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Bébé ça va aller (suite 2)

-III-

Elle est arrivée aux aurores le surlendemain. Sur mon bureau, ma veste d’avant-hier, lavée et repassée.

  • Bonjour monsieur Akwame.
  • Mademoiselle Dikosso. Comment allez-vous ?
  • Bien monsieur.
  • Asseyez-vous en face moi, je voudrais qu’on parle.
  • Euh…d’accord monsieur, dit-elle suspicieuse.
  • Je sais que vous n’allez pas apprécier aux premiers abords mais croyez-moi c’est une offre que vous ne pouvez pas refuser.
  • Monsieur…
  • Ne m’interrompez pas. Je voudrais vous proposer de prendre un autre statut celui d’apprenti et d’assistante personnelle. Ça vous demandera beaucoup de boulot mais au moins vous cesserez de travailler dans ce bar. Et vous aurez l’occasion de proposer des plans et des maquettes ; vous vous ferez la main comme architecte et comme ça vous aurez une augmentation substantielle.
  • Monsieur Akwame ! Je ne vous ai pas parlé de ces problèmes pour que vous…
  • Arrêtez avec votre fierté mal placée ma petite Julie soyez raisonnable pitié.
  • Je ne peux pas ! Je ne veux pas vous être redevable autant je vous en prie.
  • Bon je me disais aussi que vous refuseriez ; je vous propose néanmoins de prendre un deuxième boulot moins prenant. Maman a besoin d’un assistant- gestionnaire au salon de coiffure ; organisée comme vous êtes ça ne devrait pas être au-delà de vos compétences. Vous en dites quoi ?
  • Merci mais ça ira monsieur Akwame franchement. Si ça vous embête que je travaille dans ce bar je peux me trouver un autre emploi mais je vous en prie vous faites déjà assez en me prenant ici je ne veux pas abuser sérieusement.
  • Vous n’êtes pas raisonnable. Bon voici ma dernière offre. Vous prenez l’offre d’assistante et apprentie sans augmentation pour le moment mais par contre, je vous fais un prêt pour tous vos investissements que vous rembourserez à chaque échéance de salaire sur un an comme une banque.
  • Thomas !
  • Julie ne discutez pas. Prenez une de ces offres je vous en prie. Je vous en supplie… vous savoir obligée de bosser comme une forcenée même vos jours de cours me révolte. Si vous voulez avoir deux emplois autant que ce soit au même endroit et dans un endroit où vous apprendrez sur le métier de vos rêves. Soyez raisonnable pitié.
  • Je… laissez-moi au moins du temps pour réfléchir monsieur.

Le peu de temps dura une semaine. Une longue semaine durant laquelle elle a évité mon regard, passé le moins de temps dans notre bureau ; ma plus longue période d’attente je crois. Elle y mit fin un après-midi après le boulot.

  • Monsieur Akwame.
  • Mademoiselle Dikosso.
  • Je… je voudrais qu’on discute.
  • Bien asseyons-nous.
  • Par rapport à vos offres. J’ai fait mon choix. Je choisirai… l’option du prêt. Mais j’aimerais savoir combien d’heures de plus par semaine je devrai faire ?
  • ça dépendra de ton programme de cours on prendra environ soixante-dix pour cent de ton temps libre les jours ouvrables et tout ton samedi sauf les jours où tu auras d’autres contraintes.
  • Très bien.

Et c’est comme ça que les ennuis ont véritablement commencé mais ni elle ni moi ne le savions à ce moment-là.

J’avais pris l’habitude de raccompagner Julie les soirs où on finissait tard. On est donc Samedi, on a bossé toute l’après-midi et une bonne partie de la soirée. Il est vingt-trois heures moins quand on arrive devant son immeuble. Honte à moi, c’est justement au moment où elle veut ouvrir sa portière que mon estomac grogne violemment. Je me rappelle que je n’ai pas mangé depuis hier matin en fait.

  • Hum tu n’as pas mangé depuis quand Thomas ?
  • Euh… hier…
  • Et tu tiens debout ?
  • Oui t’inquiète je tiendrai bon jusqu’à chez moi ?
  • T’es pressé ?
  • Euh non pas spécialement…
  • Bon alors montes j’ai fait du poulet en partant tu pourras au moins faire un vrai repas ce soir.
  • Je… euh…
  • J’invite juste mon grand-frère à manger. Cache tes mauvaises intentions. Tu tentes quoi que ce soit je crie et les voisins ne te feront pas de cadeau.
  • Ha haha, c’est demandé si gentiment que je ne peux dire non.

Je l’ai donc suivi dans les escaliers étroits jusqu’au troisième étage. Elle a ouvert la porte sur un petit salon-cuisine plutôt simplet. Les seuls meubles : celui de la cuisinière, une étagère pour la vaisselle, une table basse, un petit meuble pour la télé et deux poufs posés à même le tapis. Mais je ne sais pas pourquoi j’ai bien aimé.

  • Comme tu peux le voir ce n’est pas encore très emménagé ici donc euh… bon tu fais comme tu peux.
  • Sans soucie Julie.

Et elle s’est mise au fourneau s’était magnifique. Alors que les effluves de ses plats me charmaient déjà, la musique qu’elle avait mise et ses petits déhanchements de temps à autres m’hypnotisaient. Pendant qu’elle salait poivrait et assaisonnait son poulet et son riz pilaf on causait de tout et de rien comme deux amis ou simplement un frère et sa sœur. Mais je ne pouvais m’empêcher de temps en temps de me perdre dans d’autres styles de pensées ; pas besoin de vous faire un dessin. Nous dégustâmes son délicieux poulet dans cette même belle ambiance. Quand je m’apprêtais à lui faire mon au revoir, il était près de minuit trente. Je suis sur le pas de sa porte, elle me sourit et on se dit tous les deux que c’était une bien belle soirée.

Alors que je m’en vais fier d’avoir résisté à mon envie de l’embrasser passionnément sur son palier, quelle n’est pas ma surprise de croiser une petite ordure adossée sur ma voiture. Une petite ordure que je connais très bien.

  • Qu’est-ce que tu fous là Alan ?
  • C’est la question que j’allais te poser Tommy ? Alors c’est ta petite amie et tu as enfin réussi à conclure ? Ca fait au moins dix soirs que tu la raccompagnes ; elle a enfin fini par céder c’est bien petit. Et dire que tu en as voulu à papa de coucher avec une de ses secrétaires alors que tu suis ses traces… Franchement t’es pitoyable tout de même.
  • Fermes là Alan ! Je n’ai rien avoir avec celui que t’appelles père et laisses Julie en dehors de nos histoires et dis-moi pourquoi père t’envoie.
  • Ok patron ne montes pas sur tes grands chevaux s’il te plait. Papa voudrait que tu fasses un dernier petit boulot pour la famille.
  • C’est aussi ce qu’il a dit les deux dernières fois pour les deux derniers petits boulots. Mais je trempe plus dans vos magouilles foutez-moi la paix sincèrement, foutez-moi la paix. C’est fini pour moi tout ça je suis clean maintenant alors laissez-moi. Dis-lui que c’est non !
  • Tu es sûr ? Tu n’as même pas entendu de quoi il s’agit petit frère !
  • Je n’ai pas besoin de le savoir ! Je suis clean maintenant pitié foutez-moi la paix.
  • Bien… mais tu connais papa, il ne cèdera pas aussi facilement que je pourrais le faire ; et puis tu n’es plus seul mon petit… ta petite chérie en haut…
  • Ne t’avise même pas de t’approcher de …
  • Ola, ne me cravates pas aussi violemment tu pourrais m’étrangler comme ça. Je ne lui veux pas de mal à ta petite chérie. Moi je suis un homme de paix mais notre père donne de cruels ordres et moi les ordres… je les exécute simplement, tout comme notre petit frère Arthur ou notre cousin Milo. Fais ce que père te demandes et quittes derrière les ennuis petit.
  • Grrr, espèces de…, que veut-il ?
  • Montes dans ta bagnole et suis-moi chez moi je vais t’expliquer le coup.

Et c’est ce soir où je dû recommencer la boucle infernale entrainant malgré moi la petite Julie.

 

 

-IV-

J’exécrais ces moments. Assis dans mon cabinet, un verre de whisky à la main, regardant d’un œil distrait les plans que je devais achever pour la villa du ministre Mfoula ; je repensais à l’horreur du contrat que j’avais dû exécuter pour père. Cela faisait trois ans que j’avais réussi à repousser ses contrats diaboliques ; trois ans que j’essayais de me racheter une conduite mais voilà c’est fini, j’ai replongé. C’est détestable, affreux. Le reflet de mon visage dans la vitre me dégoûte. Je ne suis qu’un monstre, une abomination.

Tout ce sang, ce sang souvent innocent qui coule sur mes mains. Les cris dans ma tête, les supplications du petit Adamou ; les larmes de sa mère, les cris de sa sœur… Je n’en peux plus de les réentendre ! Leurs visages hantent et submergent mon esprit ; je ne trouverai plus jamais le sommeil. Déjà deux semaines que j’ai dû accomplir le contrat mais je ne réussis pas les enterrer dans mon esprit. La presse qui en parle et en reparle encore et encore ne m’aides pas. J’ai mal et je me sens sale ; le boucher invisible est de retour c’est tout ce qu’ils peuvent dire ; c’est cet abominable nom qu’ils me donnent et je dois vivre en feignant que ce n’est pas le mien. Vivre comme si ce n’était pas moi qui tuais de sang-froid tous ces gens.

Vivre en me disant à moi-même que ce n’est pas moi qui ait étouffé monsieur Aziz dans son sommeil ; vivre en essayant de masquer le souvenir de sa femme suffoquant jusqu’à pleurer du sang tandis que je l’étranglais à mort. Je dois vivre en supprimant de ma pensée la voix du petit Amadou que j’ai récupéré dans le fond de son armoire avant de lui tordre le cou d’un geste sec ; je dois m’empêcher de plaindre sa sœur que j’ai dû éviscérer selon la demande de père. Une toute jeune fille, une pauvre famille, encore une autre sur les quinze que j’ai déjà rayé de la carte pour l’intérêt de ma famille.

Des banquiers qui nous  refusent des prêts pour nos stations de pétroles. Des pharmaciens qui refusent de coopérer pour notre commerce de drogue et de médicaments. Des politiciens qui refusent de plier leurs partis à nos intérêts. Des directeurs, des enseignants, des ingénieurs, même de simples employés gênants tous y sont passés, pour le bien des affaires et la sécurité de la famille.  Pourquoi père nous envoie t’il nous salir les mains pour ces conneries ? Ne peut-il pas se payer de bons hommes de main ? Pourquoi toujours ses fils ? Je me pose la question depuis mes sept ans. Depuis ce sinistre jour où l’on m’a mis une arme dans les mains pour tuer mon premier sous-fifre ; depuis toutes les premières d’entrainement que j’ai dû subir, les premières haltères de trente kilos que j’ai porté à huit ans. Je me demande pourquoi nous…

Et d’ailleurs pourquoi moi ? Pourquoi ne peut-il pas accepter que je prenne une retraite de ces choses ? Et mère qui fait semblant de ne rien voir et qui tolère tout ça ! Il aurait pût envoyer Alan ; il les aurait tués délicatement au poison ou par électrocution. Il aurait pût laisser Arthur s’en occuper, il aurait maquillé ça en cambriolage armé, il adore ça. Mais non quand il veut faire passer des messages il m’envoie ; il m’envoie faire de sales besognes et torturer de pauvres gens. Au départ j’étais stupide et exécutais ce qu’il fallait faire tant qu’il le fallait ; mais j’avais réussi à prendre mon indépendance et m’en aller. Il ne pouvait plus me forcer à rien. J’étais tranquille ; tranquille jusqu’à ce qu’il trouve mon nouveau point faible : Julie…

Est-ce que ça va continuer comme ça longtemps ? Il faut que je me débarrasse d’elle avant qu’il ne soit trop tard tant pour elle que pour moi. Je ne veux plus avoir à tuer parce que je dois la protéger. Il faut que je l’éloigne de mes frères et de moi ; je ne peux pas lui faire vivre ce qu’a vécu la pauvre femme d’Alan. Elle est morte en couche avec un petit juste parce que père a réquisitionné son idiot de mari pour un contrat et que cet imbécile s’y est d’abord refusé avant d’y aller et d’échouer lamentablement. Les vengeances de père sont infernales ; faire écraser sa propre belle-fille enceinte de son premier petit-fils ; cet homme est le diable en personne. La pauvre femme a rendu l’âme seule dans une chambre d’hôpital miteuse alors que son mari était à l’étranger à ne rien foutre. Du grand n’importe quoi.

Je ne supporterai pas de…

  • Thomas, ça va ?
  • Euh… Julie tu es là depuis quand ?
  • Depuis environ dix minutes… et j’ai essayé de te dire bonjour mais tu n’as pas répondu… ça va ?
  • Oui, oui ça va Julie, ça va.
  • Thomas ne me mens pas s’il te plait. Tu es dans un état étrange depuis le diner chez moi. Je n’ai pas posé de questions parce que je ne voulais pas paraitre étrange ou mal intentionnée mais je sens bien qu’un truc a changé en toi et entre nous. Qu’est-ce qu’il y a ?
  • Julie… n’essaies pas de comprendre ça va ; ce n’est pas contre toi et oui c’est moi ; ça n’a rien avoir avec le diner c’était la meilleure soirée que j’ai passé depuis un bon bout de temps je te le jure.
  • Je ne demande pas le ciel Thomas ! Je veux juste savoir ce qui ne va pas dans ce cas.
  • S’il te plait, lui dis-je en la prenant dans mes bras ; n’insistes pas je t’en prie. Et on a du travail, beaucoup de travail concentrons-nous dessus.
  • Je… Bien monsieur Akwame.

J’avais réussi à la détourner du sujet mais mon esprit bouillonnait sur le comment sauver cette pauvre petite. J’ai pensé à la renvoyer mais ça ne changerai rien elle serait toujours dans la ville et vu qu’ils savent mes intentions et mes sentiments à son égard elle sera toujours en danger. Un Ahanda n’a définitivement pas le droit d’aimer et d’avoir  une vie normale. Tout ça et elle ne sait même pas que je l’aime et qu’elle me plait. Payer le prix d’un amour qu’on ne vit même pas… Du grand n’importe quoi.

 

A suivre…

FAHI Leila, Bébé ça va aller;

Collection midnight novels by l’Afrique écrit;

Tous droits réservés.

 

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