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Bébé ça va aller (suite 1)

-I-

  • Maman ! Vu que je te dis que je n’ai pas besoin d’une secrétaire enfin !?
  • Thomas je ne te demande pas ton avis regarde ton bureau ! C’est surchargé, désordonné ; combien de rendez-vous tu as manqué ce mois-ci ?
  • Ça ne te regarde en rien maman. Si j’ai quitté l’entreprise familiale c’est pour gérer mon affaire comme bon me semble alors tu peux dire à père de garder sa secrétaire je n’en veux pas et je ne veux rien avoir à faire avec lui. Ce n’est pas contre toi mais je veux m’éloigner de son influence et de ses magouilles maman et tu devrais en faire autant.
  • Laisses ton père Tommy, ne le juges pas il n’a pas eu le choix c’est un empire familial et il en a pris la suite. Et ce n’est pas lui qui t’offre une secrétaire c’est moi.
  • Maman…
  • Eh mon fils si tu aimes encore ta mère acceptes mon présent s’il te plait. Et c’est une jeune femme bien, très dynamique, elle ne sera même là qu’à mi-temps c’est une étudiante. De plus c’est la fille d’une amie… fais-moi plaisir Tommy…
  • Déjà arrêtes de m’appeler Tommy je n’ai plus cinq ans. Maman j’ai vingt-cinq ans apprends à me voir comme un homme s’il te plait.
  • Je te vois comme un homme, amour… mais acceptes s’il te plait pour l’amour de ta pauvre mère…
  • Pff, ais-je vraiment le choix ? Je la prends à l’essai pour un mois mais je veux d’abord lui faire passer un entretien et c’est moi qui m’occuperai de son salaire pas toi.
  • D’accord mon Tom… Thomas. Elle nous attend donc.
  • Comment ça elle nous attend !?
  • Je lui ai dit de ranger ta salle de réunion en nous attendant.
  • Maman !
  • Allez viens.

Voilà donc que je pousse la porte de la salle de réunion ma mère derrière moi. Et là, je suis foudroyé ! Ses yeux grands ouverts plongent dans les miens ; la créature porte une pile de dossiers dans ses bras ; elle semble surprise et reste comme figée mais son regard demeure ancré dans le mien. Elle se mord la lèvre et l’angoisse se lit sur sa face ; j’ai parfois ce drôle d’effet sur les gens. Deux mètres pour cent dix kilos de muscles en complet noir, agrémentés de ce regard furieux et de cette barbe épaisse, il n’y a rien pour rassurer cette pauvre petite femme ou fille je ne saurais encore le dire. Ma mère me pousse pour rentrer.

  • Thomas Ahanda Akwame Junior ! Regardes comment tu tétanises la pauvre enfant. Est-ce que ce sont des manières ça. Non mais je vous jure… Excusez le ma petite Julie, il est parfois un peu rustre mais c’est un gentil garçon.
  • Euh… c’est… c’est rien madame Ahanda. Bonjour monsieur Ahanda.

Elle dépose les dossiers sur la table, semble plus rassurée, s’approche de moi et sourit timidement en me tendant la main. Je la lui serre, elle est d’une douceur époustouflante. D’ailleurs dans ce  petit tailleur, la fameuse Julie est sublime mais je dois reprendre mes esprits. Le sourire de ma mère m‘agace ; ça pue la manigance et elle a bien lu mes pensées. Bon j’ai déjà dit que je la prenais alors je la prendrai ; un mois tout juste et je vire cette petite tentation d’ici.

  • Je préfère que vous m’appeliez monsieur Akwame ; Ahanda c’est mon père pas moi.
  • D’accord monsieur Akwame.
  • Bien asseyez-vous pour un petit entretien.
  • Bon moi je vous laisse alors les enfants. J’ai des rendez-vous au salon de coiffure ; à bientôt ma petite. S’il vous embête vous savez où me trouver. Tommy tiens-toi bien.
  • Maman !?

Trop tard elle avait déjà tourné les talons pour me laisser avec la petite. J’engage donc l’entretien.

  • Bon euh… commençons par les présentations. Vous le savez je suis Akwame Thomas architecte ; je préfère le redire vous m’appellerez monsieur Akwame rien de plus rien de moins. Est-ce clair ?
  • Oui monsieur Akwame.
  • Présentez-vous.
  • Euh… Je suis Julie Dikosso, j’ai vingt ans et je suis étudiante en art à l’Université de Douala.
  • Euh… Je suis quelqu’un de très organisé et travailleuse, … et euh… si j’ai voulu ce boulot c’est pour gagner de quoi arrondir mes fins de mois. Je suis très ponctuelle et engagée mais je travaillerai à mi-temps selon le programme de mes cours à l’université si vous le permettez.
  • Euh… euh… j’ai beaucoup de respect pour le métier d’architecte et j’envisage d’ailleurs après ma licence… que je fais actuellement d’ailleurs de passer un concours pour l’école nationale d’architecture ; ce sera un honneur d’apprendre auprès de vous monsieur. Je manie très bien l’outil informatique et j’ai de très bonnes notions de programmation et d’infographie… Je…
  • Combien ?
  • Euh… Combien ?
  • Votre salaire mademoiselle Dikosso combien ?
  • Euh…
  • Vous ne savez pas combien vous voudriez être payée ?
  • Euh… Cent, répondit-elle hésitante ; cent mille monsieur Akwame.
  • Pour du travail à mi-temps ? Vous voulez rire…
  • Je pense que…
  • Soixante-quinze mille, je vous donne soixante-quinze mille et vous n’aurez rien de plus de ma poche. Vous serez là à l’essai pour un mois. Après je verrai si je vous garde ou pas.
  • Bien monsieur.
  • A présent continuez votre travail de rangement, dès que vous finirez vous passerez dans mon bureau préparer votre espace de travail.
  • D’accord monsieur.

Et une trentaine de minute plus tard, j’observais sa jolie silhouette s’allonger pour déposer des dossiers sur le haut de l’étagère. Il faut avouer qu’elle n’est pas très grande un mètre soixante-cinq je dirai mais elle est sublime. Des courbes parfaites ; la mythique guitare que milles décrivent… n’est-ce pas désirable ? Je devrai lui demander de mettre des Kabba parce que franchement avec des tailleurs, des jupes droites ou pires des pantalons je ne m’en sortirai pas ici. Mais punaise arrêtes de divaguer c’est une employée et ce serait surement tomber dans le piège de maman.  Elle et ses idées saugrenues pour me caser. Si ça se trouve, la gamine est de mèche… enfin nous verrons bien. En attendant concentrons-nous je dois finir ses plans pour demain.

 

 

 

-II-

Mais mes soupçons étaient infondés. Cette fois-ci ma mère n’avait rien manigancé ou du moins Julie  n’en avait aucune idée. Après son mois à l’essai, je n’eus d’autres choix que de la prendre. Elle était bien trop serviable et honnête et son travail était irréprochable. Je lui ai dit de renouveler sa garde-robe afin de ne plus trop en dévoiler et elle s’y est pliée du moins autant qu’il a été possible. Et au-delà de tout j’adorais sa compagnie ; respectueuse, aimable, intelligente, souvent drôle mais sachant être sérieuse, c’était un adorable bout de femme.

Un soir toutefois j’eus une désagréable surprise. J’étais descendu dans un bar pour un rendez-vous avec mon pote Julien. J’étais un peu en retard. Quand j’entrai, je le trouvai entrain d’embêter une mignonne petite serveuse qui se débattait avec lui pour qu’il la libère de son étreinte. Mais petite comme elle était… Je décidai de lui venir en aide une fois proche de mon ami.

  • Allez Julien fout la paix à la demoiselle tu vois bien qu’elle ne veut pas de toi. Qui voudrait d’un gougeât comme toi ?
  • Tu peux parler monsieur le moine. Allez t’as ta chance ma jolie que mon ami soit là. Mais laisses-moi ton numéro on ne sait jamais.

Quelle ne fut ma surprise quand se retournant pour s’enfuir la jeune femme tomba dans mes bras. Me regarda paniquée puis s’enfuit dans l’arrière-boutique ; c’était Julie je n’en revenais pas. Je feignis de ne pas la connaitre pour pas que Julien me pose trop de questions. On discuta ensemble deux heures durant ; du coin de l’œil, je surveillais Julie qui faisait son service, esquivant çà et là quelques mains baladeuses qui m’exaspéraient au plus haut point. Alors que j’entamais ma deuxième bière, la femme de Julien l’appela et il dû s’en aller précipitamment. J’étais à la moitié de ma bière quand je vis Julie sortir du bar ; elle devait avoir fini son service. J’abandonnai la bouteille pour la suivre et lui demander quelques explications.

  • Mademoiselle Dikosso ! Attendez !

Elle s’arrêta, se retourna vers moi tête baissée. Elle devait avoir honte.

  • Je pensais que vous étiez étudiante ? Vous faites quoi dans un endroit pareil vous n’aviez pas cours aujourd’hui ?
  • Parlez, je vous écoute.
  • Excusez-moi monsieur Akwame mais cela ne vous regardes en rien je suis désolée.
  • Ça ne me regarde en rien ? Ma secrétaire me ment pour venir bosser dans un petit bar louche où elle se fait tripoter par je ne sais qui et ça ne me regarde pas ?
  • Je ne… Je ne vous permets pas monsieur ! Déjà je ne vous mens pas et je ne suis pas le genre de femme que vous sous-entendez que je sois. Ce que je fais hors de vos bureaux relève de ma vie privée, je vous prierai de respecter ça.
  • Et puis quoi encore ? Vous allez en cours là tout de suite peut-être ? non, je présume que non. A 22h !? Vous êtes sortie cet après-midi et m’avez laissé croire que votre programme de cours prévoyait une séance de TP pour aujourd’hui je crois bien. C’est votre TP que vous faisiez dans ce lugubre endroit ? hum… franchement…

Vlan !  Elle vient de me donner une énorme claque. Je n’en reviens pas ; cette petite chose furieuse et excédée m’a frappé ! Et elle soutient mon regard qui plus est. Elle est furieuse et c’est vrai que pour le coup j’ai un peu fait le con. Mais qu’à cela ne tienne ; oser me gifler !? Moi, son patron !!! Je sens ma colère monter, ma mâchoire se contracter, mon poing se serrer. Elle sent que je suis furieux et déglutis en faisant un pas en arrière effrayée…

  • Euh… je…, balbutie-t-elle.
  • Hum !
  • Pardon monsieur, je… je suis désolée, absolument désolée. Je ne voulais pas vous gifler c’est que…

Elle n’a plus de mots je sens qu’elle est un peu dépassée. J’ai presque l’impression qu’elle est au bord des larmes et ça suffit à me calmer. Sa petite lèvre tremble, elle s’est un peu perdue dans ses pensées et je crois qu’elle a vraiment très peur. Je m’approche, elle le réalise et recule instinctivement avant de lever vers moi un regard larmoyant. Une, deux, trois gouttes de pluie tombent puis c’est l’averse ; Douala et ses pluies franchement. Elle lâche, une larme perle sur son visage avec les gouttes de pluies. C’est trop pour moi, je craque je ne le supporte pas. Je m’approche mais elle recule toujours jusqu’à se retrouver contre un mur ; elle cherche du regard une échappatoire omettant de m’observer pour comprendre que je n’ai pas de mauvaises intentions à son égard. Je suis près d’elle, dépose les mains sur son visage pour essuyer les larmes qui y perlent mais elle continue de pleurer. Je lève son menton pour qu’elle me regarde, elle hoquète.

  • Mademoiselle… Julie… calmez-vous s’il vous plait ça va. Je vous demande pardon je ne voulais pas vous mettre dans cet état. Je suis désolé… vraiment désolé. Vous me pardonnez ?
  • Je…

Elle se contente de hocher la tête, c’est tellement mignon on dirait une enfant je ne tiens pas, je la serre contre moi. Petit à petit, je la sens plus calme, elle respire plus calmement et essayes même de se dégager de mon étreinte.

  • Euh… on ne devrait pas rester dehors. Je dois rentrer monsieur.
  • Oui bien sûr désolé, j’avais même oublié la pluie, dis-je en souriant essayant de lui voler aussi un petit sourire. Je vous raccompagne vous voulez bien ?
  • Euh… c’est-à-dire que…
  • Il est 22h 37 à ma montre et si vous pensez que je vais vous laisser rentrer seule sous la pluie vous vous trompez lourdement. Je le demandais juste par politesse. J’ai garé tout près. Prenez ma veste pour vous couvrir et ne discuter même pas.
  • Mais… je…
  • J’ai dit ne discutez pas, vous venez de me giflez alors pour vous faire pardonner vous me laissez, vous raccompagner sans discuter. Et Julie je suis sérieux.
  • Ok monsieur.

On se met donc à courir sous la pluie jusqu’à mon 4*4. Une fois à l’intérieur, je me frotte les mains souffle et observe ma petite protégée qui est emballée dans ma veste comme si c’était pour elle un manteau c’est assez marrant. On dirait vraiment une enfant, c’est mignon.

  • J’habite à Madagascar monsieur.
  • Allons-y.

Le trajet est silencieux du moins jusqu’à ce qu’on tombe dans les embouteillages à Akwa. Je déteste les embouteillages et elle le remarque bien assez vite.

  • Vous savez je peux prendre une moto à partir du carrefour devant vous pourrez tourner et …
  • Ça va, ça va. Ne rêvez pas trop, je vous accompagne jusqu’au pas de votre porte ce soir, Julie.
  • OK monsieur Akwame.
  • Appelles-moi Thomas s’il te plait. On peut se tutoyer en dehors du boulot si tu permets.
  • Euh…, elle prend une grande inspiration je lis sur son visage une certaine gêne.
  • D’accord on se vouvoie, n’allez pas croire à je ne sais quoi. Vous êtes comme une petite sœur pour moi et je voulais juste créer une bonne ambiance de dialogue.
  • Pardon… Thomas.
  • Pourquoi me considères-tu comme ta petite sœur ?
  • Parfois quand je t’observe, ne le prends surtout pas mal mais… tu ressembles à une petite fille et c’est assez mignon. Et je ne sais pas, je ressens ce drôle de besoin de te protéger.
  • Je sais me défendre moi-même et me battre pour ce que je veux, tu sais.
  • Je sais. Et c’est pour ça que tu bosses dans ce bar ?
  • Et j’y suis serveuse ! Rien de plus.
  • Je sais et désolé d’avoir pensé autre chose. Mais pourquoi cet autre boulot ? Tu as le temps pour tes cours ?
  • J’ai besoin d’un peu plus d’argent pour le loyer, un ordi et du matériel pour l’école.
  • Pourquoi tu ne m’as pas demandé une augmentation ?
  • Je sors tout juste de ma période d’essai et je ne veux pas ce genre de faveur Thomas.
  • Mais entre tes études et tout ?
  • C’est dur pour l’instant mais ça ira, je m’habituerai et trouverai comment concilier les trois.
  • Et tes parents ils ne t’aident pas pour le loyer et les charges et d’ailleurs c’est combien ton loyer pour que dans tes soixante-quinze milles tu ne t’en sortes vraiment pas ?
  • Cinquante milles par mois et non ils ne peuvent pas m’aider.
  • Comment ça ?
  • Je ne suis plus à leur charge et je ne leur demande rien.
  • A vingt ans ? Sérieusement ? Mais comment est-ce possible ?
  • Si je te réponds, ne me poses plus de questions après s’il te plait.
  • Euh… ok.
  • J’ai quitté la maison après mon baccalauréat. On habitait à Bertoua mais je me suis enfuie ; on ne voulait plus payer mes études et je devais… bref je me suis enfuie, votre mère m’a accueilli, logé pendant un moment et me voici. J’ai besoin d’argent surtout pour la caution et mettre des meubles chez moi et ce genre de choses.
  • Euh et bien… je…
  • Ne sois pas désolé ce n’est pas ta faute et ça ne regardes que moi…

Du coup nous n’avons plus parlé jusqu’à l’arrivée. Définitivement, ce petit bout de femme m’aura réservé plein de surprises aujourd’hui. Je l’ai regardé entrer dans son immeuble, elle est arrivée chez elle et m’a salué de la fenêtre avant que je ne reparte. Elle va me détester mais je ne supporterai pas de la laisser bosser dans ce bar miteux un jour de plus. Le lendemain je lui ferai une offre.

A suivre…

FAHI Leila, Bébé ça va aller;

Collection midnight novels by l’Afrique écrit;

Tous droits réservés.

 

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