps d’un couple qu’on avait sauvagement assassiné. Mis à part le fait que je ne contrôlais pas vraiment bien de combien de temps je pouvais remonter, l’idée de m’immiscer dans la vie d’un couple (même mort) ne m’enchantait pas.

Lorsque le temps décida par lui-même qu’il s’était assez changé en mon honneur comme ça, mon esprit se détacha doucettement de mon corps et erra dans ce passé tumultueux à la recherche d’indices.

Si la soie elle était lumineuse, mon esprit lui était recouvert d’une opacité qui permettait de voir parce que dans le passé il n’y avait pas de lumière, mais plutôt son contraire. Pour des raisons qui dépassaient mon intellect, je ne comprenais pas pourquoi la lumière (étant matière et particule en même temps), refusait de m’accompagner dans mes voyages (si l’on pût dire ça comme cela) dans le flux du temps.

Ce n’était pas que la lumière était absente, mais disons que faute de pouvoir se déplacer, elle envoyait toujours son contraire. La lumière n’était pas absente mais comme qui dirait, faisait profiter du revers de sa propre médaille. Le contraire de la lumière est une chose que je ne puis malheureusement expliquer convenablement, mais, comme d’habitude, mon esprit fit ce qu’il avait à faire et revint se déposer dans mon corps jusqu’à ce que j’actionnai le stop du flux temporel et me retrouvai de nouveau… là.

Ced ayant noté mon changement, me fit signe de sortir. J’obéis à cœur joie.

  • Alors ? Me demanda-t-il une fois que nous fûmes hors de la propriété, en plein trottoir.
  • Je vais finir par croire que c’est ta question préférée lorsque tu me vois.
  • Alors ? Continua-t-il, se fichant des formalités tel que ; ça va ?

Je soupirai, agacée.

  • Rien… »
  • Comment ça rien ? Grommela Christian. Si le Vaudou ou ta sorcellerie ne marche pas, qu’est-ce qui va marcher ? Dit-il en balançant les mains en l’air.

Je souris, mais mon sourire n’avait rien de chaleureux.

  • Peut-être que si vous aviez de vrais cerveaux à la place des melons qui séjournent dans vos têtes en dessous de ce truc qui vous sert de chair, je n’aurai pas à réfléchir pour vous. Et le prochain qui me traite de sorcière, de vampire, parleuse de mort ou princesse Vaudou, je vais lui montrer de la magie moi !

Ced leva les yeux au ciel, chose qu’il faisait très rarement puis soupira avant d’ajouter :

  • Vas-y, je t’écoute.
  • Et bien ce que je peux vous apprendre c’est que…

 

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