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Le plat de l’unité

Nous sommes dans les petits villages du Laakam-land.
Une sécheresse sans nom bat son plein dans toute la région. Les guerres sévissent ci et là à cause des pilleurs de récoltes et à cause d’une recherche désespérée de terres arables près de cours d’eau.
Un soir, Kamdem un petit garçon du village Laadjo rentre de son champ de pommes de terre. Sur la route, par terre, il aperçoit dans l’ombre une petite jambe tremblante. Intrigué, notre petit bonhomme s’avance vers la chose quelque peu singulière, écarte les buissons histoire de voir si la jambe n’aurait pas un corps qui l’accompagne. Il écarte le buisson, tend sa lampe tempête pour chasser l’ombre de la nuit noire et fraiche et soupir, c’est bien une petite personne bien normale qui se cache dans ce buisson.
A vrai dire ce caché n’est pas le mot. La petite fille vu en effet que c’en est une est blessée. Craintive, en larmes, elle observe au bord de la crise de nerfs le petit Kamdem. Surement a-t-elle souffert de la guerre pense alors notre bonhomme ; il lui sourit et lui tend la main. « Je ne te ferai rien », lui dit-il en patois. Elle hésite et recule dans le fourré, s’écorchant un peu plus à cause des épines. Observant un peu plus sa tenue, Kamdem comprend pourquoi elle a si peur : elle est d’un village ennemi, Bangang-laadji.
Pendant une seconde il hésite ; la laisser ici après tout s’est une fille de l’ennemi ou l’aider c’est un être humain comme lui, elle pourrait être sa petite sœur. Se souvenant d’un enseignement de sa regrettée grand-mère sur l’hospitalité légendaire des gens du Laakam-land, il décida de l’aider. Alors qu’il cherchait dans sa tête les mots pour la rassurer, des voix d’hommes se firent entendre. Kamdem éteignit sa lampe, la lança dans sa besace et tira la petite fille du fourrée. Il la tira à travers une petite piste sans qu’elle ait même le temps de se rendre compte de ce qu’il se passait. En moins de cinq minutes de courses, ils étaient à l’abri dans la case de Kamdem.
« N’aies pas peur je t’en prie ; ici tu seras en sécurité le temps que tu prennes des forces et que les guerriers qui passent par mes champs s’en aillent. »
Recroquevillée dans un coin, elle ne dit rien et baissa les yeux vers le sol. Kamdem lui offrit de l’eau pour se nettoyer un peu et des pommes à manger mais elle l’ignora. Il laissa tout devant elle et partit s’asseoir dans l’autre coin de la pièce pour manger puis dormir. Le matin, il la retrouva endormie, elle avait mangé les pommes, il sourit. Sentant du mouvement près d’elle, elle se réveilla. Kamdem s’éloigna de nouveau d’elle pour ne pas l’effrayé.
Alors donc que dans un coin il épluchait ses pommes elle finit par lui parler.
– Vous ne mangez que des pommes bouillies simples dans votre village ?
– On n’a pas le choix c’est tout ce qui pousse chez nous en ce moment. Et chez vous que mangez-vous ?
– On n’a pas plus de choix que vous nous n’avons que de l’huile rouge et des fruits du coup nous sommes obligés de chercher des terres nouvelles ou des gibiers.
– De l’huile rouge ?
– Tiens j’en ai un peu dans ma gourde on pourrait faire tes pommes avec ce serait déjà un peu mieux.
– Pourquoi pas. Dis ton nom c’est quoi ? Moi je m’appelle Kamdem.
– Je m’appelle Kamadjou.
Et nos héros causèrent ainsi pendant des heures. Ils allèrent au champ dans la journée prendre d’autres pommes pour le diner. Sur le chemin du retour, ils tombèrent nez à nez avec un étrange petit garçon qui semblait à peine plus âgé qu’eux. Sa tenue et les marques sur son visage indiquaient qu’il venait de Bamendji-laaka, un autre village ennemi.
– Encore toi, s’écria Kamadjou
– Ce n’est pas comme si je te suivais… Pourquoi tu marches avec lui tu préfères les Laadjo ? C’est ça ?
– Lui c’est mon ami toi tu es trop bizarre.
– Ce n’est pas parce que je t’ai demandé de m’épouser que je suis bizarre.
– Je te signale qu’on est des enfants.
– Euh… quelqu’un peut m’expliquer ce qui se passe, coupa Kamdem un peu dépassé par la situation.
– Lui c’est Temgue il est de Bamendji-laaka ; il s’est réfugié dans mon village comme moi chez toi ? Quand ma maison a été attaquée, on s’est enfuis ensemble mais parfois il lui arrivait de dire des choses bizarres comme quoi il était prince et il voulait m’épouser et m’emmener chez lui alors j’ai fui.
Kamdem entre amusement et surprise posa les yeux sur Temgue ; celui-ci gêné avait détourné le visage et faisait la moue. N’y tenant plus, Kamdem éclata de rire et Kamadjou le suivi. Temgue tout rouge s’assit parterre faisant mine de bouder.
– Mon ami ne t’inquiètes pas je ne me moquerai plus désolé. Tu veux venir avec nous, nous allions chez moi manger.
– Euh… tu ne me connais même pas.
– Et alors ça ne veux pas dire que je vais te laisser seule dans les champs il fera bientôt nuit.
– Bien si tu insistes allons y.
C’est ainsi que notre joyeuse troupe se retrouva autour du feu épluchant les pommes de terre du diner. Alors que Kamadjou expliquait à Temgue leur idée de recette à base de pommes et d’huile, ce dernier proposa une plus étrange combinaison.
– Ecoutez ! Il me reste un peu de haricots de mon village dans ma sacoche on pourrait les faire cuire et mélanger le tout.
– Pourquoi pas dit Kamdem. On pourrait même piler les pommes ma grand-mère le faisait quand j’étais petit.
– Et bien c’est conclu, dis Kamadjou, tu feras cuire les pommes, Temgue cuira son haricot et moi je chaufferai l’huile nous pilerons tous ensemble.
– Ce sera notre plat de l’unité conclut Kamdem.
Ainsi fut-il dit, ainsi fut-il fait : nos trois bambins avaient inventé le pilé de pommes de terre.
Pour la petite histoire, c’est avec ce plat que se fêta la fin de la guerre dans ces trois villages qui s’unirent.

 

 

Auteur: Un gourmet inspiré, histoire écrite pour l’hors-série « Les faiseurs de mets » , tous droits réservés L’Afrique écrit.

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