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Enfance corrompue (2)

Le petit déjeuner chez mon père me trotta dans la tête toute la matinée pendant que je faisais mes courses. Maintenant, j’étais en route pour le commissariat pour rendre une petite visite à mon fiancé.

A peine j’eus passé la porte du commissariat que Melly, la secrétaire quadragénaire, m’apostropha ;

  • Enfin ! Je me demandais quand est-ce que la future mariée allait nous faire l’insigne honneur de venir nous annoncer la bonne nouvelle.

Je pris un air faussement catastrophé.

  • Je vois à quel point mes fiançailles furent le secret le mieux gardé du monde.
  • Si jusqu’au moment fatidique tu ne te doutais toujours de rien alors oui, il l’était.
  • Un point pour toi, Melly. Alors, où est l’élu de mon cœur ?

Elle pointa une direction.

  • Salle d’interrogatoire numéro un.
  • Merci !

Nul besoin qu’elle m’accompagne. Je trainais déjà ici à l’époque du père de Théo, Charles, un très bon ami de mon père et accessoirement chef de la police. Théo le suivait partout à l’époque et c’est ici même que nous avons fait connaissance. L’admiration qu’il lui vouait à lui ainsi qu’au métier qu’il exerçait était sans borne mais ça en avait quand même étonné plus d’un lorsqu’il avait lâché ses études de Droit à sa troisième année pour intégrer une école de police. Par contre, ça n’avait étonné personne lorsque nous nous sommes mis à nous fréquenter. A croire que c’est exactement ce à quoi tout le monde s’attendait. Aujourd’hui, il officiait aux côtés de son père qui lui, était bien décidé à mourir à son poste.

Je croisai plusieurs de ses collègues. Je saluai certains de la tête, d’autres d’un « Hey ! » joyeux. Je connaissais la plupart depuis que j’étais petite alors plus besoin de formalités. Je passai la petite porte qui jouxtait la salle d’interrogatoire. Vous savez, cette pièce où l’on pouvait voir et entendre ce qui se disait et se passait dans la salle sans que les vilains ne s’en aperçoivent ou fassent semblant de ne pas s’en apercevoir.

Aussitôt, Charles Hatkins tourna la tête vers moi et ses larges moustaches de la même couleur poivre et sel que ses cheveux, se relevèrent de manière, ô combien hilarante, comme à chaque fois qu’il souriait. Il savait qu’il ressemblait à un gros nounours, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il prenait toujours une mine renfrognée lorsqu’il était en service.

  • Claire ! S’exclama-t-il en me plaquant un baiser sur chacune de mes joues. Comment tu vas ?
  • Désolée de débarquer comme ça telle une descente de flics mais j’aurai espéré réquisitionner Théo pour quelques minutes.

Deux jargons de policiers en une phrase. Je m’améliorais.

  • Tu tombes bien. Jette un œil là-dessus.

Il me désigna la vitrine à travers laquelle je pouvais voir Théo face à un ado qui montrait tous les signes apparents d’un profond ennui. Théo semblait sur le point de lui sauter à la gorge.

  • On l’a surpris en train de refourguer de la drogue en plein jour à côté d’un parc fréquenté par de jeunes délinquants. Mon fils a toujours eu du mal avec ce genre de criminel. Ça doit venir des circonstances de la mort de sa mère mais j’aurai espéré qu’il apprenne à garder son sang-froid avec le temps.

Je hochai la tête en signe de compréhension. La mère de Théo était morte dans un accident de voiture, percutée par un chauffard qui avait eu la merveilleuse idée de prendre le volant saoul et drogué. Elle était morte sur le coup mais le junkie avait eu une chance de pendu. Quoique je ne saurai dire si faire une vingtaine d’années de prison pouvait être considéré comme avoir de la chance.

  • Tu crois que ça va aller pour lui, Charlie ?
  • Oh, il finira par s’endurcir. Devenir un vrai flic ça ne se fait pas du jour au lendemain. Sinon, comment va ton père ?
  • Bien, enfin…je crois.

Je repensai encore à ce qui s’était passé ce matin.

  • Dis Charlie, tu connaitrais un certain Ethan, un ami de papa ?
  • Ethan Chaft ? Demanda-t-il. Ça fait un bail que je n’ai pas entendu ce nom.
  • Tu peux me parler de lui ?
  • Bien sûr. C’était un homme bon et respectable. Un ami formidable, un mari et un père aimant. Il a grandi avec ton père et ta mère. C’était un peu les trois mousquetaires. Je me suis lié d’amitié avec lui par leur intermédiaire. Il avait même pour projet de s’associer avec ton père pour étendre la menuiserie. Personne ne s’attendait à ce qu’il disparaisse du jour au lendemain.

Je constatai que lui aussi avait employé le terme « disparu », comme mon père.

  • Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
  • Si seulement je le savais. Un soir, il est sorti, sans voiture ni portable et il n’est plus jamais revenu.

J’eus un léger frisson.

  • Ouais, continua-t-il en haussant les épaules avec impuissance. Ni vu ni connu. Evanoui dans la nature. Nous avons effectué plusieurs battues, placardé des affiches et mêmes des avis de disparitions sur ces stupides briquettes de lait, rien n’y a fait. Il est juste…parti.
  • Ça s’est passé quand ?
  • Oh, il y a bien une quinzaine d’années. Normal que tu ne te souviennes pas de lui. Tu étais trop jeune. D’ailleurs, pourquoi tu me parles de lui tout à coup ?
  • J’ai juste trouvé une vieille photo dans la maison de mon père. Il était dessus. C’est quand même bizarre que je ne me souvienne pas de lui vu à quel point il avait l’air proche de nous.
  • Pas tant que ça. Après sa disparition, et l’avortement des recherches, sa femme et son fils sont partis à leur tour et nous n’avons plus jamais eu de nouvelles d’eux. Depuis, plus personne n’évoque le sujet. Ça, plus ton jeune âge, ce n’est pas étonnant.

Je laissai s’écouler quelques secondes le temps de digérer l’information.

  • Merci de m’avoir parlé de ça Charlie.
  • C’est quand tu veux, ma belle. Bon, je crois que ce p’tit bonhomme mérite bien de parler cinq minutes avec sa fiancée, hein ? Proposa-t-il en riant dans sa barbe. De toute façon, il ne tirera rien de ce gosse comme ça, ajouta-il en levant les yeux au ciel.

Quelques secondes plus tard, je vis Charles entrer dans la salle, pointer ma direction du doigt et littéralement jeter Théo dehors. Ce dernier entra en se passant nerveusement la main dans les cheveux mais m’adressa un sourire chaleureux, presque soulagé lorsqu’il croisa mon regard.

  • Hey, mon cœur ! Ça va ? Lui demandai-je, compatissante.

Il me prit dans ses bras et enfouit son visage dans mon cou et dans mes boucles brunes.

  • Mieux depuis que je peux te tenir dans mes bras.
  • Oh ! Tu es mignon mais ça ne prend pas avec moi. Sérieusement, ça va aller ?

Il recula un peu et expira bruyamment.

  • Chaque fois, je me dis que ça va aller, que j’arriverai à gérer mais j’ai plus de mal à affronter un dealer qu’un meurtrier ou un violeur. Mais t’inquiète pas. Ça finira par aller, je te le promets, finit-il par ajouter en m’offrant un profond baiser.
  • Ok, murmurai-je une fois libérée de ses lèvres.
  • Au fait, j’ai cru comprendre que tu voulais me parler de quelque chose ?
  • Oui, répondis-je d’un air mutin. Chez toi ou chez moi, ce soir ?

 

Ça recommençait, je le sentais. La même forêt, le même croissant de lune qui apparaissait doucement de derrière des nuages noirs et mes mains trempées de sang. Je me sentais toute petite, comme si j’avais pénétré dans ces forêts enchantées décrites dans les livres de conte pour enfants, aux arbres géants et maléfiques, chargés de malice. Une voix, la même que la dernière fois, chantait maintenant : « Au Claire de la lune, mon ami Pierrot ; prête-moi ta plume pour écrire un mot…» encore et encore. Cette comptine sonnait creux à mes oreilles. La voix se rapprochait. J’étais paralysée, mes fesses trempées par le sang de je ne sais quoi, je ne sais qui. Puis une ombre se détacha des ténèbres. Il était grand, il avait l’air d’un géant comparé à moi. Son visage finit par se détacher de l’obscurité.

Devant moi, se tenait mon père qui chantait : « Au clair de la lune, mon ami Pierrot ; Prête-moi ta plume pour écrire un mot…» d’une voix guillerette.

Je me réveillai subitement dans la chambre plongée dans le noir, de la sueur me coulant dans le dos et le souffle court. Dehors, la lune brillait d’une manière aussi lugubre et angoissante que dans mon rêve, comme pour se moquer de moi. Théo, à mes côtés, ne pipa mot, mais m’attira contre lui et me caressa le dos comme la veille. Je me pelotonnai contre son torse. J’avais froid, mais ça n’avait rien à voir avec l’automne qui cédait enfin la place à l’hiver.

 

Je n’eus plus l’occasion de voir mon père durant le reste de la semaine. Il était aux abonnés absents, son portable obstinément fermé et la maison irrémédiablement vide.

Alors que je passai dans la cuisine d’où flottait pourtant une odeur de café froid, mon regard s’attarda sur la poubelle. Je m’approchai lentement et y fourrai ma main. Je saisis un bout rigide. Plus de doute lorsque je ressortis ma main, il s’agissait du cadre photo que j’avais trouvé, avec la vitre protectrice défoncée et la photo tachée.

Cela devenait de plus en plus bizarre. Mais pas plus que le bruit que j’entendis dans l’arrière-boutique. L’arrière-boutique était une petite pièce plus comme un couloir qui reliait la maison à la menuiserie. Je devais avouer que je n’avais même pas pensé à regarder dans la menuiserie. Aujourd’hui, la porte était entrouverte. A l’intérieur, il faisait sombre mais un rayon de lumière filtrait à travers l’entrebâillement. Si ça ce n’était pas une invitation à jeter un œil…

J’avançai lentement. Rien n’était dit que s’il y avait vraiment quelqu’un, ce soit mon père. Je devais me montrer prudente. J’écartai alors doucement la porte et glissai ma tête à l’intérieur de la menuiserie.

  • Je n’ai plus le choix…

Je sursautai silencieusement au son de la voix de mon père. C’était bien lui qui était là. Je pouvais le voir marcher en cercle, une main sur la hanche, l’autre maintenant son téléphone coincé contre son oreille.

  • Tu connais mes raisons…

De quoi parlait-il ? Avec qui ?

  • Ce soir ? S’exclama-il. Mais, c’est trop tôt ! Pourquoi…HEIN ?

Je n’avais encore jamais entendu mon père hausser le ton ainsi. Ah si ! L’épisode de la photo. Là aussi il avait haussé le ton.

  • Tu crois que…mais ça ne saurait tarder…un signe de mauvaise augure…ça ne peut pas être une coïncidence…entre son arrivée en ville et maintenant…ça a déjà trop duré…

Evidemment, le fait de ne pouvoir entendre son interlocuteur ne faisait que m’apporter plus de questions que de réponses mais je n’avais plus le temps de me les poser. Mon père retira précipitamment le téléphone de son oreille et la tendit vers l’extérieur.

  • Karl !

Une voix résonna vers le côté Sud de la maison, juste en face de la menuiserie.

  • On fait ça ce soir, eut-il tout juste le temps de cracher avant de ranger l’engin dans sa blouse.

Quelques secondes plus tard, un individu se présenta à l’entrée. Grand, blond, vêtu d’un blue jean, d’une chemise et de Santiags noires, il retira ses lunettes noires en entrant et serra la main de mon père.

  • Ouf, commença le nouveau venu. Un moment j’ai eu peur de t’avoir loupé.
  • Bien sûr que non. Je t’avais promis de discuter avec toi de la menuiserie aujourd’hui et je tiens toujours mes promesses.
  • Même s’il m’a fallu beaucoup de temps pour te convaincre, je suis ravi de constater que tu t’es décidé à vendre. Mais hey ! Avisa-t-il, j’espère que ta décision n’a rien à voir avec mon père. Si tu n’es pas réellement convaincu, dis le moi.
  • Mais non, Ian. Rien à voir. Allez, dis-moi tout sur les projets de ta compagnie.

Le fameux Ian parut soulagé et tous les deux se dirigèrent à la suite du bâtiment. Impossible de les espionner sans me faire repérer cette fois. Que faire ? Déjà, mieux vaudrait sortir d’ici avant que le blondinet ne fasse remarquer à mon père qu’il y avait une deuxième voiture garée devant la maison.

Alors que je me glissai dans ma coccinelle rouge vif, je jetai un œil au pick-up noir qui était garé juste à côté. Il avait l’air d’un mastodonte comparé à ma voiture. Qui était cet homme qui avait l’air de bien connaître mon père ? Il a bien parlé de…vendre la menuiserie ? Papa aurait au moins pu m’en parler. Enfin bref, ce n’était pas le plus important. Non, pas vraiment. J’enfilai la ceinture de sécurité, démarrai et amorçai la marche arrière pour sortir de la cour. Ma soirée risque d’être fort occupée.

  • « Oui, chéri ? Je passerai la nuit chez moi ce soir. Un travail de dernière minute qui m’est tombé dessus. Je risque d’y passer toute la nuit.
  • Pas de souci. Justement, je serai de service ce soir. Ils ont tous insister pour que je décline vu qu’on vient de se fiancer mais en même temps, c’est mon travail et tout alors… Mais je voulais au moins savoir si t’avais quelque chose de prévu ce soir.
  • Oh, c’est bon. Fais ton boulot et moi, je ferai le mien. On se verra demain, ok ?
  • Ok, à demain alors. Je t’aime.
  • Je t’aime aussi. »

 

  • Excuse-moi Théo, murmurai-je en rangeant mon téléphone dans la poche de mon pantalon. Mais si mon père ne veut rien me dire, il faut bien que je découvre ce qui se passe par moi-même.

Au même moment, j’arrêtai la voiture pour la deuxième fois de la journée dans la cour de la maison qui m’a vu naitre et grandir. Il était vingt et une heure passée. Il avait parlé du soir oui, mais à quel moment ? J’en avais juste déduit que quel que soit ce qu’il avait à faire, il fallait qu’il le fasse en pleine nuit, à l’abri des regards indiscrets. Et comme je m’en doutais, la maison paraissait vide. Je fis le tour et passai directement par le côté, vers la menuiserie. Tout y était sombre. Rien ne signalait la présence de quelqu’un et encore moins de quelqu’un qui était supposé passer ses journées et aussi ses nuits à raboter du bois.

Que faire ? Je n’avais absolument aucune idée de ce qu’il avait prévu de faire ce soir. C‘était bien beau d’avoir tenté le coup mais maintenant j’avais l’air d’une quiche à déambuler dans l’obscurité comme une voleuse alors que ce n’était pas moi qui avait quelque chose à cacher.

Je soupirai doucement en regardant autour de moi. L’obscurité épaisse et le calme ambiant me donnaient des frissons dans le dos. La forêt paraissait encore plus angoissante que dans mes pires cauchemars d’enfant. Pourtant, je me rappelai y avoir été à l’aise à un moment donné. J’aimais y jouer, y courir, découvrir des choses que seuls les enfants pouvaient voir. Puis ça m’a comme…désintéressé. Délires momentanés de gamine, sans doute. Ça passe comme lorsqu’on arrête de croire aux contes de fée.

Mes cheveux sombres virevoltaient et se mêlaient à l’obscurité de la nuit sous la violence du vent. L’air était lourd, chargé en humidité. Des éclairs zébraient le ciel. La pluie ne tarderait pas à pointer le bout de son nez.

Je passais pour une idiote, vraiment. Qu’est-ce que je foutais moi, à essayer d’espionner mon père alors qu’il n’avait absolument aucun compte à me rendre ? Franchement, je crois que l’un des scénarios sur lequel je travaillais était en train de me monter la tête. Sinon, comment expliquer qu’une photo, une discussion téléphonique et un mystérieux jeune homme puisse me faire douter de la seule famille qu’il me restait ? Je déraillais complètement, ma parole ! Il valait mieux que je rentre et que mes jours reprennent leur rythme normal.

C’est bien ce que je comptais faire…si ce n’était cette petite lumière que je vis briller quelque part entre deux branches de chênes. Etais-je en train de rêver ? Je plissai les yeux et scrutai l’endroit qui avait attiré mon attention. Non, je n’avais pas rêvé. Elle était pâle, instable mais bel et bien réelle. On aurait dit la lumière tamisée et discrète d’une chandelle. Quelle chance pouvait-il y avoir que ce soit quelqu’un d’autre que mon père ? Cette fois, je ne pouvais plus rebrousser chemin. Sans réfléchir à deux fois, sinon le froid glacial qui se glissait par les pans de ma veste risquait de me faire changer d’avis, je m’élançai dans la forêt.

 

« Au Claire de la lune, mon ami Pierrot… »

Alors que je marchai aussi silencieusement que possible au milieu des branches humides et des fougères, cette vieille chanson me revint en mémoire. Je l’adorais. On aurait dit qu’elle avait été écrite rien que pour moi.

« …ma chandelle est morte, je n’ai plus de feu… »

La lumière vacillante se précisait au fur et à mesure que j’avançais. Elle me guidait, m’attirait à elle comme un aimant. J’avais passé l’âge de croire en la magie, même si le côté fantasque de mon métier d’écrivain ne me laissait pas vraiment le choix mais cette lumière…on aurait dit un feu follet, cette petite lumière magique qui apparaissait dans les forêts sombres pour guider les personnes au cœur pur. Elle m’appelait et j’étais trop déroutée ou trop subjuguée pour résister.

Elle était là, tout près. Bientôt, il me suffirait de tendre le bras pour pouvoir l’atteindre. Pourvu qu’elle ne meure pas comme dans la chanson. Mais alors que mon esprit se perdait dans la contemplation de cette flamme qui devenait de plus en plus vive, j’oubliai qu’il n’y avait jamais de lumière sans obscurité et eus du mal à remarquer l’ombre qui se détachait de mon guide surnaturel.

Je repris mes esprits presque instantanément et me cachai derrière un arbre. Sans même m‘en être aperçu, j’avais atteint un petit coin clairsemé. La lumière que je prenais pour un feu follet était en fait une torche en bois plantée au sol. Pourquoi utiliser une torche de l’époque caverneuse alors qu’une simple lampe électrique suffirait ? Bref, ce n’était pas vraiment important. Alors que la flamme de la torche vacillait à cause du vent, l’individu vaquait à ses occupations.

Vêtu d’un large blouson et une casquette sombre visée sur la tête, impossible d’apercevoir quoique ce soit de son anatomie, surtout qu’il se tenait dos à moi. Toutefois, au vue de sa carrure, il ne pouvait s’agir que d’un homme. Tout ce que je voyais sans problème c’était la pelle, la brouette qui se trouvait non loin et l’énorme trou qu’il était en train de creuser.

« Tchak ! Tchak ! Tchak ! »

Le bruit de la pelle fouillant dans la terre mouillée avec de petits sons de succions était sinistre. J’avais du mal à déglutir. Qu’est-ce qu’il pouvait bien chercher ? Ou cacher ? A cette pensée, une sueur froide glissa le long de ma colonne vertébrale. Je frissonnai. J’aurai aimé mettre ça sur le compte du crachin qui commençait à tremper mes habits et à rendre la terre molle et boueuse.

Tout à coup un « Tchak » plus bruyant que les autres retentit puis je vis l’homme mettre la pelle de côté et sortir quelque chose du trou. C’était noir, c’était assez grand. Tiens, ça me disait quelque chose… On aurait dit quelque chose que j’avais déjà vu à la télé… On aurait dit ces sacs hermétiques dans lesquels ont mettaient…des cadavres ! Je retins une exclamation de justesse. Peut-être était-ce mon imagination qui me jouait des tours, comme avec le feu follet. Mais une fois ancrée dans mon esprit, cette explication devenait de plus en plus crédible. Que faire ? Appeler la police ? Théo ! Oui, je devrais l’appeler. Lui saurait quoi faire.

Forte de cette idée, je sortis mon téléphone de ma poche et essayai avec beaucoup de mal de composer son numéro. Mes mains tremblaient. Je faillis pousser un cri de joie lorsqu’enfin je parvins à lancer l’appel. Mais alors que la sonnerie résonnait, l’individu avait fini de sortir le cadavre et l’avait disposé dans la brouette. La lueur un peu plus faible de la torche éclaira lentement son visage dévoilant celui que je cherchais sans le savoir.

  • Papa ?

Plus qu’un constat, c’était un véritable cri de détresse.

  • Qui va là ? Claire ? Mais qu’est-ce que…

Mon téléphone glissa par terre. Je n’en avais plus besoin de toute façon. La seule chose qui importait à mes yeux était que mon père se trouvait là, devant moi en train de sortir d’un trou, vieux de je ne savais combien d’année, ce qui avait tout l’air d’être un cadavre. Lentement, comme anesthésiée, je sortis de ma cachette. Inutile de me cacher devant mon géniteur.

(A suivre…)

By Lucky, Tous droits réservés.

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