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KATATONIA (1)

C’était horrible !
Je fis un pas en arrière et m’essuyai les lèvres avec le manche transparent de la combinaison qu’on m’avait ordonné d’enfiler. Je soufflai faiblement et usai de toute ma volonté pour refaire le pas que je venais d’annuler et ainsi faire face au carnage devant moi.
Une boucherie. Comment qualifier ce spectacle autrement ?
C’était une chambre d’enfant -Le papier peint représentant Franklin la tortue le signalait d’entrée de jeu. Le sol était décoré d’un joli tapis qui semblait au premier abord très agréable au toucher et je me serai sans doute déchaussée, pour mieux le sentir dans d’autres circonstances. Je soupirai et levai enfin les yeux sur ce qui m’avait fait venir dans ces lieux.
La pièce était un parfait rectangle dont le mur d’en face avait été éclaboussé d’une substance sanguinolente. Deux corps, ou du moins ce qu’il en restait, reposaient à son pied. Je m’avançai vers ceux-ci bien que je n’avais aucune envie de le faire. Sortant mes gants de chirurgien de la poche de ma combinaison, je les enfilai et je m’agenouillai devant le premier corps en me retenant d’inspirer, ça m’aurait fait plus de mal que de bien.
Ça avait dû être un homme. Sûrement de la trentaine. Il avait les épaules carrées, le torse musclé, j’aurais parié qu’il avait été un fervent joueur de football américain au lycée. Je voulu tâter son abdomen mais au lieu de cela ma main s’enfonça dans un amas d’intestins dans un bruit flasque et mouillé. Je me retins de crier. Un bon point pour moi, n’est-ce-pas ?! Je ferai la danse de la victoire une fois arrivée chez moi.
Bon revenons à nos moutons, il manquait à cet homme la chair au-dessus de l’abdomen. Je continuai à palper l’intérieur de l’abdomen. Et hoquetai de surprise.
« – C’est pas vrai chuchotai-je malgré moi en retirant brusquement ma main. Elle était rouge très vif et dégoulinante de cette texture que seule les boyaux possèdent. Je regardai de nouveau l’homme devant moi. Puis me forçai à regarder plus haut… Ses épaules, son cou taché de son propre sang et…
– Doux Jésus…
Son absence de mâchoire. Les deux lèvres avaient été séparées en deux à partir des jointures de telle sorte que seule la lèvre supérieure était encore reconnaissable à l’œil nu. La déchirure avait continué jusqu’aux oreilles. Même le Joker de Batman pâlirait de jalousie. La partie solide de la mâchoire avait été cassée par un objet lourd et tranchant sur la gauche. Ce qu’il en restait pendouillait tranquillement sur le sol. Je continuai mon exploration et constatai avec effroi qu’il manquait à ce monsieur un bout de son crâne. Sa tête avait été maladroitement quoi que violemment fendue en deux inégaux bouts, juste au-dessus de son sourcil gauche, laissant entrevoir une petite parcelle de son cerveau rosâtre. Je voulu fermer les yeux. J’aurais dû les fermer mais je ne le fis pas. Les rouvrir après aurait été pénible.
Courage ma vieille !
– C’est décidé, j’arrête la viande ! Dis-je en me levant. J’en avais fini avec le premier corps. Il me fallait regarder le deuxième bien que j’aurais payé pour qu’on me laisse sortir d’ici.
Le deuxième était incontestablement une femme. La femme de bout de chair n°1 ? Possible. Dans tous les cas, contrairement à lui, elle était vêtue, elle. D’une affreuse robe rose à froufrou. L’aurait-on décapité pour cela ?
Non Katatonia, on n’assassine pas les humains pour ce genre de raison dans le vrai monde !
Je m’agenouillai derechef, cette fois devant bout de chair n°2 et sa robe rose froufrou grossièrement maculée de sang.
Ici le travail avait été bâclé. Manquaient à l’appel sa jambe droite, son index, son majeur, son auriculaire. Seul restait son annulaire et son pouce, annulaire d’où brillait, bien en vue, une belle alliance dorée. Ma pauvre !
Je la lui retirai doucement pas que j’étais fan de lenteur mais, je pensais qu’elle avait eu sa dose de violence, bout de chair, pour cette nuit… et même pour toute une vie, d’ailleurs.
Je rangeai la bague dans un sac en plastique que je déposai à ma droite. Il fallait que je me presse, déjà parce qu’il se faisait tard et ensuite parce que, fricoter avec des lambeaux de cadavres ne m’excitait pas plus que de regarder fripouille, ma grenouille en peluche, se masturber. Je soulevai la robe de la jeune macchabée et frôlai des doigts l’extrémité de sa jambe fendue. Mes sourcils se froncèrent et je regardai de nouveau sous sa jupe. Quelque chose clochait. Lorsque j’aperçue l’information qui me manquait j’acquiesçai silencieusement. Je comprends. Je rabaissai le tissu rose.
La robe était déchirée au niveau de sa poitrine et deux tétons mordillés au sang pointaient joyeusement vers le plafond. De même que ses épaules, bleues d’ecchymoses, son abdomen, intacte cette fois, était couvert de ce que j’aurai pu déclarer de « suçons » mais ces rougeurs étaient trop rouge pour qu’on puisse penser que bout de …
« – Agent Zeeman ! Appelai-je et un grand blond en uniforme bleu se rapprocha de moi au pas de course je le regardai venir vers moi, une grimace sur le visage il n’était d’ailleurs pas le seul je me doutais bien qu’il ne souhaitait pas se rapprocher plus que nécessaire des deux corps mais j’avais besoin d’un renseignement important.
– Mademoiselle Kayne… Un … un souci ? Dit-il, son regard allant de la jeune femme près de moi à moi, puis à ses chaussures jadis impeccable. Je peux vous aider ?
– Oui. Leur nom je vous prie !
– Pardon ?
– Vous n’êtes pas sourd, si ?
– Non, bien sûr, non mademoiselle !
– Dans ce cas, j’attends.
Un moment de silence passa et je soupirai en reprenant.
– Leur nom, agent Zeeman !
– Oh ! Bien sûr, il s’agit de monsieur et madame Scott.
– Prénoms ?
– Agatha et Christian.
– Merci. Vous pouvez disposer, fis-je en retournant à mes chers amis. »
Alors, Agatha et Christian… que disions-nous ?! Nous disions que nous ne doutions pas que Christian était si violent pendant vos ébats sexuels. Quoi que vous auriez pu être des sadomasochistes que nous ne le saurions jamais, n’est-ce pas ? J’agrippai l’épaule droite d’Agatha de ma main gauche et la retournai légèrement. Evidemment, comme je le pensais, son dos était parcouru de griffures et de suçons plus rouges que ceux du ventre. Je redéposai son corps sur le tapis qui fut beige dans une autre vie et mes yeux s’attardèrent sur le visage d’Agatha, seule partie intacte de son corps. Elle était belle. Indéniablement belle !
C’était une blonde aux yeux bleus. Son visage était petit, quelque peu arrondi et possédait de belles joues rondes, un menton et un nez parfaitement fin et droit ainsi qu’une face dépourvue d’acné ou de boutons. Sa peau était hâlée et du peu qu’il en restait, j’avais constaté qu’elle avait la taille fine et les jambes longues. Je n’aurais pu dire si elle était maquillée ou pas tant elle paraissait naturelle. Ses lèvres étaient charnues et … et violets ?
J’ôtai mon gant et enfonçai mon index droit entre ces dernières. J’y sentis des blessures buccales et quelques choses qui ne me plut pas. Je retirai doucement mon doigt et fermai les yeux écarquillés d’Agatha. Une larme glissa sur ma joue malgré moi et c’est là que je compris réellement ce qui s’était passé dans cette pièce. Je me levai.
« – Lebrowski, j’ai fini tu peux y aller, chuchotai-je en me dirigeant vers la seule grande fenêtre à ma gauche. Une petite table en bois brun où se trouvaient des livres et des cahiers m’empêchait d’y accéder, je m’empressai donc de la pousser, elle et la chaise qui allait avec, vers la droite, et ouvrai les rideaux d’un grand geste sec.
Voulant prendre une grande bouchée d’air, je m’étouffai plutôt et me mis à tousser. Le vent de minuit était froid et humide. Je reniflai et essuyai la larme qui avait roulé sur ma joue en reniflant une seconde fois. Je n’allais assurément pas me mettre à pleurer. Pas ici en tout cas. Chez moi, entre mes quatre murs.
C’est à ce moment que m’arriva le pire. Je remarquai une forme difforme sur le mur sanguinolent où reposaient les Scott. Une masse dégoulinante collée fermement contre le papier peint blanc tacheté de tortue à casquette. M’avançant vers elle, j’enfilai de nouveau mon gant et ramassai au hasard un stylo sur la petite table de travail. Me servant de celui-ci, je grattai la masse non identifiée. Elle retomba dans un bruit écœurant et moite. Sortant une petite torche de la poche de mon jean sombre, je m’accroupis devant la chose et allumai ma torche. La lumière blanchâtre n’était pas forte mais elle réussit à me faire voir plus qu’il n’en fallait la chose à présent identifiée. Un haut-le-cœur me prit et je changerai en me rattrapant de justesse, une main sur le sol pour me soutenir.
Bien sûr c’était ce que je pensais mais je ne pouvais pas le croire, je ne voulais pas le croire. Je savais bien qu’il manquait quelque chose, ou du moins, quelqu’un. Les meubles miniatures, le papier peint en Franklin la tortue, le tapis très doux comme pour prévenir !es … chutes d’un enfant. Les Scott avait un fils.
Putain !
Je regardai une nouvelle fois le cerveau sanglant qui gisait au sol et tout naturellement mes yeux se posèrent sur ce petit lit une place, plus tout à fait, couvert d’un drap vert pomme et qui prenait 1/4 de la place dans la pièce. Une déformation dans la pénombre que mon cerveau m’avait empêché de voir mais que la lumière lunaire me flanqua en plein visage.
Il était tout au bout. Le lit étant collé à l’extrémité de la pièce, il avait l’air paisible, sagement et maladroitement adossé contre la tête de son lit. Je quittai la fenêtre en m’approchant.
« – Petit ? Hey … Pe-Petit ? »
Je n’avais pas remarqué le silence qui s’était établi, ni le fait que tous les yeux étaient braqué sur moi. Je posai un genou sur le bord du lit et tendis le bras pour attraper celui de l’enfant. S’était-il caché dans le noir ? Les fils du compteur avait été coupés -sûrement par le coupable de ce massacre- l’enfant aurit donc profité de la noirceur pour se dissimuler ? S’était-il mordu la langue au sang pour ne pas crier ? Pourquoi était-il si calme ? Avait-il les yeux grands et tristes des enfants traumatisés ? Dieu faites que cet enfant ne… Mon bras attrapa enfin celui de l’enfant.
Je hoquetai.
Des larmes coulèrent silencieusement sur mes joues. Je reniflai. J’avais mal au bras à cause de ma position mais je ne bougeai pas pour autant. Je commençai à avoir des spasmes lorsqu’un bras solide me saisit l’épaule.
– Kate ! Il n’y a plus rien à faire ici pour toi. Va voir dehors avec Mike. Fit la voix caverneuse de Lebrowski. Je ne laichai pas tout de suite le bras glacé de Scott junior. Je le tirai même vers moi et j’affrontai la vérité.
Il était petit. Il devait avoir 6 ou 7 ans. Il avait l’air frêle, tellement fragile que je comprenais pourquoi sa mère prenait des précautions pour qu’il ne se fasse pas mal. Emmitouflé dans sa grenouillère bleu à motif de Sam-Sam, le petit héros, Scott Junior est brun. Son teint devait être pâle car après son départ, son corps était devenu presque couleur neige. Joufflu, un petit nez, un menton fin, des cils longs… la tête scalpée.. le crâne fracassé.. on lui avait violemment retirer son cerveau.
Je dégobillai tout mon repas sur le tapis beige.
Je ne saurais expliquer comment je me suis retrouvée assise sur les marches des escaliers devant chez les Scott mais lorsque je repris mes esprits, j’y étais, une couverture sur les épaules.
– Tiens, ça va te réchauffer, entendis-je et je tendis, sans regarder, le bras vers le haut pour récupérer une tasse de café chaud.
– Merci, chuchotai-je et je remerciai le Seigneur lorsque ma voix ne trembla pas. Un bon point pour moi ? Je n’avais pas envie d’y penser pour le moment.
Je fixai l’autre côté de la route où se trouvait une maison quasi semblable à celle des Scott. Un vélo d’enfant traînait sur le gazon. Il était bleu ciel et jaune. Était-ce celui d’un petit garçon ? D’une petite fille dont les parents avaient compris que le rose c’est pas forcément une couleur de fillette ? Cet enfant jouait-il souvent avec..
– Hey Mike..
– Oui Kate ? Quoi, tu en veux encore…?
J’observais mon café noir et le but d’une traite avant de grimacer et de rendre la tasse vide à l’enquêteur.
– Non merci ça ira. Tu sais que le café…
– C’est pas ton truc, oui je sais, sourit-il en la reprenant.
– Scott junior… c’était quoi son prénom ?
Il eut un silence. Je ne sais pas combien de temps il dura mais je cru qu’une éternité passa lorsque j’eus enfin ma réponse.
– Jérémy. Jérémy Scott. Il avait 10 ans.
– 10 ? Il ne fait pas son âge ce garçon ! Il est tellement petit. Peut-être qu’il est prématuré.
– Kate, cet enfant est…
– Les grenouillère à cet âge, on ne se moque pas de lui ? Je ricanai. Les parents s’en foutent royalement de ce qu’on pensera. Ils achètent les vêtements de leur bébé avec beaucoup d’amour. Jérémy est aimé.
– Kate, ça suffit !
Je sursautai.
– Cet enfant est mort Kate. Ressaisis-toi. Qu’est-ce que tu as vu?
Je me rappelai de son bras très glacé. De sa peau blanchâtre, de son corps inanimé… de son cerveau par terre je fermai les yeux. De toutes mes forces et les rouvrit. Je m’excuse et me levai, enlevant la couverture qui me réchauffait. J’étais en plein boulot. Je pouvais bien me morfondre une fois rentrer chez moi.
J’inspirai profondément. L’air était plus humide que tout à l’heure. Le vent avait une odeur de terre mouillée et d’herbe fraîche, comme pendant le printemps. Or nous étions en automne. J’entamai ma macabre chanson tandis que Mike enclenchait son magnétophone:
– Il est entré par la porte de la cuisine après avoir coupé les fils du compteur et ainsi, désactivé le système d’alarme. Contrairement à ce qu’il pensait, les Scott ne dormaient pas encore, ils couchaient Jérémy. Il a dû entendre la lampe se casser. C’est Agatha qui l’a fait tomber, sûrement à cause de la pénombre soudaine, son index gauche est blessée, elle a cherché à ramasser les tessons dans le noir. Je pense qu’elle est ambidextre mais qu’elle préfère se servir de cette main là. Il a entendu le bruit, il est monté, il a trouvé le joli couple. Il a assommé Christian. Il a attaché Agatha et l’a bâillonné. Cet homme a une force physique étonnante. Un poids lourd ? Un catcheur ? Quelqu’un de très sportif et d’assez musclé pour assomer un homme d’un coup ou deux. Je pencherais pour un seul. À la base Christian ne risquait rien mais…
– Rien ? Tu plaisantes ! Ce mec s’est fait abusé sexuellement ! Me coupa Mike et j’en profitai pour déglutir et expirer.
– Non, j’agitai ma tête de gauche à droite pour exprimer ma désapprobation. Il ne voulait pas l’homme, ni même l’enfant. Commençai je.
– Il voulait la femme, termina le grand brun et j’acquiescai.
– Continue.
– Il a laissé Christian Scott de côté et s’est mis à séduire madame Scott…
– Séduire ?
– On a affaire à un homme très perturbé. Agatha était blonde aux yeux bleus. Ce sont les caractéristiques de beaucoup de femmes ici en Amérique. Il a pensé à quelqu’un d’autre ou du moins, quelqu’un d’autre s’est immiscé dans sa tête.
– Un malade mental ?
– Un bipolaire peut-être. Ça te dit quelque chose.
– Possible, je vais vérifier.
– Je vais faire vite alors. Il faut pas perdre de temps ! Je disais l’homme et l’enfant ne risquait rien. La femme non plus mais Agatha a énervé notre homme. Elle se débattait, alors il lui a coupé un pied. Ses yeux se fermaient alors il l’a … forcé à regarder quelque chose ou quelqu’un, à qui elle tenait, se faire…
Je me raclai la gorge.
– Il a tué Jérémy.
– Il s’en ait prit à Jérémy parce qu’il pleurait et que les seules paroles qui sortaient de la bouche d’Agatha étaient des mots rassurants pour son enfant. Il avait donc un moyen de lui faire ouvrir les yeux. Il a commencé par lui tailler la langue. Si tu ne l’utilise pas pour moi, tu ne l’utilisera pour personne d’autre ! Il a ensuite agrippé violemment Jérémy et l’a fracassé la tête la première sur le mur; il l’a maintenu d’une main et l’a frappé au crâne, encore et encore avec une arme blanche. Je pencherais pour un couteau à viande. Il a une force terrifiante.
– Ceci explique le sang sur le visage d’Agatha lorsque nous sommes arrivés, un peu avant qu’on ne t’appelle. Ainsi que les morceaux de cerveau. Mais… et Christian ? Pourquoi est-ce qu’il…
– Christian était son rival. Il avait enceinté la femme de ses rêves. Elle pensait à lui alors qu’il était celui qui la touchait actuellement. Il devait payer. Mais avant ça, il fallait le souiller. Vous trouverez du sperme à l’intérieur de Christian Scott. Le meurtrier a prit beaucoup de plaisir à dominer Scott le père.
– Attends.. Enceinte ?
– Agatha Scott était enceinte. Le tueur l’a compris. Le bébé est mort des suites de multiples coups que la mère a reçu sur le ventre. Sa culotte était trempé de sang mais ce n’était pas ses menstruations.
– Quel sadisme ! On a donc affaire à un possible bipolaire extrêmement violent.
– Du genre très fier. Assez pour emporter des boyaux de Christian et des doigts d’Agatha.
– D’accord ! Et physiquement ?
– Il est grand. Musclé. Il a l’air inoffensif. Il a des problèmes de puissance aussi. Je pense qu’il est stérile. Ses bras sont plus courts qu’il ne faut, sinon il n’aurait pas maintenu Jérémy si bas.
– Expliques !
– La rage nous fait très souvent faire des gestes exagérés. Dis-je en enlevant ma combinaison en plastique. Je la pliai et la posai sur la deuxième marche d’escalier, en-dessous de celle sur laquelle se tenait Mike, et ajustai mon t-shirt violet tandis que l’enquêteur me passait ma veste noire en cuir. Il a donc soulevé Jérémy aussi haut qu’il le pouvait.
– Et s’il n’était pas très grand plutôt ?
– Alors il se serait servi du lit pour faire l’amour à la femme de ses rêves; ce lit était assez grand pour Agatha. Mais il n’a pas pu.
– Le lit était trop petit pour lui.
J’acquiescai.
– C’est dans la boîte ! Tu peux rentrer chez toi. Essayes de te reposer Kate… Tu en as besoin.
J’esquissai un faible sourire sans pour autant repondre et me mit en chemin pour ma maison.
J’habitais dans un immeuble à 50 kilomètres du lieu du crime. Le temps de trouver un taxi et d’arriver devant cet immeuble, il était déjà 04h48.
L’air froid me fouetta le visage.
C’était un immeuble plutôt ancien. Les escaliers grinçaient et la peinture -marron- crépitait à certains endroits. Cependant le prix y était plus qu’abordable’et les voisins, plus que sympa. Mieux encore, personne ne se mêlait de la vie de personne et c’était tout ce que je demandais au bon Dieu. Je montai les marches doucement et ne m’étonnai pas d’entendre de la musique classique s’échapper de la porte de l’appartement à côté du mien. C’était celui de Kayne Clark, que j’appelais affectueusement Kay. Lui il m’appelait miss Kathy et trouvait amusant que son prénom était mon nom de famille. Nous discutions parfois, quand nous nous croisions, mais très sincèrement, à part savoir que son boulot nécessitait parfois qu’il sorte à l’heure où moi je rentrais, je ne savais pas grand chose sur lui. La musique classique, j’avais appris malgré moi qu’il en écoutait quelques minutes avant de sortir de chez lui et d’ailleurs quand on parlait du loup….
Alors que j’enfonçai mes clés dans la serrur de la porte, la sienne, de porte, s’ouvrit pour le laisser sortir. Kay était grand et assez bien taillé. N’étant pas courte moi-même avec mon mètre 78, il me dépassait cependant d’une tête. Ses cheveux coupés courts et toujours ébouriffés étaient d’une couleur singulière. Comme du blond qu’on aurait voulu teinter en noir mais dont l’action avait échoué. Il m’avait juré qu’il était né ainsi et j’avais pu le confirmer une fois, en regardant des photos de lui, petit. J’etais venue lui emprunter des clous et mes yeux s’étaient baladés. Ses yeux, quant à eux, étaient sans doute ce qui faisait le plus son charme. Ils étaient vert prairie. Une couleur plutôt rare.
– Hey, Miss Kathy ! La forme ?
Ah, j’avais omis de parler de son accent. Un accent anglais qui m’avait fait rougir la première fois. Charmant. Tout à fait charmant. J’aurais voulu lui sourire mais mes lèvres n’arrivaient pas à s’étirer et j’étais persuadée que si j’insistais c’aurait plutôt ressemblé à une grimace qu’à autre chose. Je me contentai donc d’agiter ma main pour lui faire un gentil coucou.
– Une dure soirée hein ?! Tu as sale mine !
Il connaissait plus ou moins ce que je faisais. Je ne répondis pas et me contentai d’ouvrir ma porte. Il ferma la sienne après avoir arrêter la chaîne Hi-Fi avec une petite télécommande qu’il renforça dans la poche de son long manteau noir.
– Je te laisse dormir. À demain.
– À demain Kay, réussis-je à dire et il me fit un sourire avant de me tourner le dos. Ses grandes bottes noires faisaient des bruits sourds dans les escaliers. J’écoutai Kay descendre ces derniers jusqu’à ce que le bruit des marches grinçantes cessent. J’entrai et refermai ma porte derrière moi. Il faisait sombre. Les rideaux étaient tirés et m’empêchait de voir, et mon petit salon bordeau, et la table basse bois d’ébène, et le tapis douillet couleur blanc, et l’horrible pot de fleur blanc que ma grand-mère paternel m’avait obligé à prendre avec moi lorsque j’avais quitté la maison.
Je souris faiblement et me dirigeai vers ma chambre. Lorsque la porte de celle-ci se ferma dans un bruit sourd, mon sourire se fana. Je m’adossai sur cette dernière et laissai mon corps glisser jusqu’au sol. Je me recroquevillai sur moi-même et cessai de me retenir. Je me mis à pleurer comme un enfant. Comme Jérémy.

Le bruit de ma porte se faisant violenter fut la cause de mon réveil.
J’ouvrai péniblement mes yeux. Ils étaient collants et dégoulinaient quelque peu. Je grimacai et me levai. J’avais pleuré toute la nuit et m’étais assoupie, appuyée contre la porte. Mon dos me le faisait d’ailleurs payer lorsque je m’étirai.
Je gagnai ma salle de bain, reliée à la chambre par une porte et ne m’étonnai pas lorsque j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir.
– Kate ? Kate, t’es là ?! KATEEE, HEY KA-
– DANS LA DOUCHE !!! Criai-je à mon tour, la bouche pleine de dentifrice. Je me lavai la bouche, le visage et commençai à me dévêtir lorsqu’une petite brune ouvrit en grand la porte de la salle de bain.
– Ah te voilà, je… Mais ma grande ! T’as une salle tête !
Je me tournai vers la glace au-dessus du lavabo pour vérifier l’information et grimacai. Mes cheveux noir animal -très raides et longs jusqu’au bas du dos-, qui jadis étaient retenus en une queue de cheval basse, étaient dressés et en bataille sur mon crâne. J’avais les yeux gonflés et quelque peu rouge tandis que mes lèvres, elles, avaient été asséchées par le froid de la nuit dernière. Ma peau couleur crème semblait elle aussi plus pâle que d’habitude. Je me retounai vers mon amie en soupirant.
– Salut petit biscuit, souris-je.
– Salut grande perche, répondit-elle avec le même sourire.
– Pourquoi tant de bruit le matin ?
– Le matin ? Il est 17heures ma vieille !
Mes mouvements se suspendirent et je fixai, les yeux grand ouverts, mon amie choisir des vêtements dans ma penderie.
– Comment ça, 17heures ? C’est vrai que je suis rentrée très tôt ce matin et… et très fatiguée mais… tu veux me faire croire que j’ai dormi près de 13heures de temps ?
Entre deux jeans elle me jeta un coup d’un par-dessus son épaule:
– Ouais, exactement ! Bon, tu te douches, tu t’habilles, on sort. Fit-elle en passant mes All-Star classique vers le lit avec ses pieds, chaussés de All-Star eux aussi, mais de couleur rouge. Allez hop ! Ajouta-t-elle en claquant la porte de ma douche, puis celle de ma chambre lorsqu’elle sortit.
– Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs… Petit biscuit !
– JE T’EMMERDE KATE !
J’éclatai de rire et entrepris de me doucher.

****

– Comment tu arrives à dire non à ce chef d’oeuvre culinaire ?
Je lançai un regard sceptique en regardant mon amie. Nous étions chez  »Toutes les cultures dans un plat », un restaurant à la mode, devant nos assiettes très très différentes.
– La vraie question c’est, toi, comment tu arrives à bouffer une telle horreur ??
Elle souleva une épaule en enfonçant un autre morceau de serpent entre ses lèvres.
– Bah quoi ? C’est du serpent. C’est très bon ! Chez moi, en Afrique…
– Et c’est reparti !
Elle se lança dans un monologue au cours duquel elle me rappela une énième fois que son deuxième prénom était d’origine Africaine, comme elle et que chez elle, en Afrique, on ne  »chichitait » pas sur la nourriture. On mangeait de tout. Et donc, du serpent, du singe et tous les autres animaux vu dans le libre de la jungle.
– Et puis ça change de ton… poulet, fit-elle avec dédain en pointant du menton ma propre assiette.
Je la regardai également et soupirai doucement.
– Moi qui m’était promis, une nouvelle fois, d’arrêter la viande, c’était pas encore ça !
– Et donc… voir cet enfant t’a chamboulé…
J’acquiescai doucement en coupant ma cuisse de poulet.
– Tu sais, tu devrais arrêter de penser à ton enfant.
– …
– Kate, tu ne l’a même pas connu. Il est juste… décédé. On y peut rien.
– Je suppose.
Je posai mes couverts. J’avais fini. Mon amie souleva un sourcil, un sourire amusé sur les lèvres.
– Je vois que ça t’a coupé l’appétit !
Nous éclatames toutes les deux de rire mais notre détente fut de courte durée car mon téléphone sonna:
– Oui ?
– Katatonia ? On a besoin de toi !
– J’arrive, dis-je en me levant.
Le boulot m’appelait.

By Dahlia Morgane Rouge, Tous droits réservés.

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About lafrique

2 comments

  1. Pourquoi fuir le bonheur de la viande ? 🙂

    Très mature et joli le texte. J’attends la suite :p

  2. c’est agréable d’avoir un article complet, merci.

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