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Chapitre 9 : Retour au Pays natal

Chapitre 9 : Retour au Pays natal




C’est averti dans un songe du malheur qui pendait au nez de l’héritier du Clan
que mon grand Oncle fit le voyage pour les Etats-Unis. Son arrivée fût salutaire
et comme un aigle il nous porta pour le grand voyage retour. Par je ne sais quel
moyen, il avait récupéré nos passeports et c’est avec un réel plaisir que Yazi et
moi le suivîmes pour le Sénégal. Du moins le plaisir dura le temps d’une
semaine.


Je ne savais pas que le clan Diallo était si riche. En fait, ce que mon Oncle ne
m’avait pas dit c’est qu’en plus d’être griots, nous avions des terres et des
commerces prospères sur toute l’étendue du Sénégal et même jusque dans les
pays voisins pour ne pas dire toute la sous-région. Mais notre métier n’était que
d’être griots du coup je ne comprenais pas bien. Mais en voyant la multitude
d’alliances que nous avions signées au cours des années je compris ; nous étions
les griots et alliés des plus grandes familles des environs ; nous étions leurs
conseillers, leurs porte-paroles, leurs associés, nous étions à tous ce qu’ils
avaient besoin que nous soyons, c’en était surprenant.


Nous habitions, pour des griots, dans une demeure plutôt moderne et
occidentale ; à vrai dire c’était un château comme on en verrait beaucoup en
Occident mais les statues de bronze importées du Cameroun suffisaient à
changer l’atmosphère du lieu. Quand on entrait dans le majestueux endroit,
presque tout transpirait L’Histoire, le mystère et l’étrange. Il y avait des pièces
lugubres et d’autres plus éclairées ; des pièces interdites à tous et d’autres que
seules les femmes ne peuvent pénétrer. Il y avait des règles pour tout ; au matin
pour les prières, à midi avant les repas, dans l’après-midi pour certains
exercices, au coucher pour certains rites et au soir avant de dormir. Mais ce n’est
même pas là que s’est trouvé mon malheur ou du moins le nôtre.
Après une semaine de vie partagée entre deux époques et tant de civilisations,
Yazi et moi fûmes séparés. Mon grand Oncle avait trouvé une école préparatoire
de médecine pour Yazi, ce fut au départ une bien belle nouvelle jusqu’à ce qu’il
nous annonce que cette école se trouvait au Bénin. C’est le cœur déchiré que j’ai
donc accompagné ma petite grande sœur pour l’avion qui l’amènerait vers cette
nouvelle porte de son avenir. Quant à moi, héritier malchanceux de mon état, je
dû continuer ma formation de Diallo. J’ai rencontré du beau monde et du moins
beau, voire même plus ténébreux.



Mon expérience la plus étrange fut celle que je vécus un Vendredi d’Août après
la prière. Mon grand Oncle me mena dans un coin de campagne. Comment se
nommait-il ? Je n’en avais pas la moindre idée. Et même si en apparence il avait
l’air classique, il devint le lieu le plus sinistre que connu mon existence.
Au coucher du Soleil, nous sortîmes de la petite case qui était pour le week-end,
m’avait-on dit, notre demeure ; nous prîmes un chemin tortueux où, de cases en
cases, nous récupérions des jeunes gens qui avaient à peu près mon âge. Nous
fûmes au total dix-sept jeunes garçons et avancions en procession, suivant mon
grand Oncle et deux de ses compères en tenue d’apparat. Il faisait froid et seule
la pleine Lune défiant la hauteur des Baobabs et des arbres de la Steppe guidait
nos pas dans le dédale d’herbes hautes et de grillons sifflant çà et là. Nous
arrivâmes enfin à une sorte de grotte… Je ne saurais exactement la décrire ; il
n’y avait ni montagne, ni colline, mais il y avait cette entrée qui va je ne sais où
et sort de nulle part.



Les anciens ne nous dirent rien ; nous étions vêtus comme des lutteurs et ils se
contentèrent de nous oindre le visage et le torse d’une huile magique et de
peindre des signes représentatifs des armoiries de chacun de nous sur une partie
de notre corps tantôt le front, le torse, le bras ou la cuisse. Ils nous soufflèrent
juste quelques mots de Yorouba « Ogun ti Okan » en Français, La bataille des
esprits. Mon Oncle ajouta en Bambara que je devais me rappeler de l’histoire et
les autres vieillards répétèrent la même chose dans quinze autres dialectes
qu’étrangement je comprenais tous. Alors que le dernier d’entre nous pénétrait
dans la grotte, celle-ci se referma sur nous comme pour nous engloutir et une
voix tonna pour dire en Wolof : « Les fils du destin réunis règneront sur le pays
aux milles langues et milles visages ; la bataille fait encore rage et empêche
l’unité mais le temps de la prophétie est et vient encore et en même temps.
Voyons si, jeunes gens, vous êtes les porteurs précurseurs du message des
esprits : « Ogun ti Okan…».



Chaque syllabe de ces mots résonna au moins trois fois dans le sombre endroit.
Puis, comme par un enchantement de malheur, le sol devint un précipice,
l’obscurité une lumière aveuglante et nous tombâmes tous si subitement dans ce
rien aveuglant que nous n’eûmes même pas le temps de crier ou même de bien
comprendre. La chute fut brutale et claire, le choc nous fit perdre connaissance.
À notre réveil sur un sol froid et rocailleux, nous étions encore dans le noir. Puis
quand nous fûmes tous debout, deux flammes s’illuminèrent subitement. Une
ombre opaque, telle la mort que certains décrivent si souvent, nous apparut. Elle
déclencha dans sa main une troisième flamme mais verte cette fois-ci. Elle nous
fit signe de nous ranger en deux rangs se faisant face. Elle passa au milieu de
nous par quatre reprises puis nous ordonna de tendre notre main droite vers elle.
Sans broncher, nous avons obéi ; sa voix était celle que nous avions entendue
avant de tomber et le bruit terrifiant qu’elle faisait imposerait à n’importe qui de
se plier. Nous tendîmes donc nos bras et chacun de nous reçut dans sa paume de
main la flamme verte.



Elle ne brulait pas, on aurait dit que nous tenions un courant d’air lumineux dans
notre main. Au contact de nos peaux, chaque flamme prenait une couleur
différente et il y en eut de trois couleurs bleu, or et blanche ; la mienne était
blanche et à la seconde où je vis le constat, et mes compères aussi, l’ombre
s’évapora emportant avec elle nos camarades à la flamme bleue.
Nous restâmes pétrifiés un court moment mais nos flammes comme animées
orientèrent vers les fonds de la grotte : les blanches dans la direction contraire à
celle des flammes couleur or. Chacun suivi sa flamme sans parler. Mes
camarades de flammes et moi n’étions plus que trois et au fur et à mesure que
nous nous enfoncions dans l’ombre, nous n’arrivions plus à distinguer même le
bout de notre nez ; juste la paume de nos mains éclairée par nos flammes. La
brume d’ombre s’épaissit et nous étrangla ; on a peu à peu l’impression de
quitter nos corps et la sensation est réellement détestable et insoutenable. Le
poids de cette ombre fut tel que nous commencions à nous abaisser, mes genoux
ne me soutenaient plus et même mes paupières s’engourdissaient. Ma tête ne
tenait plus et je perdis presque toute conscience de mon corps et de mon
environnement. Je fus finalement absorbé par la masse noire, complètement
terrassé par son poids ; j’ai fini couché, je crois bien, et entre asphyxie et
paralysie. Je perdis la raison et mes pensées un temps, jusqu’à ce qu’une main se
pose sur mon corps faible.



J’ai levé la tête pour observer et le visage que je vis fit battre mon cœur et vibrer
mon être ; ses joues rondes et son corps ébène généreux, son regard pétillant et
doux, cette chaleur envoutante, il n’y avait aucun doute, c’était elle, c’était Ma
Mère. Je tendais à peine le bras vers elle qu’elle fut aspirée par une sorte de trou
noir. De ce trou noir sortit une chose à silhouette d’homme mais dont la peau
noire et rouge sang trahissait un démon. Il avait une lance à la main et une autre
accrochée à son dos. Il pencha sa tête sans visage une seconde, puis dégaina sa
lance pour m’atteindre d’un coup mais je l’esquivai d’une roulade. Voyant qu’il
s’armait déjà de la seconde, je voulu saisir la première vu que je n’avais pas
d’armes mais il se trouve qu’elle était entièrement faite d’un métal ardent qui
brula ma main. Je la lâchai pour chercher une autre solution, aucune à l’horizon.
Je regardais à mon adversaire, il tourna la tête pour plonger sa main dans le trou
noir et tirer quelque chose. Le quelque chose était ma Mère, ou du moins, son
âme ; je n’eus plus le moindre recul, plus la moindre hésitation, empoignant la
lance brulante, j’ai visé et transpercé la chose en pleine tête.
Etonnamment, le temps d’un clin d’œil et la scène avait disparu. Je me retrouvai
sur un pic au milieu de nulle part, devant moi des terres arides à l’horizon. Dans
le vent on entendait comme des chants, disant sans cesse « La bataille continue,
que jamais le valeureux ne cède ». Un vieil homme apparut derrière moi,
entouré de nuages et portant un gros boubou blanc d’apparat.


- Fils, abaisse ton visage.

- Qui…

- Tais-toi ! Devant un ancien on ne pose pas de questions.

Alors j’ai baissé la tête, il a étendu la main, m’a béni, et, de son ongle, a tracé en
blessant ma chair les armoiries des Diallo sur ma poitrine. Il m’a ensuite relevé
le visage et m’a annoncé sans protocole qu’il n’était tout simplement que Yassin
Diallo, Fondateur de notre Clan. Je m’inclinai en respect à ses pieds mais il
s’assit à même le sol et m’invita à faire de même.


- Fils, assieds-toi, il est temps que l’on t’explique bien des choses ; alors
que tu t’apprêtes à devenir l’héritier de mon œuvre, il est grand temps que
tu rentres dans le secret de cet instant, dans l’héritage des choses du passé
et les prémices de celles à venir.

- Mais Père, je ne sais même pas …

- Le titre de « Griot » n’est qu’un nom ; conter, chanter, tout ça ce sont les
apparences. Notre réelle mission n’est pas là et l’on t’a amené ici dans les
racines de notre monde pour que tu le voies et le comprenne, fils.
Maintenant, laisse-moi te conter cela et inscrire dans ton cœur ta pensée et
tes gênes, ton identité, ta mission et le fardeau des Diallo.


Chapitre 10 : La prophétie

By FAHI Leila, Tous droits réservés 

Chapitre 9 : Retour au Pays natal C’est averti dans un songe du malheur qui pendait au nez de l’héritier du Clan que mon grand Oncle fit le voyage pour les Etats-Unis. Son arrivée fût salutaire et comme un aigle il nous porta pour le grand voyage retour. Par je ne sais quel moyen, il avait récupéré nos passeports et c’est avec un réel plaisir que Yazi et moi le suivîmes pour le Sénégal. Du moins le plaisir dura le temps d’une semaine. Je ne savais pas que le clan Diallo était si riche. En fait, ce que mon Oncle…

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