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Chroniques d’une femme occupée (épisode 5)

Ce soir, j’ai décidé de tout plaquer au boulot ; j’ai déposé les crayons, les plans, les instruments, tout.

J’ai besoin de me retrouver, de dire non, de m’en aller. Alors sans crier gare, ce soir en prenant mon sac à main au cabinet, je tournerai les talons définitivement. Sur le trajet retour en voiture, je ne pense d’abord à rien ; il y a un grand brouillon noir dans ma tête. Je ne réussis à y distinguer qu’une chose sure je veux rentrer chez moi ; retrouver ma maison, mon mari, mon paradis, je veux te voire !

Je veux me jeter dans tes bras et  y rester toute ma vie ; respirer toute la sécurité qu’il y a à y être contre toi, entendre ton cœur battre et ta voix me dire « je t’aime ». Je ne veux pas de sexe, pas de caresses ; je veux toute ta douceur et ta puissance pour m’entourer et que ce séisme abominable cesse. Mes tempes battent de rage, de peur, de trouble et c’est une horrible sensation.

Je ne vois quasiment pas la route, juste des flashs et des ombres. Heureusement que je ne vis pas loin sinon sur le chemin je pourrais tuer quelqu’un. Les larmes me montent aux yeux et aggravent les choses ; la coupe est pleine et elle ne peut que déborder alors mon cœur s’enchaine. Il devient lourd, noir, sombre c’est mon âme qu’il étouffe à chaque battement. Mon corps entier et se sent dépassé et à qui je pense en me garant dans l’allée ? A toi, à toi uniquement ma seule sécurité.

Alors je fonce sur la porte d’entrée, dégaine ma clé main tremblante, tourne rapidement ce qui doit l’être et j’entre dans le salon. Mon esprit trouble te voit debout devant moi, tout sourire puis me demandant ce qui ne va pas alors je pleure et je pleure encore plus ; je viens de cogner mon pied contre une des tables basses du salon.

Il fait noir j’allume la lumière ;

Le salon est désert ; ce n’était qu’un mirage.

L’esprit plus noir encore je m’effondre j’avais encore oublié hier matin tu es parti en mission au Togo, pour un colloque Africain des métiers de la Banque ; j’avais encore oublié. Alors je m’assois parterre le regard vide et mort et je pleure.

Je n’en peux plus je suis à bout de nerf.

Lasse et fatiguée je m’affale sur le carrelage ;

Je n’ai même pas la force de me trainer jusqu’au canapé. Je ne sais plus rien ni où, ni qui je suis, la folie me guette je le crains. Je suis à la fois perdue et lucide mais alors que mon âme s’embrouille, je n’aurais jamais fait aussi profonde introspection ; le sens de ma vie, la vision que je poursuis, mon couple, notre réticence à faire des enfants, la famille, les griefs, les oublis, les rêves, les frustrations ; tout remonte en un bloc compact et dresse un tableau sombre mais clair de sens; le tableau d’une existence triste… à quoi m’a donc servi tout cela. Je n’ai même plus de larmes et mon souffle semble me revenir mais c’est toujours inerte sur le carrelage que je poursuis ces abominables réflexions.

Je me souviens du jour où adolescente fière et indomptable j’avais décidé de briser le carcan des dogmes et des idéaux de cette abominable société machiste ; Féminisme, féminisme un seul mot à la bouche féminisme. Ais de l’ambition, poursuis tes rêves sans émotions ni contraintes. Construis-le monde et rêve le grand ! Tailles-toi ta part de femme libre et sereine soit ce que tu désires, tu es une reine. Et me voici couronne au sol dans le faste de mon règne qui désormais me rend folle.

Je t’ai connu Ibrahim dans mes années de raison quand mon discours féministe avait souffert la logique, la vie et la raison ; je t’ai connu Ibrahim ces jours où mes combats sont passés de féminisme à patriotisme et fière d’ambition j’écrivais de brèves lignes de politique ; je t’ai connu mon amour à ces époques où l’on voit la vie plus claire et où l’on doit décider de continuer à rêver ou de se garer sur les voies du conformisme ; je t’ai connu à mes meilleures heures d’innocence et dès nos premiers instants de querelles je t’ai aimé.

J’ai aimé ton ambition toute aussi folle que la mienne ; Ta franchise et ta compréhension ; ton machisme que je discutais défiais et qui me challengeais qu’importe les saisons ; j’ai aimé ta romance, tes attentions, tes concessions, notre relation… je t’ai aimé profondément et nous nous sommes dits oui et du coup nous voici.

Inchangés depuis la première heure, entre patience et colère, entre rire et discussion, nous avons écrit nos plus belles pages d’ambition. Chacun a choisi son empire, je voulais construire le monde et tu voulais le tenir par les cordons de la bourse ; je voulais dessiner le rêve tu voulais le financer ; j’ai choisi l’architecture et toi la banque et nous voici donc au cœur même de nos ambitions.

Je stresse et ne dors que peu de temps ; tu bosses et ne rentres que saoul de travaux ;

Une vie où nous ne nous décidons pas à placer des enfants ce serait bien trop cruel ;

Une vie où intimité et liberté demeurent nos maitres mots comme un jeune couple en lune de miel ;

Une vie gout miel et citron à la fois acide et douce, la vie d’une femme toujours occupée mariée à un homme toujours occupé ;

Demain sonnera mon vingt-septième anniversaire et j’ai tout plaqué je veux autre chose oui mais quoi !?

Je ne veux délaisser ni ma vision ni mes rêves… mais je ne veux pas perdre ma vie ;

 Je ne veux pas laisser inachevée la vision qui hante mon âme depuis l’aurore de ma raison critique ;

Je veux une chose et son contraire ça peut sembler vrai ou faux… mais je veux retrouver cette valeur à laquelle j’ai toujours cru en t’épousant : le juste milieu, l’équilibre de vie.

C’est un peu plus moi que je me relève alors pour m’adosser au mur.

La question du « que faire » me taraude alors qu’un « j’en ai marre » persécute mon âme.

Mais posant la main sur mon ventre, une chose devient parfaitement claire et sure,

Je veux qu’on fasse un enfant !

Je veux une vie je veux ma famille…

Je veux notre famille et désormais ce sera ma priorité…

IMG_1575Aller au bout du rêve aux limites de l’espoir

Braver toute les folies et les contraintes des hommes de la vie voilà l’essence

Mais n’allons pas à oublier ce qui a tout cela donne un sens

L’amour la famille les amies tous ces êtres essentiels qui vous donnent des raisons de croire.

HARRY D.

Fahi Leila, Tous droits réservés.

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