Breaking News
Home / Auteur / FAHI Leila / F.L / Le Griot (épisode 3) No ratings yet.

Le Griot (épisode 3)

Chapitre 3: Quand les femmes s’en mêlent

 Je n’aimais pas sa tête, il était noir comme un bout de charbon, le corps mince comme un bout de bâton mais il était joufflu comme un beignet tout rond. C’est à peu près à çà que ressemblait mon cousin Samba la première fois que je l’ai vu. Il avait huit ans j’en avais dix ; je l’avais rencontré à l’hôpital où était enfermée ma tante, la petite sœur de ma mère. Maman l’a tout de suite pris dans ses bras ce petit pleurnichard ; elle l’a couvert de cadeaux dès notre retour et çà je l’ai exécré durant des mois. Moi aussi je souffrais de voire ainsi ma tante mais qui s’en souciait il n’y en avait que pour ce petit chenapan à la mine d’ange. Trois mois qu’il me piquait l’affection de ma mère trois mois qu’il occupait ma petite chambre et qu’il y pleurait sans cesse non mais quelle lavette ! D’ailleurs il serait temps que je le lui dise.

  • Eh ! Samba viens ici !
  • Oui Yazi !?
  • Pourquoi tu passes ton temps à pleurnicher ?
  • Euh… mais parce que ma maman est… et je n’ai pas de papa et…

Et il repartit en sanglots devant moi.

  • Mais je dis hein arrêtes moi les bêtises ! Tu es un homme ou une femme cesse de pleurer comme çà.
  • Mais,… snif…
  • Chut tu veux justifier quoi ? Tu me vois pleurer moi ? C’est ma tante aussi qui est à l’hôpital ; elle était plus une mère pour moi que ne l’est la mienne en ce moment. Je n’ai pas de père non plus est-ce que j’en meure pour autant ! Et moi je résiste pourtant je suis une femme et toi tous les jours tu pleures comme une veuve ou une pleureuse du désert ressaisis –toi bon sang !!!
  • Snif…, je…je…, dit-il en essuyant ses larmes ; je vais essayer.
  • Bon allez commences par sortir de chez moi ?
  • Tu… tu me chasses ?
  • Non, va jouer dehors il y a des garçons de ton âge qui jouent au foot dehors et mes copines arrivent pour le gouter je n’ai pas envie qu’elles te voient et que tu les embêtes.
  • Mais tu sais bien que je ne les embêterai pas et que les garçons dehors je ne les connais pas.
  • C’est justement le moment de faire connaissance. Allez disparait avant que je ne te chasse à coup de pieds dans le derrière.
  • Mais, mais… ok j’y vais.

Et c’est ainsi qu’il sortit jouer dehors. Pendant trente minutes j’ai pu retrouver mon chez moi tranquille et la compagnie de mes amies. Puis un petit gars est venu tout arrêter.

  • Yazi ! Yazi ! Les gars vont taper ton petit frère dehors.
  • Déjà ce n’est pas mon petit frère c’est mon cousin et il n’a qu’à se défendre.
  • Il ne peut pas se défendre ce sont les grands du CM1 dont Souleymane ton amoureux; Samba a par erreur tiré un ballon sur eux malgré ses excuses ils ne l’ont pas écouté.
  • Sou… qu’il m’attende là-bas.

Et nous sommes sortis en trombe de notre petite maison et nous sommes rendus au terrain vague de derrière. Quand je les ai vus au-dessus de Samba, se moquant de lui et le giflant mon sang n’a fait qu’un tour. J’étais plus grande que la plupart de ces garçons alors j’ai foncé sur eux sans crainte. J’ai giflé Souleymane en premier, puis Brama et Shérif. Je leur ai crié dessus et fait promettre de ne plus jamais toucher à mon frère (et oui je l’avais dit frère ; ça me surprend encore). Après j’ai pris Samba dans mes bras, il pleurait encore mais cette fois ci je ne lui en voulais pas et étrangement je l’ai trouvé mignon ; un gros bébé dont semble-t-il j’allais devoir prendre soin…

Depuis les années sont passées, mon petit protégé est devenu un gaillard de 15 ans sec comme un bout de bois, beau comme un prince arabe et fort heureusement aussi viril qu’un lutteur sénégalais. On était toujours fourrés ensemble ; on faisait tout ensemble y compris les préparatifs du mariage de ma mère. Ah oui je ne vous l’ai pas dit ; maman a rencontré sur internet un américain il y a trois mois et il arrive dans deux semaines pour le mariage qui nous donnera le visa pour la terre promise de l’oncle Sam.

Il est arrivé trois jours avant le mariage et vivait avec nous dans l’appartement qu’il nous payait. Il était adorable, facile à vivre sympathique pas forcément très beau mais bon tant qu’il rendait maman joyeuse c’était le plus important. Le mariage fut grandiose ; trois cent invités dans les jardins de l’hôtel Ivoire, un buffet garni à souhait et une ambiance de folie : tous les ingrédients du plus beau jour de la vie d’une femme. Après les festivités, nous avons laissé le couple à l’hôtel pour les trois jours de lune de miel et Samba et moi sommes rentrés à la maison. Tout a suivi un cours des plus normal jusqu’au départ de Melvin mon nouveau beau-père. Il partait nous préparer le terrain pendant que nous faisions les procédures de regroupement familial.

Nous l’avons retrouvé trois mois plus tard dans sa maison du Maryland. Une belle  propriété toute calme en périphérie de la ville. Pas forcément trop luxueuse mais d’un standing largement au-dessus de celui de notre petit appartement. Nous avons vite pris nos aises, installé les routines familiales et tout était parfait. Après quelques mois d’ailleurs maman attendait déjà un petit bonheur qui devait venir rejoindre notre petit cercle joyeux. Mais bah… çà c’était la face visible de l’iceberg….

 

FAHI Leila, Tous droits réservés.

Avez vous appréciez l'article ?

About aridaku

Check Also

On n’a pas toujours le choix

Les premiers rayons de soleil perçaient à peine les rideaux quand John ouvrit les yeux. …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *