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Le Griot (épisode 2)

Chapitre 2 : Le jour où j’ai su.

« Le jour où j’ai su, mon cœur s’est comme déchiré en deux. Je n’avais ni larmes ni mots, juste cette détresse folle qui oppressait mon âme et mon corps ; j’étais comme dans des limbes, incapable de raisonner, de discerner la réalité du rêve ; autour de moi le monde paraissait s’effondrer, ma vision devenait floue et là elles sont apparues. Elles se sont jetées sur moi, ont dévoré ma raison, ma passion, mes espoirs, mon être entier ! Ces ombres !!! Ces ombres maudites m’ont engloutie… oui ce jour-là, ce jour-là mon fils, c’est celui où je suis morte. »
Ces mots, je les ai entendus de ma mère quand j’avais huit ans. Elle était assise dans son lit, le regard vide et hagard et me tenant dans ses bras elle me narrait froidement l’horrible histoire.
« Il allait travailler, il était parti pour travailler … C’est ce qu’il avait dit. Il m’a laissé dans un lit d’hôpital son fils en mains et il m’a dit je t’aime ! Je pars mais je t’aime et je reviens. J’ai cru… je l’ai cru… Et puis nous sommes sortis de l’hôpital. Je rentrais avec toi et… et… sur la table j’ai vu les papiers….»
Elle s’est tue, larmes aux yeux. Son visage s’est déformé j’en avais peur. Dans son regard noyé de larmes, se lisait la douleur qui traversa tout son visage et se figea sur ses lèvres ; quel affreux spectacle. Pas la moindre retenue, le portrait de la douleur se retrouve parfaitement personnifié. Elle suffoque, je m’éloigne, j’ai peur…
« Je l’aimais ! Je l’aimais ! »
Elle a redit ces mots, hystérique encore et encore pendant de longues minutes. J’aurais voulu faire quelques choses mais mon petit corps impuissant resta terrer dans le coin du mur où je m’étais réfugié.
« Je n’en voulais pas… ni de l’argent, ni de la maison !… Je le voulais lui ! Je voulais un père, mon mari ; je ne voulais que son regard, sa chaleur, je ne voulais que lui… son amour, sa douceur, ses mots doux… pas ces horreurs qu’il m’a laissé ! »
Et elle criait et pleurait, j’en avais mal. Mon petit cœur a cédé j’ai pleuré aussi. Toutes les larmes de mon corps, toute la douleur de ma mère, toute l’absence de mon père, toute mon impuissance je l’ai déversée en criant à l’unisson avec ma mère. Puis ils sont entrés avec leurs blouses blanches et leurs visages impassibles. Ils ont saisi ma mère et l’ont attachée à son lit. Une femme a sorti une seringue, l’a remplie d’un liquide étrange et a piqué ma mère qui se débattait. La voix de ma mère a disparu, elle ne bougeait plus ; j’ai cru qu’il l’avait tué alors j’ai sauté vers son lit. Je n’ai rien compris, je pleurais, je l’appelais rien. Je la secouais, la suppliais, rien. L’un des gorilles m’a saisi qu’allait-il me faire ? Rien. Il m’a sorti de la chambre. Dehors une dame et une petite fille m’attendaient semble-t-il. La dame qui ressemblait assez à maman me prit dans ses bras.
« Ne t’inquiètes pas mon chéri ça va aller. Nous rentrons chez nous désormais. Je n’aurais jamais dû te laisser la voire dans cet état. Nous rentrons mon petit. »
Ce jour là et bien c’est le jour où j’ai su. C’est le jour où j’ai su pourquoi je n’avais pas de père ; le jour où j’ai su pourquoi je ne voyais pas ma mère ; le jour où j’ai su que ma mère était folle à cause de lui ; c’est l’ignoble jour où j’ai vu le chagrin prendre le contrôle de mon existence, de mes paroles et de mes silences. C’est le jour où j’ai su tout simplement.

Une ligne de douleur la voici longue comme un chemin de fer reliant l’univers la douleur d’un gens sans amour sans personne sans torse ni bras pour vous serrer contre soi vous parler de tout vous parler de rien vous aimer pour tout vous aimer pour rien une ligne de souffrance aussi longue que les jours du monde intarissable souffrance au gout acre de cyanure le gout de la mort voilà ce qu’est le gout de la vie sans amour.
Ad dolorem
Harry D.  

Harry D. et FAHI Leila, Tous droits réservés 

 

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