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Le Griot (4bis)

Chapitre 4 : Découvertes (suite)

 

« C’est avec le soleil que part la lune,

C’est avec la mort que part la vie,

C’est avec la haine que meurt l’amour,

C’est avec le temps que naissent les hommes.

 

Samba Diallo, fils et héritier des Diallo

Viens que je te compte ton histoire

Viens que je déterre tes racines

Diallo petit Diallo assieds-toi à mes pieds et puise le savoir des tiens.

 

Ma Kora te parle écoute la

Jeune Samba Diallo écoutes-moi

Ecoute le chant de tes ancêtres

Prêtes oreille à l’essence même de ton histoire

 

Ecoutes-moi

 

Jeune Samba Diallo du nom du père du père de ton père

Mon père.

Notre nom naît avec les premiers hommes de la terre Sénégal

Il s’élève de terre avec le premier d’entre nous Yassin

Yassin marche avec la musique du vent et le savoir des champs

Yassin marche l’arme à la main le torse bombé de courage

Yassin chante la vie aux mourants et l’amour aux passants

Yassin épate les hommes et séduit les femmes

Yassin est le premier d’entre nous, le vaillant.

 

Dans ses chants nait notre prestige

Dans ses arts nait notre devoir

Dans ses actes se scelle notre destinée

Dans ses luttes se crée notre avenir.

 

Yassin a sauvé des rois de la mort

Guéri des hommes du malheur

Yassin le sage Yassin le valeureux

Le pauvre malheureux qui portait le fardeau d’un peuple.

 

Touché par les dieux

Condamné à chanter à errer et aimer sans jamais se poser

Touché par le sort

Doté de milles et un don pour le profit de son peuple et son malheur personnel

Un valeureux roi  nomade propriétaire de toutes les terres du Sénégal

Il marcha toute sa vie pour le combat pour la vie pour l’amour pour les siens

Il marcha avec ses vingt fils et ses fils marchèrent après lui

Il marcha jusqu’à l’extrémité du monde Sénégal

Pour donner à ses peuples jusqu’à son dernier souffle le soulagement qu’ils attendaient.

 

Yassin mourut en Juin achevant l’initiation de son fils Hakim

Hakim suivi les traces de son père et marcha toute sa vie

Investi des mêmes dons il souffrit les mêmes peines et porta le fardeau sur toutes les routes comme un badaud

Il chanta la beauté de nos terres et la vaillance de son père

Il mena notre royaume au-delà de Gorée et de tous les monts du pays que nous connaissons

Il fut puissant et vaillant mais son âme ne trouva repos que sur son cent quinzième printemps alors qu’il achevait l’initiation de son vingt cinquième fils Lamar.

Lamar s’enfuit en Guinée jouer les immigrés mais son don le poursuivi là-bas et fit de lui un prince

L’ainé de ses frères pris la relève et chanta dans toute la Casamance et au-delà la gloire de ses pères et l’avenir du Sénégal.

 

De fils en fils de pères en pères  et de pères en fils

Le fardeau des Diallo se transmit

Chacun le porta et l’agrandit

Chacun le conta et lui fit vie

L’histoire des Diallo nait avec le Sénégal ancestral et se poursuit avec lui

Même si nous ne sommes plus des rois même si nous ne sommes plus des princes

La malédiction des dieux nous poursuit

Un Diallo guérit un Diallo chante

Un Diallo se bat un Diallo raconte

Un Diallo voyage un Diallo aime

Un Diallo mon fils est un griot

Un Diallo mon fils est un sage.

 

Ton père nous a fait honneur mais la modernité nous l’a enlevé

Ton père était le meilleur mais sa curiosité nous a de lui privé

Ton père était ton père un homme trop simple et trop rêveur pour être un bon Diallo

Ton père hélas est mort trop jeune mais mort comme un Diallo

Il est mort dans une bataille celle qu’il avait fuite et qu’il voulait t’épargner

Il est mort en faisant son devoir devant les ancêtres cherchant la lumière pour notre clan ;

Mais il fut frappé, foudroyé, balayé par un éclair qui sous le Baobab mythique des Diallo lui ôta la vie là comme si cela était un jeu.

Voilà comment parti le dernier des héritiers légitimes du clan Diallo

Voilà comment s’en alla celui à qui tu as la lourde charge de succéder.

 

Tu dois devenir un légitime parmi les légitimes

Un aguerri parmi les aguerris

Un initié parmi les initiés

Un Diallo fils de Diallo parmi ses pères

Tu dois devenir un griot et un roi

Tu dois devenir un Diallo.

 

Je te formerai jours et nuits

Tant qu’il le faudra

Je te formerai pour ta vie

Car en tant que Diallo tu n’y échapperas pas

Je serai ton père tu seras mon fils

Je serai ton maitre tu seras mon disciple

Un digne Diallo voilà ce que je ferai de toi.

 

Porteur de nos valeurs

Porteurs de nos savoirs

Protecteur de nos richesses

Défenseur de notre héritage

Mon fils Samba

Je ferai de toi un Diallo ! »

Voici les mots et les notes qui me réveillèrent aux aurores et scellèrent mon sort.

Il devait m’emmener avec lui heureusement pas au Sénégal car ma tante s’y refusait je compris pourquoi quelques mois plus tard. Alors il m’emmena aux abords de la ville. Dans une petite banlieue aux allures de village. Il me vêtit comme un gamin des temps anciens, un unique pantalon de tissu pagne et une coiffe traditionnelle qui ne devait pas me quitter. Je ne devais me laver qu’une fois la semaine ça ne me dérangeait pas trop,  je ne devais manger qu’une fois par jour « un Diallo mon fils ça vit à la dur. » me disait-on. On faisait des weekends en forêts où il me parlait des esprits ou il m’expliquait des mystères. Il faisait des choses étranges le soir et essayait de m’apprendre l’art des chants magiques malgré ma drôle de voix. Il m’enseignait tous les sens des notes de la Kora, toutes les nuances du son du Djembé, il essayait de me faire Griot.

Je m’entrainais le soir et le matin, à toutes les heures que comptent la journée et la nuit sauf  les quatre heures où j’avais le droit de dormir.  Assis sur ma natte dans mon coin, je pensais à Yazi et à ma tante, je ne les voyais plus depuis trois mois déjà. Mon oncle me maintenait à l’étude loin des femmes, loin de ma famille et pratiquement loin de tout.

J’ai appris le Bambara, le Fulfulde, le Wolof et milles autres langues des pays de l’Ouest ou des royaumes Diallo comme mon grand oncle les appelait.  Il m’enseignait  à coup de fouet, étrange pédagogie pour  un jeune esprit du 21ème siècle. A mon quatrième mois de formation, parce que je n’étais toujours pas bon, il conclut d’une affreuse punition pour me forcer à progresser. Il me priva de nourriture pendant quatre jours et m’envoya psalmodier dans le voisinage pour gagner mon pain. Les autres gamins se moquaient de moi, certaines femmes me fermaient la porte au nez « Vas à l’école petit fainéant, mendiant !!! ». Figurez-vous que si je pouvais j’y serai moi à l’école.

Seule une vielle dame qui cassait ses grains de pistaches dans sa cour daigna me prêter l’oreille et m’encourager par un petit met de pistache qu’elle venait de sortir du feu. « Du courage mon petit demain surement tu seras un grand griot. » Elle me dit ces mots si gentiment que je voulu y croire de toutes mes forces.  Je m’efforçais autant que je pouvais mais mes cordes vocales ne suivaient pas ; je n’arrivais toujours pas à saisir le rythme, à garder les mélodies. Je n’arrivais pas à bien conter les histoires même si je les savais ; je n’arrivais pas à séduire les passants même si j’y travaillais. Bientôt six mois mais toujours en pratique aucun progrès.

Fatigué de tant de souffrances, des punitions à répétitions et de cet état de médiocrité, mon grand oncle décida de commencer à m’éduquer à d’autres arts.

Le premier fut la lutte. Pour cela, il me fit travailler mon corps. Je grimpais aux arbres, portais des charges, je faisais les champs et la chasse, je frappais des sacs, en bref je me faisais des ampoules et des bleus à longueur de  journées. Le soir mon corps devenait une masse ; dès que je retrouvais  ma natte je tombais de sommeil.

Un matin aux aurores, il m’emmena dans un village, dans un endroit où se formaient d’autres enfants comme moi. On se battait entre nous tandis que nos maitres nous observaient critiquant nos mouvements et n’hésitant pas à nous stopper pour nous corriger avec un ou deux coups de soufflets dans le dos. J’y restai un mois. Nous semblions tous très traumatisés parce que nous vivions du coup, on était plus des ombres que des enfants. Quand on nous disait fait nous faisions quand on nous disait vis nous vivions ; personne de nous ne décidait ni ne s’opposait. Comme de petits militaires en formation. Les mots souffrances et humiliations n’avaient plus d’importance, si tu avais mal c’était normal.  C’est que tu étais trop faible, c’est que tu étais trop lâche. Les maitres voulaient faire de nous des hommes et un homme ça ne pleure pas, ça ne souffre pas, un homme c’est u combattant, un dur à cuire.

Après mon mois chez les lutteurs, mon oncle me ramena dans notre première résidence. Il m’initia à un autre art, la religion. « Un Diallo est un bon musulman » Voilà ce qu’il me disait. Il me fit lire le Coran, le mémoriser. Il me fit réécrire sur des tablettes les saintes écritures en des centaines d’exemplaires. Enfin ma mémoire semblait me servir, il n’avait plus de reproches à me faire, j’étais un bon étudiant. J’appris tout ce que je sais de l’Islam en 3 mois et il me mena à la mosquée le 3ème vendredi de ce troisième mois.

Alors que nous sortions de la Mosquée ce jour-là, quelle ne fut ma surprise quand, au lieu de prendre la route de notre banlieue nous primes un chemin  que je ne connaissais que trop bien. Un petit chemin tortueux que je n’avais pas vu depuis longtemps, la route de la maison de ma tante. Quand nous arrivâmes, la maison étaient étrangement plus remplie qu’à l’accoutumée. Dans les coins de la cour des dizaines de groupes de gens en noir pleurant. Dedans, ma tante couchée, livide, pâle comme la mort, les larmes coulant sur les genoux de l’homme sur qui elle pleurait. Aussitôt toutes mes joies se dissipèrent je cherchais Yazi du regard, elle n’est nulle part je m’approche de ma tante ; elle pose les yeux sur moi et part en sanglots et cris sur le champ et c’est là que je comprends. « Mère est partie ». Je ne  ferai pas beaucoup de détails sur cet épisode tragique. On m’a dit que dit que quinze mois plutôt, mère s’était enfuie de l’hôpital et que simplement on l’avait retrouvé un soir morte dans une des rues de la capitale…

Mais passons ces sombres chapitres. Mon oncle m’a laissé m’occuper de ma tante et de Yazi ; il est retourné au Sénégal et m’a dit qu’il reviendrait plus tard terminer mon éducation et trouver un moyen de me faire chanter et conter comme un véritable Diallo.

Maintenant sautons encore quelques épisodes de galère immonde, de promesses de mariage non tenues, de nomadisme détestable et de chômage sans fin. Parlons mariage et joie  tout simplement. Je viens de fêter mes quinze ans, Yazi ces dix-sept ; ma tante qui est désormais organisatrice de mariage après avoir été ménagère, coiffeuse, chômeuse et commerçante va désormais organiser son plus bel évènement, son propre mariage.  Elle a rencontré sur un site américain de rencontres, un blanc du nom de Melvin. Après trois mois de discussion et quelques Western Union très concluants, notre petit couple a décidé de se donner sa chance et de sauter le pas. Ainsi à l’Hôtel Ivoire, nous scellâmes devant Dieu et devant les hommes, l’union qui devait nous emmener  Yazi ma tante et moi vers une vie bien meilleure.

 

FAHI Leila, Tous droits réservés.

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