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Le Griot (épisode 08)

Chapitre 8 : L’épopée

Je préfère vous raconter les choses en coup de vent, il n’est pas question de vous faire pleurer sur mon sort. Yazi et moi ce soir-là avons marché dans les rues jusqu’à une église d’un quartier proche. Le père nous prenant pour des sans-papiers mendiants nous renvoya pour dit-il que nous trouvions ceux-là qui ont le fardeau des pauvres âmes comme les nôtres. J’ai tiré Yazi silencieuse comme une tombe à travers les rues et ruelles puis là de chercher un abri on s’assit dans un coin d’un parc que je ne connaissais point. Ce soir-là nous dormîmes à la belle étoile serrés l’un contre l’autre, dans la fraicheur de la nuit. Je me suis levé avant que ne pointe l’aurore, troublé par le chant d’un ivrogne clochard. J’ai songé à où on était, ce qu’on deviendrait et même si tout ce que j’arrivais à projeter était flou, je me suis dit que du haut de mes dix-sept ans et demi, je devrai être pour ma sœur Yazi, un homme et un secours sûr dans cette folle aventure que nous impose le destin.

Armé de cette motivation, je l’ai trainé de ville en ville, j’ai tiré nos sacs, séché ses larmes, soutenu sa tête, porté son corps affaibli par le périple et la famine que nos petits moyens n’arrivaient plus à calmer. J’ai pris mon courage à deux mains, pour tondre des pelouses, charger des camions, balayer et nettoyer partout où on me le permettait, laver des chiens, bagarrer au fond d’une cave pour quelques dollars de misère ; j’ai donné de moi pendant ainsi trois mois avant de pouvoir revoir son sourire un soir, ce sourire d’un blanc impeccable qui depuis tout petit me fascine. J’ai trimé ainsi  pour revoir ma jolie cousine sourire et rire aux éclats, pour retirer cette profonde ride de tristesse qui dénaturait son charme de reine Africaine.

Elle est ma prunelle, ma petite grande sœur, je la jalouse et la protèges car de toute façon elle est tout ce qui me reste, ma seule famille. Alors, j’ai tout fait pour lui offrir un toit, lui mettre de quoi faire à manger sur la table et au clair de lune à mes heures perdues avant mon travail de nuit, je lui offrais du rêve. On s’asseyait et on planifiait sur rien, juste pour rêver ou avancer ; on méditait, on pleurait ou riait, bref je m’offrais tout entier afin qu’ensemble un jour on puisse vraiment revivre.

Un soir d’orage, j’ai pourtant bien cru ma fin arrivée ; depuis plus de trois jours je suis couché, terrassé par une fièvre intense. Doc, le pseudo médecin du quartier dit que c’est à cause des vapeurs de l’usine ; Yazi partagée entre frayeur et la volonté d’être forte pour moi est dépassée. Entre deux crises d’hallucinations, je la vois tantôt assise près de moi au bord des larmes tantôt à genou près du lit comme en prière. Je veux lui dire de ne pas s’inquiéter mais mon corps n’écoute plus rien de ce que je lui commande. Je suis un légume bouillant et j’ai dans l’impression que je sens de temps à autre le frisson de la mort qui me caresse pour m’attirer mais je repousse cette pensée.  Je me bats à l’intérieur de moi et à l’extérieur contre les visions d’esprits qui me tourmentent entre souvenirs et utopies ; je vois des gens, des foules, des vieux, ma mère, des jeunes, un drôle d’homme à qui je ressemble, sans doute mon père ; j’ai l’impression de faire un périple au séjour des morts que c’est affreux ! Je coure et me bats, mais sans cesse les ombres m’assaillent de toutes parts définitivement je perds le sens des réalités je plonge dans cet univers insensé.

Le ciel y est noir, gris cendre et rouge sang ; nul astre pour éclairer, juste la lueur du sang dont les reflets suffisent pour éclairer la scène chaotique et quasi  apocalyptique. Je croise des masques qui me semblent familier, les masques derrière lesquels se cachent des esprits m’aident à combattre les ombres ; ce sont des alliés. Je me sens rassuré, entouré. Mes forces dans ce monde-là me reviennent peu à peu ; je peu de nouveau inspirer à plein poumon et frapper de plein fouet les ombres qui s’éloignent. Soudain dans la noirceur parait un faisceau lumière puis un deuxième ; on dirait que les couches noir, cendre et sang s’estompent. L’atmosphère redevient vivable et à peu près normale. Petit à petit, des coins de verdure pointent peu à peu du sol aride et alors que je commence tout juste à m’étonner de la beauté du lieu, une voix m’appelle et je suis comme aspiré hors du lieu.

Cette voix, je la connais ; ce n’est pas celle de Yazi mais je la connais. Une voix sèche rauque, dure, sévère, il n’y a qu’un seul homme qui parle comme ça c’est mon grand oncle. Mais comment pourquoi ?

Je veux ouvrir les yeux physiquement mais ils restent clos ; pourtant j’entends bien autour de moi que mon oncle m’appelle et Yazi pas loin sanglote. Agacé par cette faiblesse de mon corps qui m’exaspère, je rassemble toute ma volonté, serre le poing droit, réunis toute ma rage et me donne un coup dans la poitrine qui me tire du lit comme un ressort. Punaise je suis vivant et mon grand oncle est bel et bien là dans notre petite chambrette. Comment est-il arrivé aux États-Unis ? Comment a t’il retrouvé notre trace ? Du Sénégal à ici? Comment ???

 

F.L., Tous droits réservés.

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