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INVICTUS (3)

*

Loin, au plus profond de partout et de nulle part, dans un univers à la fois,​​ un tout et rien, à la frontière du visible et de l’invisible, approximativement au même moment où notre cher docteur assistait au massacre de madame Staine, se tient une silhouette aux formes généreuses, drapée d’un manteau de fourrure. La silhouette est celle​​ d’une femme, dont les mains gantées empêchent qu’elle soit découverte.​​ La femme a un visage rond, les yeux candides, le nez fin, de longs cheveux noirs bouclés qui se déversent sur son dos en cascades​​ interminables. Ses cheveux encadrent son visage de petite fille, lui couvrant les oreilles et une partie de son front. Elle a les lèvres agréablement​​ charnues,​​ délicieusement rosée. Elle se tient debout, scrutant une grosse boule transparente qu’elle vient de faire apparaître. Sa peau est quelque peu transparente. Elle est comme un vide aux formes humaines, habillée​​ et chaussée​​ de bottes en cuir noir, à qui on aurait donné un visage tel que décrit plus haut.

« Merde ! » Souffle-t-elle, visiblement fulminante.​​ 

Elle est belle, indéniablement belle, ce genre de beauté à qui nul ne peut refuser quoi que ce soit. Qui avait un jour dit que La Mort était moche ou encore mauvaise ?​​ La Mort est une belle femme, enfin une belle chose parce qu’elle n’est pas humaine, et elle fait juste son boulot, qui contrairement à la croyance populaire n’est pas de tuer, mais d’emporter l’âme des gens.

Ce n’est pas parce qu’elle avait une vitesse d’exécution supérieure​​ à celle​​ de la lumière qu’il fallait qu’on la surcharge de travail. Elle n’avait ni stagiaire, ni assistant ou secrétaire qui pouvait lui donner un coup de main. Tous ces morts l’énervaient, elle n’avait pas que ça à faire ! Non mais… Depuis l’arrivée d’INVICTUS, les meurtres avaient considérablement augmentés ;​​ jamais on avait autant tué pour une divinité, et encore aussi nouvelle. Invictus n’avait que cent cinquante ans d’existence et ses adorateurs ainsi que lui commettaient des meurtres un peu plus sanglants de jours en jours. Les chiffres ne faisaient que grimper, et comme d’habitude personne ne pensait qu’elle pouvait être débordée de travail. Non, on lui balançait tout, après tout, elle était La Mort. Elle s’était plainte plusieurs fois, mais sa requête était toujours refusée. Il fallait qu’Invictus modère son chiffre de victimes. S’en​​ était de trop.​​ 

Elle regarde dans la boule et voit​​ un village ravagé par la peste. Il faut qu’elle aille les récupérer, les âmes de ses condamnés qui n’avaient plus d’échappatoire. Elle voit aussi un crash d’avion, des noyades dans l’océan, un mec qui se fait broyer par un python et ses amis​​ qui, lâches, fuient et le laissent seul- cette scène l’amusa quelque peu-, des soldats, femmes et enfants qui meurent à la guerre et enfin, le rituel pour Invictus, qui allait ôter la vie au pauvre jeune homme présent à qui, elle était sûre, on n’avait rien demandé. Elle reconnaissait la femme transparente aux cheveux bleus, LoveRight, et si elle était personnellement venue se charger du rituel, c’est que la femme dont on ôtait la vie et la privait de la mort à travers le rituel, devait être un démon haut gradé.​​ 

« Bon grillons les règles pour une fois. »

Elle décide de sauver le jeune homme qui allait se faire trancher l’âme, l’exposant ainsi aux travaux éternels au compte de la Démone. Elle le sauvait uniquement parce qu’elle n’aimait pas Invictus, ainsi que tout rituel en rapport avec lui.​​ 

Elle appelle La vie,​​ sa sœur jumelle adorée,​​ par la voie de la pensée.​​ Elle​​ aussi​​ sûrement mourrait de travail, mais contrairement à La Vie, elle n’aimait pas beaucoup son travail.

« Allô​​ sœurette, un coup de pouce pour La Mort ? »

A l’autre bout du fil, La Vie soupira avant de répondre.

« Bonjour Mort. Tu vois, là​​ je​​ suis occupée. Il y a près de mille naissances​​ dans le monde entier et je dois m’immiscer dans elles toutes pour que ces enfants prennent vie officiellement, sans compter tous les vieillards, malade, bien portant et autres en qui je dois être avant qu’on ne vienne m’arracher de leurs âmes pour te faire la passe. »

« Justement à-propos de ça, tu dois avoir un certain Jayce Miller… Miller… Miller quelque chose, lance-t-elle exaspéré de chercher la fin du nom sans trouver. »

« Oui, mais plus pour très longtemps, on est en train de lui massacrer l’esprit. Il risque bientôt lâcher. »

« Justement, je n’ai pas envie que tu le quittes aussitôt. »

« Tu veux que je m’enracine encore en lui ? Alors qu’il est si près de toi ? »

« Oui ! »

« On ne fait pas d’intervention dans les histoires des humains, et puis d’abord pourquoi tu ne veux pas le récupérer ? »

« Invictus »

«Oh ! D’accord, je peux quand-même le retenir pour quelques temps si on ne le pourchasse pas trop. »

« Merci La Vie. »

« Pas de quoi, tu me rembourseras un jour sœurette. En passant, mère sera furieuse. »

« Je sais, je m’occupe de ce détail. Continue à maintenir les gens en vie et à donner la vie. »

« Et toi, Mort, ramène les morts. »

Sur ce, la communication entre les jumelles La Mort et La Vie se coupa.

Tout ceci s’est passé en moins d’une picoseconde. Très vite, extrêmement rapide, beaucoup trop rapide pour un humain.​​ 

Et c’est à cet instant même, que l’âme du docteur Jayce Millerworth fut sauvée par La Mort, à l’aide de sa sœur La Vie.

*

“Oh Darkness, overwhelming Darkness, thy who ruleth’ above the extreme nothingness, thy who controls everything. Answer the call of your humble servant, answer me! Come to me and feel my wrath, feel the need I have for you and let thy open to me the doors of knowledge at the price of a soul. Knowledge beyond comprehension, grant me the wish Oh ZXinger! to see in one soul totally​​ and completely.”

La femme à la peau noire prononçait tout un tas d’absurdité que je ne comprenais pas, mais j’étais sûr que c’était de l’anglais. On m’avait tiré une balle dans la tête, mais j’étais bien en vie, ou du moins je le croyais avant que Monsieur Jake ne dise :

« Bon officiellement, tu viens de mourir. »

« Mais putain de bon​​ sang ! Qui êtes-vous à la fin ? Vous n’êtes pas des flics ? » Criai-je la balle au milieu de mon front. Etonnamment, aucune goutte de sang ne suintait de mon front supposément blessé. J’étais furieux, fulminant comme un taureau enragé.​​ ​​ Pour qui est-ce qu’elle se prenait pour me tirer une balle en plein milieu du front ? Même si je n’étais pas mort et que ça ne faisait pas mal, j’avais des droits !  

« Je vous l’ai dit, répliqua-t-il en réajustant ses lunettes de son majeur droit, nous sommes de la police criminelle, section quatre. »

« Ouais, ouais, ça c’est officiellement. »

« Vraiment, nous sommes de la police crimino-sectaire. »

* Crimino-sectaire ? C’était encore quoi ça ? *

« Une section inconnue de la plupart des habitants de la région, mais nous existons bel et bien. Vous devez bien deviner à quoi on sert non ? » Répondant encore à ma question muette.

Je sentais l’air me traverser le cerveau, toucher chacun​​ de mes neurones, chacun de mes nerfs et ce n’était​​ pas si désagréable tout compte fait. Je réalisai pour la première fois que j’étais nu, juste le bas du corps couvert par un drap blanc. Ensuite chose troublante, je me voyais allongé sur le lit étroit, la balle dans ma tête. J’étais maintenant debout sans trop savoir comment. Je fixai Monsieur Jake et lui posai la question, mais toujours dans ma tête, à savoir :

* Euh… que​​ se passe-t-il ? *

« Bien, nous avons procédé à une technique d’extraction de l’esprit pour pouvoir voir ce qui vous est arrivé. En gros, nous voulons analyser votre esprit. »

* Pourquoi vous n’avez tout simplement pas analysé mon cerveau ? * Une nouvelle question qui refusait de sortir de ma bouche.

« Et bien parce​​ que le cerveau a tendance à se croire trop supérieur et à essayer de combler les vides, les incompréhensions, les idées qui pourraient mettre votre santé mentale en péril, bref, le cerveau ment pour vous protéger. L’esprit par contre ne se casse pas à résoudre tout ça, et s’empreigne de tout sans chercher d’explication rationnelle, et en plus elle nous permet un accès gratuit pour le surnaturel. »

*  Bon ben​​ maintenant, pourquoi j’ai quitté mon corps ? *

« Parce qu’on a extirpé votre esprit de votre corps afin de l’analyser. L’arme qui vous a tiré dessus s’appelle un ‘SoulRemover, version 4.2’. C’est un tout nouveau model deux en un. Il retire l’esprit et le lie à l’arme de sorte qu’on​​ n’ait plus besoin de ce qu’on appelle chez nous un ‘SoulBinder’. Cette arme est le portail entre votre esprit et votre corps, par le fil invisible qui vous attache tous les deux. Il est fait à base​​ d’un matériau très rare, le diamant noir ainsi​​ que d’un amalgame de Titanium et de fabulite. Il ne peut se briser, ou du moins nous le pensons, par contre, s’il se perd, vous ne retournerez plus jamais dans votre corps. »

J’hochai ​​ la tête, comprenant un peu plus. Puis la femme noire s’approcha, sortit​​ une lame noire et fendit le poignet de mon corps allongé.

« Non​​ mais… Oh ! Ça fait mal. Mais aïe !» Dis-je en me frottant l’endroit où elle avait fendu mon poignet.

« Quoi ? Mais t’es plus dans ton corps non ? Ou tu as peur des cicatrices ? »

Elle sortit un petit flacon marron au couvercle blanchâtre de sa poche et le posa en dessous de la plaie ​​ y laissant​​ couler mon sang. Je me demandai​​ depuis​​ combien de temps il n’avait pas été lavé. Elle déposa la lame sur mon bras menotté, et de sa main libre, sortit un flacon d’ester qu’elle pulvérisa sur ma main et l’entaille cessa de couler presque aussitôt. Elle se dirigea vers la fenêtre où elle était d’abord.

A l’aide de mon sang, elle dessina un triangle inversé sur le sol en prononçant des trucs indéchiffrables. L’air devenait de plus en plus lourd, comme chargé de plomb. Les ampoules s’allumaient et s’éteignaient d’abord lentement accompagné de bruits plutôt inquiétants, ensuite plus rapidement. Au fur et à mesure qu’elle dessinait ses inscriptions sur le sol, les objets bougeaient de plus en plus fort, le sol sous mes pieds me donnait l’impression qu’il allait m’engloutir dans ses tremblements, le vent sifflait dans tous les sens d’abord et ensuite plus autour de la femme. Les deux autres officiers ne cillaient même pas. Elle dessinait de plus en plus de formes, sa voix devenant de plus en plus forte, grondant et faisant éclater le tonnerre dans la chambre.

J’étais sidéré… je manquais de devenir dingue, encore plus que mes patients, mais voilà je n’avais plus de cœur pour battre à la rampe, plus aucun sang pour couler dans mes veines, précipitamment, ni aucun souffle pour se couper, indiquant le stress inquiétant qui me gagnait.

Quand elle finit ses incantations, elle m’invita à m’asseoir sur l’autre bord du demi-cercle de sang qui entourait le triangle reversé, toujours fait de mon sang.​​ 

J’hésitai,​​ ce qui me valut un :

« Mais bon sang vient avant que le sang ne sèche ! »

J’avançai et m’assis sur le bord qu’elle me montra. Elle enleva ses lunettes de soleil et je compris pourquoi elle en portait. Ses orbites n’avaient pas d’yeux, juste deux trous béants,​​ aussi obscur que l’obscurité, se perdant dans une multitude de ténèbres qu’il ne valait mieux pas provoquer. Elle plongea ses ténèbres dans mon esprit, et arrêta mes mains, de​​ sorte que le croisement de nos mains se fit au-dessus d’un insigne bizarre au milieu du cercle. Elle entama alors une litanie sans fin, et ses cheveux s’hérissèrent, s’allongeant un peu plus, devenant plus blanc, éclatant, immaculé. Ses yeux noirs me scrutaient, pénétrant dans ma plus profonde intimité, même celle que j’ignorais avoir et fouilla. Elle fouilla tout mon être. Je lui appartenais, mon esprit lui appartenait, elle en faisait ce qu’elle voulait. Sa voix était douce, amère, métallique, mais tout de même douce, un mélange atypique de death métal et de slow à la Céline Dion. Une douce mélodie invoquant la mort, et à laquelle je me laissai aller sans peine, nageant sur un nuage doux​​ vers le monde de l’invisible où​​ tout était possible ;​​ pas besoin de se brider. Et avant que je ne sache​​ quand, ni comment, ni pourquoi, elle cessa de chanter, me tirant de ma rêverie d’une mort douce et prononça :

« Oh Darkness, overwhelming Darkness, thy who ruleth’ above the extreme nothingness, thy who controls everything. Answer the call of your humble servant, answer me! Come to me and feel my wrath, feel the need I have for you and let thy open to me the doors of knowledge at the price of a soul. Knowledge beyond comprehension, grant me the wish Oh ZXinger! to see in one soul totally and completely.”

Au moment où​​ elle prononça ses mots, ses yeux luisirent d’une lueur noire et effrayante, sa voix devint grave et enrayée, des spasmes le​​ secouaient​​ et elle vibrait telle une possédée. Sa peau noire scintillait comme un diamant noir,​​ reflétant de toutes ses forces le soleil brillant sur lui. Mille et une choses la parcoururent, ses cheveux devinrent un instant marron, ensuite bleu,​​ avant de retrouver leur couleur blanche. La pièce tourna en rond, très rapidement et je crus que nous allions nous désintégrer. Puis ce fut le calme, total et absolu.​​ 

« Alors ? » Demanda Jake quelques minutes après.

« Alors on est dans la merde ! » Répondit-elle, les rides se dessinant sur son visage avant qu’elle ne s’écroule​​ en arrière sur un sol désormais propre, plus aucune goutte de sang, rien !

« Bordel ! » Cria Monsieur Jake.

A suivre…

By​​ Eien,​​ tous droits réservés.

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  1. Coool. J’attends la suite😊😊

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