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Mam’Eding: Chapitre 4

Osiris Nazain​​ Thoutmosis

Juillet 2015​​ 

Philae

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Dis moi quelles créatures​​ ​​ te​​ servent et​​ je te dirai quel dieu ​​ tu es.

 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Il était​​ 4​​ heures​​ et quart du​​ soir, pourtant la nuit​​ était déjà entrain d’embrasser de ses mains obscures le ciel étoilé sur l’ile Philae.​​ La lumière apaisante des lampadaires qui jalonnaient ses rues, rassuraient les habitants qui y déambulaient, s’attelant à​​ leur ultime tâche de la journée, contrairement​​ au commerçant​​ et restaurateurs​​ côtiers​​ qui​​ voyaient​​ en​​ l’aube,​​ une​​ équipière​​ d’inflation de leur chiffre d’affaire quotidien.​​ Ici et là,​​ l’on pouvait entendre​​ des voix​​ de retrouvailles familiales, ​​ de bavardages​​ joyeux, s’élever​​ des bâtisses​​ d’une architecture originale qui​​ formaient la descendance directe d’Osiris​​ Thoutmosis.​​ Ce dernier,​​ quant à lui,​​ tout en traversant le couloir​​ du temple​​ de la​​ consécration​​ menant​​ à​​ la salle des prophéties,​​ était justement sur le​​ point d’accomplir son ultime tâche de la journée.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ ​​ Pour y​​ avoir​​ passé​​ presque toute son enfance, il connaissait​​ fort bien​​ ​​ cette zone de la demeure ​​​​ des​​ oracles.​​ Construite​​ en​​ périphérie​​ d’un​​ quartier résidentiel​​ nanti, situé en plein centre de​​ l’ile, ces lieux sacrés​​ ​​ renfermaient​​ tous les secrets de la civilisation thinitienne,​​ remontant à​​ des temps révolus et pour le commun des​​ mortels,​​ oubliés. Les​​ murs en marbres blancs​​ ​​ côtoyaient​​ ça et là​​ ​​ des décorations florales​​ bien entretenues​​ et le sol pourvu d’un interminable tapis de satin beige se fondait harmonieusement au décor. Ici, l’accès​​ était​​ strictement​​ réservé​​ aux​​ domestiques,​​ à ​​ la garde royale et aux membres de la famille Thoutmosis.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Osiris​​ arriva​​ bientôt​​ à l’ultime​​ ​​ bifurcation avant de poursuivre sur sa​​ droite.​​ Les habitants de l’île Philae qui avaient eu l’occasion de l’apercevoir, savaient qu’il​​ était de ceux qui​​ prenaient​​ toujours leur temps et​​ accomplissaient​​ tout et n’importe quoi après mure réflexion​​ et avec soin.​​ Même une simple action comme marcher lui demandait toujours de la précision et de​​ la​​ prestance. ​​​​ C’est​​ pourquoi ce jour​​ là,​​ après avoir​​ renvoyé​​ les membres de la​​ congrégation,​​ Il demanda à parler aux guides spirituels du peuples Thinite : les Oracles du temple de la consécration.​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ La grande porte forgée en fer noir apparut devant​​ lui.​​ Les deux gardes y​​ affectés,​​ s’inclinèrent​​ avec respect face à​​ lui,​​ puis​​ ouvrirent​​ la porte tout​​ en​​ ​​ gardant​​ respectueusement​​ la​​ tête​​ baissée.​​ Osiris​​ franchit l’entrée de la salle​​ d’un pas​​ mesuré, salle que seule la famille Thoutmosis​​ et les gardes royaux​​ ​​ avaient​​ le​​ droit de franchir.​​ Le​​ marbre beige défilait sous ses semelles en produisant un son​​ rythmé.​​ Osiris continuait de progresser sous le regard​​ des oracles. Bien ​​ que ceux ci portaient en​​ permanence​​ des toges à capuche pointu qui dissimulaient aussi bien leurs​​ corps que leurs​​ visages, Osiris restait tout de​​ même​​ persuadé que les oracles gardaient le regard​​ rivé​​ sur lui.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​  ​​ ​​​​ La salle des​​ prophéties​​ ne ressemblait en rien aux appartements royaux, dont la plupart avaient été aménagés au goût de sa​​ mère,​​ Neris. Ici, pas de trônes garnis de coussins en soie et de pompons, pas de fresques​​ représentant des dieux mythiques​​ égyptiens ​​​​ ou d’accortes nymphes. Pas de peintures​​ à ton vif et ​​ joyeux​​ aux murs.​​ Pas​​ de chaises en ébène incrustés​​ d’ivoire et de nacre.​​ La salle des​​ prophéties​​ faisait penser en tous points à un tribunal sinistre et antique. On​​ n’y​​ trouvait​​ qu’en guise de mobilier, les​​ trônes​​ des oracles disposés au sommet de l’estrade surplombant la salle. Il n’y avait aucune fenêtre et le plafond haut de quinze​​ mètres​​ était​​ recouvert de​​ rosaces,​​ de​​ ​​ signes astrologiques​​ et​​ hiéroglyphés.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Osiris​​ progressa jusqu’au​​ centre de la​​ salle et s'arrêta​​ à la première marche du grand​​ escalier menant aux sièges des oracles, comme la coutume​​ l’exigeait.​​ Vêtu d’un costume sombre​​ et de chaussures​​ de la même couleur, il joint ses mains derrière son​​ dos,​​ bomba le torse et​​ ​​ Il leva le regard vers​​ les​​ cinq​​ oracles puis,​​ ​​ attendit. Ce n'était pas à lui de prendre la parole en premier.​​ 

  • Osiris Nazain Thoutmosis, tonna​​ la voix de l’oracle​​ ​​ assis sur le premier​​ trône​​ en partant de la droite.​​ 

Il semblait​​ être​​ le chef car c’était toujours à lui de prendre la parole et de​​ répondre​​ pour ses pairs.​​ Après une pause,​​ il reprit​​ d’une​​ voix grave et​​ autoritaire :

  • Fils des mortels Neris et Naizain Thoutmosis, réincarnation du dieu vivant Osiris,​​ porteur​​ de​​ lumière​​ et dieu de tout ce qui vit. Toi qui​​ détient​​ entre tes mains, le sort du peuple Thinite, de l Egypte et de l’Afrique toute​​ entière; de quoi veux tu nous entretenir?​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Les​​ paroles de l’oracle se​​ répercutèrent​​ dans toute la​​ salle avant de s’envoler vers le​​ plafond.​​ Osiris balaya les oracles de son​​ regard :​​ Quatre​​ vieillards plus une femme, pensa t-il.​​ Bien qu’il n’ait jamais vu à quoi ils​​ ressemblaient, il en était​​ convaincu.​​ Se fiant à son​​ ​​ intelligence​​ hors norme​​ et​​ à son​​ sens de l’observation plutôt rare.​​ ​​ 

  • Ma​​ sœur​​ s’est échappée.​​ Annonça t il comme une banale histoire de faits​​ divers.​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Les oracles accueillirent la nouvelle comme une douche froide. Osiris constata que la cape du​​ porte-parole avait violemment​​ tressailli.

  • QUE DIS-TU?

  • Ma sœur​​ s’est échappée.​​ Répéta-t-il​​ sur le​​ ​​ même ton​​ ​​ nonchalant.

Les oracles​​ interdits,​​ gardèrent​​ le silence un moment, puis le porte-parole reprit :

  • Comment une telle chose​​ a​​ pu se produire? Comment as tu laissé pareille ignominie​​ arriver?​​ COMPRENDS-TU AU MOINS CE QUE CELA SIGNIFIE?​​ 

  • Non. Mais​​ vous n’allez pas tarder à me le dire, je​​ présume.

  • Ne​​ ​​ sois​​ pas insolent!​​ (L’oracle​​ se leva de son​​ siège​​ en​​ frappant​​ le sol de sa canne.)​​ Assez d insolence! Si la​​ déesse n’est plus là, nous sommes tous perdus et si notre perte devient​​ inéluctable, tu ne nous​​ sers​​ à rien. Je pourrais​​ tout aussi bien​​ ​​ décider​​ de ta mort tout de suite, d’un simple geste, enfant insolent !

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ ​​ Osiris baissa la tête,​​ ce qui​​ réjouit l’oracle qui regagna​​ son trône.​​ Il avait beau​​ être​​ la réincarnation d’une divinité, il n en​​ demeurait​​ pas​​ moins​​ que​​ jusqu’à​​ l’alignement​​ des​​ astres,​​ les oracles​​ formaient le sommet de la​​ pyramide,​​ ils​​ primaient sur tout. Il devait​​ donc​​ rester à sa​​ place.​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Des soubresauts​​ animèrent​​ soudainement le​​ corps​​ d’Osiris. Il pleurait? L oracle n’en revenait pas. Le grand Osiris, l’implacable​​ Osiris​​ pleurant​​ à ses pieds.​​ Quelle démonstration d’autorité! Un large sourire​​ dissimulé sous la cape de l’oracle se dessina sur son visage, sourire qui s évanouit aussitôt​​ qu’Osiris​​ releva la tête. Il ne pleurait pas.​​ Non, il riait,​​ à gorge déployée​​ en plus. Un rire qui consterna les oracles qui ne​​ comprenaient​​ plus​​ très​​ bien ce qui se passait​​ là sous leurs yeux.

  • Décider​​ de ma mort??? Haha ! ​​ Détrompez-vous Oracle, vous ne ferez rien de tel.

  • Tu vas​​ m​​ écout...

  • Oh que​​ Non! C est à vous de le faire, MISÉRABLES INSECTES!!!

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ L’un​​ des ​​ oracles,​​ le troisième,​​ poussa un cri de stupeur. Jamais au​​ paravent​​ quelqu’un n’avait​​ osé employer ce ton envers eux et encore moins​​ proférer​​ des insultes.

Osiris franchit les marches de l’escalier​​ jusqu'aux trônes,​​ ce qui​​ était​​ strictement interdit.​​ Tout en​​ gravissant​​ les marches, et​​ se remit​​ à parler.

  • Vous venez de me prouver votre inutilité. ​​​​ Depuis un moment je me demandais​​ bien en quoi vous​​ étiez​​ utiles et​​ si vous n’aviez d’oracles que le nom!

  • Osir...

  • Rendez vous service et​​ taisez-vous! Vous êtes inquiets​​ de la fugue de ma​​ sœur​​ mais​​ ​​ n’est-ce​​ pas vous qui nous avez inculqué que tout ce qui se passe a été écrit​​ et décidé d’avance? Que ma​​ sœur​​ peut bien se trouver à l’autre​​ ​​ bout de l’univers, elle se retrouvera dans cette salle le jour de l’alignement? N’est ce donc pas vous?

  • Si. Mais...

  • Ainsi vous mettez en doute​​ vos propres prédictions, ORACLE?

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Il prononça ce dernier mot avec un accent ironique ce qui contrastait avec son visage froid et​​ asentimental. L’oracle se​​ ​​ rendant compte de son​​ erreur,​​ se​​ ratatina dans son trône sous le regard​​ noir et hautain d’Osiris.​​ ​​ Il est vrai que les Oracles​​ détenaient​​ la vérité sur l’origine du monde et de la guerre des divinités​​ à avenir. Il n’en demeure pas moins​​ vrai​​ que cette vérité leur avait​​ été enseignée​​ par les​​ précédents​​ oracles​​ qui​​ ​​ la​​ détenaient​​ eux aussi​​ des​​ précédents​​ avant eux et ainsi de​​ suite.​​ L’oracle songea à un moyen de​​ regagner​​ ​​ la face mais il lut dans le regard de son juge que la partie était​​ perdue.

  • Tu n as...

  • vous​​ êtes​​ pitoyables. ​​ Pitoyables et inutiles.​​ 

  • je ne te permets pas...

  • vous n avez plus à me dicter ma conduite​​ dorénavant.​​ 

D’un geste brusque, il saisit la capuche de l’oracle et la retira dévoilant ainsi son visage : un​​ septuagénaire​​ aux joues rondes et au regard apeuré d’animal mené à​​ l’abattoir.​​ 

Osiris le fixa de son regard froid. L’oracle​​ voulut​​ s’en détourner mais une force invisible l’en​​ empêchait.​​ 

  • ​​ Que… (souffla soudainement​​ le vieil homme dans un souffle douloureux) se …passe…​​ (puis sa voix se transforma en hurlement d’agonie)​​ 

Il se cambra en un angle impossible pour un​​ être​​ humain.​​ Le​​ sang se mit à couler de sa​​ bouche, de ses oreilles, de ses narines et de ses​​ yeux.​​ Le liquide écarlate se​​ déversait​​ sur le sol​​ tel​​ une​​ rivière​​ rejoignant le​​ Nil.

  • O..siris… pi…tié …

L’oracle leva sa main droite vers​​ Osiris.​​ La​​ chair de ses doigts​​ fondait comme​​ si elle était​​ ​​ en contact ​​ avec de la lave en fusion.​​ Ce​​ dernier,​​ sans pitié,​​ le toisait toujours du haut de ses 2 m​​ 10.​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Le corps du vieil homme ne ressemblant plus à un corps humain s’affaissa​​ enfin sur le​​ trône​​ dans un ultime​​ soubresaut. ​​​​ Il était mort.​​ 

Osiris se retourna vers les​​ quatre​​ autres

  • Et ça, ​​ vous l’aviez​​ prédit​​ peut être? Insectes misérables et inutiles.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Les oracles​​ retinrent​​ leurs​​ souffles.​​ Osiris​​ ​​ s’avança vers la femme. Il retira sa capuche et fut surpris par ce​​ qu’il​​ ​​ découvrit : une jeune femme dans la vingtaine.​​ D’une​​ beauté​​ époustouflante. Surpris, il l’a contempla un moment. Cette dernière​​ soutint son​​ regard,​​ non, elle le​​ défia​​ plutôt. Osiris s’en​​ amusa.​​ Elle ne manquait pas​​ d’assurance,​​ qualité​​ qu’il appréciait beaucoup.​​ ​​ Il lança​​ un regard aux ​​ trois​​ autres.

 

  • Je n’ai besoin que d’un seul d’entre vous pour​​ réaliser​​ le rituel d’abandon. Un​​ seul…​​ ce​​ qui signifie​​ que​​ ​​ les​​ trois​​ autres​​ me sont inutiles.​​ Alors vous avez ​​ tout intérêt à rester à vos places qui ne​​ représentent​​ rien du tout. Est-ce clair ?​​ (il​​ revint vers la femme) ou vous subirez le même sort.

 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ La salle s’ouvrit dans un grand bruit​​ ​​ et les gardes​​ alertés par les hurlements​​ ​​ déboulèrent à l intérieur.​​ 

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ Osiris,​​ se retourna. Les gardes interdits, faisaient des grands yeux en observant​​ la scène.​​ 

  • L’oracle est mort.​​ Je l’ai tué. Dépêchez des servantes pour nettoyer tout ce sang et enfermez les quatre autres dans leurs appartements​​ d’où​​ ils ne sortiront que le jour de l’alignement.​​ 

Les gardes se​​ lancèrent​​ des​​ regards​​ incrédules.​​ Que​​ devaient-ils​​ faire? Sa divinité venait de tuer l’oracle.​​ Ne devait-on pas l’arrêter?​​ Mais l’arrêter revenait à condamner le peuple​​ tout​​ entier.​​ Les oracles étaient peut​​ être​​ les guides​​ spirituels​​ du peuple, sa divinité en était le sauveur …​​ et s‘il fallait​​ l’emprisonner,​​ en étaient ils au moins capable ?

  • Vous m’avez entendu?

La voix glaciale​​ de ce dernier s’éleva​​ dans toute la salle ​​​​ ce qui fit tressaillir​​ le capitaine​​ de la garde​​ royale.

  • O...oui votre divinité. ​​ Tout de suite.

 ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​ ​​​​ ​​ Osiris lança un dernier​​ regard​​ vers​​ la femme qui le défiait toujours avant d’ébaucher sans savoir pourquoi, un sourire sur son visage. Puis, il se détourna et s’en alla. Il n’avait perdu que trop de temps, il devait retrouver sa sœur. Il savait qu’elle n’avait pas pu s’enfuir toute seule. Quelqu’un l’y​​ avait aidée​​ et il était certain de connaitre l’identité de la traitresse. Elle apprendra à ses​​ dépens​​ ce qu’il en coûte de​​ défier​​ un dieu !

 

By​​ Dark-N, Tous droits réservés.

 

 

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