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Le Griot (5)

Chapitre 5 : Oncle Sam quand tu nous tiens

 

  • Maman tu aimes Melvin ?
  • Mais bien sûr que oui. Pourquoi une telle question Yazi ?
  • Je veux dire au-delà du confort qu’il nous offre au-delà de son argent et de sa gentillesse l’aimes-tu vraiment ? Sincèrement ?
  • Ah, conclut ma tante dans un soupir, ne poses pas ce genre de question c’est mon époux je l’aime et il me rend heureuse ; l’argent n’est qu’un bonus sur la route. Pourquoi ces questions et ce regard étrange? Yazi ça va ?
  • Oui maman tout va bien je voulais juste me rassurer que tu étais heureuse c’est tout.

Je surpris cette étrange conversation un matin en allant à la cuisine. Ça fait déjà six mois que nous vivons aux Etats Unis. Dans l’ensemble tout est parfait Yazi est en Terminale dans un lycée du coin et moi en seconde dans le même établissement. Ma tante a trouvé un petit boulot de coiffeuse-masseuse dans un institut du quartier voisin. Melvin profites de sa retraite, fait quelques parties de golf par ci, quelques petits voyages par-là, la belle vie quoi. Tout aurait pu  être et sembler parfait.

Mais de jours en jours je voyais le visage de Yazi s’assombrir. Elle devenait de moins en moins bavarde, semblait manquer d’énergie et quand je lui demandais des explications,  elle disait avoir le mal du pays. Quand on discutait elle me disait rêver de l’Université, de liberté d’indépendance ; elle me disait qu’elle voulait quitter le nid, aller à l’Université puis faire médecine et rentrer en Afrique exercer.

« Ici ce n’est pas fait pour moi disait-elle ». Mais pourtant elle avait des amis, une belle vie qu’est ce qui pouvait bien lui manquer en Afrique. Pourquoi cette fibre sentimentale et nationaliste, je ne la savais pas si concerné par le continent ni le pays. Je n’avais à ce moment-là pas l’ombre d’un soupçon sur ses réelles motivations. Je ne découvris le pot-aux-roses qu’un malencontreux après-midi en rentrant plus tôt que prévu de mon entrainement de basket.

Il était quinze heures environ quand je poussai doucement la porte. Je voulais faire la surprise à Yazi qui rentrait toujours plus tôt que moi.  Normalement Melvin devait être au golf mais sa voiture dans l’allée avait trahi sa présence. La maison était plutôt calme je me dis donc que chacun faisait la sieste ou qu’ils étaient dans le jardin de derrière ou même chez les voisins. Mais je me trompais lourdement. Un cri venant de la chambre de Yazi m’alerta sur le champ.

  • Melvin lâchez-moi. Vous n’avez pas le droit !!! Non !
  • Tais-toi petite idiote quelqu’un va finir par t’entendre.
  • Je m’en fous je ne vous laisserai pas faire. Vous êtes des porcs, des ordures !
  • Et qu’est-ce qu’on va penser de toi ? Que va penser ta mère quand elle saura que ça fait des mois que sa fille me laisse la toucher.
  • Laisse ma mère en dehors de ça !
  • Tu le fais par amour pour elle depuis non ? Pour que toi et ton sauvage de cousin puissiez vivre ici non ? Alors fais ce que je te dis, ne me ridiculise pas devant mon ami. Sinon gares à toi ! Je brulerai vos passeports et même l’acte de mariage qui vous a fait venir ici. Tu sais pourtant que ta pauvre mère a tout donné pour être ici. Alors sois sage petite garce et laisses toi faire.
  • Jamais, non jamais…

 

Alors que je restai interloqué et stupéfait dans le couloir, un autre cri tout de suite étouffé me ramena sur terre. Je bondis tel une furie, entrai en un éclair dans la chambre de Yazi ; j’assenai un coup de poing à Melvin qui regardait et délogeai d’un geste le vieil inconnu qui s’apprêtait à faire du mal à Yazi. Je fis pleuvoir des coups sur ce vieil idiot de toute la force de mes poings. Quand Melvin sonné a essayé de me maitriser je tombai sur lui avec la même rage. Mais où se croyait-il ! Osez faire ça à sa belle-fille ! A une adolescente ! Une enfant !

S’il me prenait déjà pour un sauvage, il n’avait encore rien vu. J’allais l’achever à mains nues. Mais c’est Yazi en pleur qui me supplia de ne pas le tuer.

  • Arrêtes Samba ; arrêtes tu vas le tuer, ne fais pas ça.

Mais je ne l’entendais plus. Toute ma rage m’avait submergé. Je ne pouvais comprendre tant de cruauté et d’hypocrisie ! Pour qui se prenait-il ?

Puis elle m’a prise dans ses bras, serré de toutes ses forces pour que j’arrête et me calme. J’étais à bout de souffle, je sentais mon corps tout entier chauffer comme jamais. Puis la sentant sangloter dans mon dos je me suis tourné pour la prendre dans  mes bras  et la consoler. Nous sommes sortis de la chambre, laissant nos deux obsédés gisant inconscients mais vivants sur le carrelage de la chambre.

Yazi calmée, je la laissais au salon pour  aller fouiller la chambre de Melvin à la recherche de nos passeports et de tous nos documents légaux. Je les trouvai tous dans le coffre de la chambre à l’exception des passeports. Je partis donc dans la chambre de Yazi réveiller Melvin et lui tirer les vers du nez. Le misérable me confia en pouffant de rire la bouche en sang après un énième coup, qu’il les avait mis dans son coffre à la banque et que maintenant que je l’avais frappé il nous laisserait crever de faim dans la rue. Qu’il appellerait les flics et que je me ferai coffrer, que personne ne me croirait  et que même ma tante me détesterait d’avoir gâché sa vie. Furieux, je le fis taire avec un dernier coup de poing qui le mit K.O.

Je décidai d’attacher nos deux salops ensemble avec un drap et je retrouvai Yazi au salon, toujours en larmes.

  • Qu’est-ce qu’on va faire Samba ? Maman va ? Elle va me détester ?
  • Mais ne dis pas de bêtises Yazi ? Tata ne ferai jamais…
  • Tu ne la connais pas !
  • Mais ne dis pas de sottises enfin ! ça fait bientôt huit ans qu’on vit tous ensemble je la sais matérialiste et avec quelques défauts mais je sais qu’elle aime sa fille.
  • Ta mère était la seule personne qui aurait mérité que je l’appelle mère. Maman n’a jamais voulu de moi…
  • Je… je… je ne comprends pas.
  • Tu ne peux pas comprendre….
  • Mais je…
  • Nous venons de perdre notre ticket de vie ici Samba ; ici et ailleurs…

Et elle continua de pleurer.

 

De l’argent sur la table

Mon champagne sur le tapis

Des draps de soie sur mon lit

Doux présent illusoire du présent que la vie te fait voir…

Harry D. inspiré par Prévert

 

HARRY D. et FAHI Leila, Tous droits réservés.

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