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L’Ombre de l’histoire remastérisée (6)

Partie 6:

 

Aussi rapide et soudaine qu’a été la mort d’Édouard, ainsi fut également son enterrement à la demande exclusive de Carole. Elle souhaitait dire au revoir à son père dans la plus stricte intimité. Une réception fut cependant organisée avant les obsèques officielles par le ministre de la Défense, réception à laquelle étaient conviés plusieurs membres du gouvernement ainsi que des membres de la famille du défunt. Le Président de la République aussi était présent ce jour-là mais pas Carole malgré tout ce qu’elle avait fait pour que tout se passe bien. Elle demande aussi à sa mère de ne dire à personne, même pas au Président, qu’elle avait été relâchée. C’était déjà impossible de gérer la disparition de son père, elle n’aurait pas supporté d’assister à un évènement folklorique comme celui-là et d’être vue comme la victime apeurée et à consoler. Quelque chose sonnait faux dans tout ça. Son kidnapping, la mort de son père, une voix au fond d’elle lui disait que Joseph Koffi n’était pas juste le père un peu fou qui laissait son fils commettre des actes malveillants , mais aussi le maitre d’œuvre du désordre politique dans lequel se trouvait le pays, quoi qu’on ait pu lui dire et quelles que soient les affaires douteuses dans lesquelles il trempait ses mains, elle était bien décidée à faire tomber le ministre de la défense, une fois que l’effervescence autour de la mort du colonel Hada serait retombée. Elle savait déjà vers qui se tourner, le lieutenant-colonel Marina Meka qu’elle savait amie avec son père. « On ignore toujours ce qui a pu se passer réellement dans le grand nord, les circonstances de la mort du colonel Hada sont encore très floues », avait confié Joseph interviewé sur un plateau de télévision d’une chaine locale. L’insécurité planait et le plus important était de trouver un homme qui puisse tenir le rôle qu’avait Édouard au sein de l’armée. C’était évidemment au ministre de la défense de trouver cette personne-là. Après plusieurs discussions avec le Président de la République, ils s’accordèrent alors sur l’homme qui devait reprendre les reines des forces armées de la nation. Avant cela, il y eut un léger remaniement. Le colonel Hada était très respecté et avait une grande influence dans l’armée, mais il y avait un chef direct au-dessus de lui, le général. Le remaniement effectué par le ministre de la défense sous la supervision du chef de l’État consistait à destituer l’ancien général pour que le remplaçant d’Édouard ne soit non pas un colonel mais un général. Celui occupant le poste n’eut pas d’autre choix que d’accepter de démissionner après les menaces reçues de Joseph en rapport avec des choses illégales qu’il avait commises et pensait jusque-là secrètes. Joseph a un œil partout, il place des pions et les dirige avec habileté au moment opportun. Le nom de l’homme qui servirait à présent les intérêts machiavéliques de Joseph ne sera révélé que plus tard. Si Joseph faisait partie d’un groupe secret contre le Président, le colonel aussi dirigeait un groupe restreint d’hommes dévoués à la cause du Président dont faisait partie Marina Meka et trois autres membres plus ou moins influents de l’administration. Avant la disparition du colonel, aucun d’eux n’était au courant de l’affaire entre Joseph et lui. Ils étaient loin d’imaginer les intentions réelles du ministre visant à prendre le pouvoir. Ils furent donc informés par Marina qui l’avait su du colonel avant sa disparition. Les révélations d’Édouard étaient cependant assez vagues, il fallait des preuves, mener une enquête approfondie pour savoir qui d’autre était derrière ce complot, en apparence, si bien orchestré. Si la tâche semblait ardue, Marina était loin de s’avouer vaincue…

 

-On sait qui est notre ennemi. Lança Marina debout devant le reste du groupe. Est-il le pion le plus important du maillon ? En apparence oui mais nous l’ignorons totalement. C’est là notre but ; chercher avec qui il travaille et trouver un moyen de tous les mettre derrière les barreaux. Le pouvoir du ministre de la défense est important mais nous pouvons le neutraliser. Maintenant que Hada est mort, on sait qu’il voudra le remplacer et mettre quelqu’un qui marchera comme il a toujours voulu à la tête de l’armée, poursuivit-elle en Commandant briefant son équipe avant une opération sur le terrain. <<Ce qu’on ne sait pas encore c’est qui sera choisi, qui peut être assez stupide pour se ranger du coté de Joseph>>. La scène se passait dans un lieu tenu secret par le groupe dans la ville de Yaoundé, capitale du Cameroun. Tous les quatre étaient autour d’une table, sauf Marina debout devant eux.

 

– Il ne faut pas forcément être stupide pour se ranger de son coté, lança un homme assit à l’autre bout. C’était Siméon Mbouna, un homme relativement vieux mais le plus jeune de tous les hommes présents à cette table, secrétaire d’État d’un ministre en fonction.

 

– Si on envoie des soldats se battre, nous défendre et parfois mourir, Siméon, c’est parce que nous pensons faire ce qui est juste, nous pensons faire ce qu’il faut pour protéger notre pays. Nous pensons et vivons pour que notre pays demeure un lieu de paix, reprit-elle dans un élan de patriotisme, le poing serré et le regard fixe. Alors oui ; oui, ce serait stupide d’accepter les avances…les avances démoniaques même d’un homme qui veut prendre le pouvoir par la force, alors que nous, ce que l’on veut pour le Cameroun, c’est le progrès et l’évolution des consciences.

 

Il n’y avait rien à ajouter à ces paroles. Siméon ne put qu’acquiescer. En fin de réunion, un autre homme qui semblait plus proche de marina que les autres alla la voir et lui promit de faire de son mieux en usant de ses relations et de son autorité au sein du gouvernement pour trouver qui Joseph envisageait de mettre à la place d’Hada.

 

-Merci de ne pas tourner le dos à notre alliance malgré ce que nous avons subi, Peter. Dit-elle à l’homme.

 

-Je veux que nos enfants grandissent dans un État libre quand nous ne serons plus là ma chère amie, lui dit-il avec un grand sourire.

 

On reconnaissait bien là les paroles d’un homme sage et mûr.

 

Résidence du colonel Hada quartier Bastos.

 

Le deuil plane encore au-dessus de la résidence. Une maison déjà assez grande qui se vide de ce qu’elle a de plus précieux. La vie en son sein reprend peu à peu son cours et c’est ce moment que Carole a choisi pour débuter sa quête. Avant tout, elle veut dire à sa mère tout ce qui s’est passé pendant son long séjour hors de la maison. Elle vient d’être déposée à la maison par son chauffeur habituel, de retour des courses qu’elle avait à faire. Elle dépose rapidement ses sacs dans le salon et monte à l’étage ou se trouve la chambre de sa mère. Quand elle entre, Carole trouve Jeanne debout devant l’étagère sur laquelle se trouve une photo du colonel. Elle est encore en robe de nuit, nous sommes un vendredi midi. Elle vient donc à peine de sortir de son lit. Carole remarque alors la tristesse sur le visage de sa mère, s’approche d’elle puis passe sa main sur son dos et lui dit:

 

-Il nous manque à tous, maman. Jeanne remet le portrait de son homme sur l’étagère, puis retourne vers son lit, l’air tout aussi étrange qu’avant l’arrivée de Carole.

 

-Maman…tout va bien? Jeanne se pose sur le bord de son lit et demande à sa fille de venir s’asseoir près d’elle.

 

Carole, perplexe, s’approche avec une mine traduisant son incompréhension de la situation. Jeanne lui prend alors les mains et dit…

 

-J’aimais un autre homme en dehors de ton père, chérie. La nouvelle ne semblait pas choquer la jeune fille qui avait plusieurs fois imaginé la situation présente étant donné les multiples voyages de sa mère.

 

-Cela arrive à de nombreuses personnes, maman.

 

-Non, chérie. Je n’ai pas juste eu un béguin, un amour passager ou une relation d’un soir. J’aime un autre homme que ton père et cela fait un an et demi que ça dure. Jeanne commence à sentir les mains de sa fille quitter les siennes.

 

Mais Carole est loin d’avoir entendu la partie la plus horrible. Elle est déçue par ce que sa mère vient de lui dire. Elle lui avoue ceci un mois à peine après la mort de son père. Elle se retient de dire quelque chose qui pourrait blesser sa mère étant donné le courage qu’il lui a fallu pour le révéler. En plus, Carole sait au fond d’elle que l’amour de sa mère va d’abord et avant tout à son père. Elle tente donc de ne pas s’énerver et de faire comprendre à cette dernière, même si les deux femmes sont loin d’être très intimes, qu’elle la soutient. Mais Jeanne n’a pas fini ses propos.

 

-L’homme à qui j’ai donné mon cœur…c’est Joseph. Le ministre de la défense.

 

L’espace d’un instant, Carole semble mourir à son tour. Elle se trouve couchée près de son père à l’intérieur de la tombe, dans son cercueil, elle le voit se lever, apprendre cette nouvelle et mourir de nouveau de chagrin, le cœur anéanti par la femme qu’il avait toujours aimé. Elle a le souffle coupé et n’entend même plus sa mère parler. Son cœur ne cesse de battre, à une fréquence au-dessus de la normale, elle frôle l’arrêt cardiaque et bientôt, la mort. Mais elle revoit son père qui l’aime, qui souhaite le meilleur pour elle. Il veut la voir devenir une femme importante, une grande femme autant qu’il fut un grand homme. Elle reprend ses esprits et se lève du lit.

 

-Carole crois-moi, ton père n’était pas l’homme que tu penses. Un sentiment remonte en Carole, la haine. Elle méprise et méprisera à jamais sa mère pour ce qu’elle vient de faire. Après avoir révélé sa liaison avec Joseph, elle salit la mémoire de son père mais ne s’arrête pas là pour autant…

 

-Ton père avait une liaison avec Marina Meka, cette…cette idiote, cette forcenée. Jeanne change et ce qui se lit sur son visage, c’est un mépris réel. Comme si Marina était effectivement la cause de toute l’histoire qu’elle venait de révéler. Bouillonnant de colère, Carole révèle alors à sa mère ce qu’elle pense être la chose qui lui fera sûrement changer d’avis sur son « amant de la défense ».

 

-Écoute-moi bien, dit Carole le doigt tendu vers sa mère. Ton Joseph, c’est lui et son cher fils qui m’ont kidnappé puis livré, moi ainsi que Stephan et Diane, à des terroristes maman. Tu entends ce que je dis? À des terroristes, je dis.

 

-Je sais tout ça…avoue-t-elle sèchement à sa fille qui, comme si l’on avait enclenché un mécanisme en elle, se met à verser des larmes à n’en plus s’arrêter. Elle n’a pas de mots pour répondre à ça.

 

Elle est anéantie. Elle sent qu’elle va perdre ses moyens et peut-être même la tête. D’un bon rapide, elle se retrouve hors de la chambre de sa mère et referme violemment la porte derrière elle puis disparaît dans la nature. Elle a pris une voiture et tente désespérément de joindre Stephan qui finit par répondre, lui faisant comprendre qu’il était occupé mais qu’il allait la rejoindre aussitôt qu’il aurait terminé ce qu’il avait à faire… Qu’est-il donc arrivé dans le grand nord? Carole a été libérée comme il se devait. Mais pourquoi Stephan et Diane, certainement, sont-ils toujours libres et en vie? En ce qui concerne Diane, après sa libération, elle quitta définitivement Yaoundé et rentra s’installer chez ses parents à Douala, à qui elle avait dit ne plus vouloir étudier dans la capitale. Ceux-ci n’ayant opposé aucune résistance, acceptent d’inscrire leur fille dans une école privée de la ville. Quelque part dans le quartier administratif de la ville de Yaoundé, un homme vient de raccrocher son téléphone, sortant d’un ministère. Il marche alors vers sa voiture garée dans un parking juste en face, de l’autre côté de la route. Il regarde autour de lui, il a une étrange impression, comme si quelqu’un, quelque part, le surveillait. Il s’arrête et observe chaque passant d’un air méfiant. Il est soudain transporté dans un délire paranoïaque. Les bruits autour de lui sont alors accentués: klaxons, ronflement de moteur, vrombissement de moto-taxis qui semblent ne plus s’arrêter, il est bientôt pris d’un malaise. Pourquoi cette étrange impression? Il se sent tomber quand soudain on lui saisit le bras. Il sursaute et reprend ses esprits. Un jeune homme lui rapporte un paquet qu’il avait, semble-t-il, oublié à l’intérieur du bâtiment. Il vérifie son contenu, tout est là. Il enlève ses verres pour les nettoyer et les remet ensuite sur son visage en sueur malgré le léger vent frais qui souffle sur la ville. Il traverse la route en regardant bien de gauche à droite et même derrière lui. Il débloque sa voiture et rentre à l’intérieur. Il regarde une fois encore autour de lui, rien. Il pousse un grand soupir de soulagement puis démarre. Et là, le véhicule explose au vu de tous, tuant deux passants. UN ATTENTAT à la bombe? Au cœur de la capitale? Il y a effectivement quelqu’un qui l’observe bien loin de la scène, à bord d’une voiture. Sa silhouette est méconnaissable. Après l’explosion, il démarre et s’en va. On en parlait bientôt dans tous les médias. Un attentat terroriste sur le sol camerounais, au cœur même de la capitale. La menace a-t-elle été mise à exécution par cet homme apparu, il y a quelques temps, sur la chaine nationale? À quoi s’attendre dans les prochains jours… Le lieutenant-colonel Marina Meka est debout devant son écran de télévision, on repasse en boucle les images du véhicule qui brûle après l’explosion. Elle reconnaît l’endroit ainsi que le véhicule. C’est avec elle que cet homme venait de discuter, son ami et allié Peter André Ondoua, le procureur général de la république. Hasard ou coup prévu, personne n’est au courant de leur alliance… Comment donc comprendre ce qui vient d’arriver ? Joseph aurait-il autant d’influence et de pouvoir ? Jusqu’où peut-il encore aller…

 

By Mark William, Tous droits réservés.

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One comment

  1. Hummm j’aime beaucoup.

    RIP Monsieur Le Procureur Général De La République.

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