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Le Griot (épisode 4)

Chapitre 4 : Découvertes

Ce soir-là en rentrant avec ma tante et ma cousine, j’avais le cœur lourd et malgré tout ce que ma tante disait je continuais de pleurer. J’avais laissé ma mère derrière moi dans un endroit abominable sombre et austère. Je l’avais laissée seule comme un lâche comme mon père. Où est-il d’ailleurs qui est-il enfin ? Pourquoi moi ? Pourquoi ?

Et j’ai pleuré ainsi des jours durant, pendant toutes les nuits ; à chaque heure où le soleil brillait à chaque heure où les étoiles se baladaient. Chaque secondes de plus en ce bas monde était mon supplice. Et ni l’amour de ma tante ni la présence de ma cousine Yazi ne m’aidaient. J’ai souffert ainsi pendant des mois jusqu’à ce qu’un jour ma cousine me secoue et ne me fasse sortir de l’enfer dans lequel je me terrais. Le déclic est venu d’un coup de poing et d’une gifle. Je jouais pour la première fois au ballon avec des petits garçons du quartier quand par erreur j’ai tiré sur un groupe de grands qui passait par là. Ma faute je l’ai payée d’un coup de poing dans l’abdomen ; à croire que le sort et sa copine souffrance s’acharnaient sur moi. Ma délivrance je l’ai obtenue dans une gifle ; la première que Yazi a administré à mes bourreaux.

Avec cette gifle j’ai compris qu’il était possible de se battre, possible de frapper la souffrance en son cœur et de ne pas la laisser vous vaincre. J’ai donc cherché à l’ombre de ma cousine-sœur l’inspiration et la force mais je l’ai momentanément reperdue.

Je l’ai reperdue un soir ; un affreux soir de Septembre. J’avais dix ans, je pensais avoir laissé derrière moi mes malheurs et je vivais ma vie simple. Mais cet affreux soir de pluie, j’étais assis avec Yazi dans notre chambre ; on parlait de tout et de rien, jouant aux cartes comme çà à tout va. Et puis elle est venue. Elle a ouvert la porte, la mine grave les yeux rouges. Nos regards se sont croisés elle a baissé les yeux nous a simplement dit de venir manger et nous l’avons suivie. Le repas était morne, silencieux, triste mais aucun mot, aucun geste ne m’a laissé présager l’ouragan qui se tramait. Le suspense s’est effondré quand entre deux coups de tonnerre et sous le crépitement de la pluie sur la toiture il a fait son entrée.

Une ombre frêle, noire et au pas hésitant. Un impair gris recouvrant un petit costume noir et une paire de bottes cirées qui attaquait le sol d’une horrible manière à chaque pas. L’homme avait la mine sévère, un visage noir et un regard intense qui nous brossa tous sauvagement, nous privant ainsi de tous possibles mots. Il entra, s’assit sur la première chaise qu’il rencontra et d’un geste sec intima à ma tante de lui apporter à boire. Elle s’exécuta sur le champ. Quand l’homme entre deux âges tendant vers la quarantaine eut pris une gorgée de sa bière, il balaya de nouveau la pièce du regard et se figea sur moi.

  • Sait-il, lança t’il a ma tante.
  • Non, je n’ai pas osé lui dire le pauvre petit.
  • Bien je vois… fils assieds-toi ici.

Etait-ce mon père ? J’espère que non il me fait peur ; j’avance vers lui, m’assieds sur le tabouret près de lui. Et c’est là, assis sur cette petite chose qu’une fois de plus mon univers a basculé…

  • Il y a deux jours, ton père est mort. Je suis le grand oncle de ton père, le dernier fils de père de ton grand père ; le formateur de ton père qui était l’héritier de notre dynastie. Chez nous mon fils, on est griot de pères en fils, de fils en pères ; nous sommes formés par nos pères à l’art de dire l’histoire et de dire la vie. Et ce soir mon fils, tu reprends notre flambeau tu viendras avec moi.
  • Mais…
  • Ta tante n’a pas eu le cœur de t’envoyer seul au Sénégal pour vivre avec moi surtout depuis que ta mère…
  • Pardon mais il ne sait pas pour sa mère je vous en prie, l’a interrompu ma tante affolée.
  • Même çà tu ne lui as pas dit ? Vraiment les femmes ! Bon toujours est-il que je suis venu à Abidjan pour te former Samba. Ton père était le meilleur dans notre profession et il est temps que tu sois formé à lui succéder. Je n’ai que deux ans pour faire de toi un aguerri avant ton initiation pour tes douze ans ; je devrai te former ainsi et même après jusqu’à tes vingt ans au métier de griot et à tous les arts secrets du clan Diallo.
  • Mais monsieur je ne veux pas…
  • Ni toi ni moi n’avons le choix. Sinon penses-tu que ta tante après ce que vous avez subi de l’inconscience de ton père que les ancêtres l’aient en pitié ; m’aurait laissé faire une intrusion dans ta vie ?
  • Non,… mais je ne comprends pas.
  • Je ne peux pas tout te dire en une soirée fils ; ta tante et toi m’avez l’air assez bouleversés comme çà. Demain je te conterai toute l’histoire et tu devras me suivre.
  • Non ! Jamais il ne vous suivra ! vous…
  • Tais-toi Yazi. Cheick Souleymane excusez l’attitude de ma fille elle ne peut pas tout comprendre et le petit non plus.
  • Laisse c’est la jeunesse et la colère je la comprends. Ne les embêtons pas plus longtemps je retourne à mon hôtel. Je reviendrai demain aux aurores pour mieux parler.

Et il s’est levé comme il est entré et a disparu dans la nuit noire sous les larmes et la colère du ciel.

….

L’histoire est le mystère de certains hommes

La vie et la mort sont les mystères des cieux

HARRY D.

 

HARRY D. et FAHI Leila, Tous droits réservés.

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