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Le Griot (épisode 1)

« Assis au fond de ma case terrassé par une dépression chronique je me presse d’allumer ma télé histoire d’oublier les maux du monde et noyer le chagrin de ma triste vie… Erreur !
Mon nom est Samba Diallo je suis le seul griot d’Afrique qui ne sache ni chanter ni conter. Chez moi l’on est griot de pères en fils, de fils sans père. Et pour mon malheur l’Afrique m’a fait naitre ici en terre noir… Erreur !?
Les mots qui suivent et qui précèdent, mon neveu les écrit ; je vous l’ai dit je ne sais ni chanter ni conter. Je vais tant bien que mal vous narrer mon histoire par sa plume. Tant bien que mal vous faire voir le monde que j’ai vu et où je vis, monde d’un acculturé parmi milles autres perdu dans une mission qui n’était même pas sienne… Erreur !!!
Mon nom est Samba Diallo retenez le bien ce nom ne vous quittera plus. Entrez dans ma case diner avec moi et moi avec vous ; entendre mon récit et voire mes pays ; rencontrer ma fille et qui sait l’épouser ; voyager dans mille temps et ici et ailleurs ; j’ose croire qu’au moins cela ne sera pas une… Erreur. »

HARRY D.

Chapitre 1 : La rencontre
Un soir sous un baobab à Abidjan, j’étais assis, attendant je ne sais quoi en cuvant ma bière du couchant. Dans ce beau parc, j’aimais passer du temps, regardant jouer sauter marcher et courir les passants. Tout semblait si beaux sous les derniers éclats du soleil et à la lumière naissante des réverbères. Tout et surtout les femmes.
En me levant pour rejoindre le maquis du coin, j’en vis une qui ma foi me coupa le souffle. Elle était ronde et belle ; un visage d’ange et un corps gracieux ; une peau noir-soie et des cheveux crépus d’une longueur indécente. Elle était assise à l’intérieur, à la fenêtre du café « Le littéraire » et discutait avec une autre femme tout aussi mignonne mais ne me grisant pas autant que sa copine. J’oubliai le maquis, heureusement que je suis bien sapé ce soir, café « Littéraire », ce soir c’est entre toi, moi et cette beauté sublime.
Je rentre et m’assieds à une table près de celle de ma cible. Je commande du thé parait-il çà fait distingué. Je lorgne la scène un petit bonhomme s’amuse à déclamer des vers sans queue ni tête ; la rime, la rime, toujours la rime ; jusqu’à quel point l’esthétique videra t’il le sens de l’art. Heureusement que ce n’est pas là l’objet de ma présence. Je me retourne vers la déesse, ses yeux sont désormais rivés sur la scène ; de beaux yeux d’un marron clair souligné par une délicate trace de maquillage. J’aime. Son visage est rond ces lèvres pulpeuses, que de promesses suspendues à ces petites choses. Mes yeux descendent, détaillent l’encolure de la belle chemise en tissu pagne de ma proie ; et là, jackpot ! Parfaitement comme je les aime, le juste dosage de générosité mon plus grand plaisir.
Je suis coupé dans ma réflexion ; la salle applaudit, le jeunot a fini et ma belle aussi sourire aux lèvres accompagne la foule dans cette louange que je ne comprends pas. Où sont les émotions ? Où est le vivant, la magie, le partage, la folie, le vrai ? Où est l’art ? Du peu que j’ai vu, il n’y avait rien qui mérite ne serait-ce qu’une tape dans le dos. Ma belle a donc si mauvais goût ou elle suit juste le mouvement ? Je lui demanderai plus tard. La serveuse dépose mon thé et déjà quelqu’un d’autre monte sur scène, un rasta man guitare à la main çà promet…
Je retourne à l’objet de mes désirs. Elle discute de nouveau avec son amie, pouffe de rire de temps à autres ; ah les adorables petites. Je pense donc mon plan d’attaque. Foncer droit au but ou préférer l’approche subtile là est la question. Je l’observe et conclue qu’une beauté comme ça vaut bien quelques efforts. Alors comment ? De nouveaux applaudissements viennent perturber ma réflexion ; je bois une gorgée de thé et les mots de l’imprésario donnent une conclusion à ma recherche. Il faudrait un volontaire sur scène. Je balaie la salle du regard, tout le monde hésite. Je souris, tousse pour racler ma gorge, me lève, ajuste ma chemise noire en coton et me dirige vers la scène salué par des applaudissements. Décidemment, ils applaudissent pour tout et pour rien, excellent public que voilà. Je m’arrête à la table du rasta man de tout à l’heure. Je négocie sa guitare une minute et il me la concède volontiers. Armé, j’investi le tabouret de la scène positionne le micro et engage après un soupir.
« Mon nom est Lamine Diallo ; Ma profession… griot. Chez moi l’on conte tout, l’on conte pour rien et l’on conte partout. Et ce soir je conterai la femme, je conterai l’amour. Je dédie donc mes pauvres mots à une déesse qui ce soir a quitté les cieux pour séduire mon cœur et voler mon âme.
C’est donc en ré sous cette nuit dorée qu’apparait ma belle déesse,
Du milieu de la savane à la noble forêt tous les peuples bantous ou non chantent ma déesse ;
Elle est belle comme le couchant.
Des profondeurs du désert aux plus montagnes les hommes louent sa beauté ;
Douce comme une mangue fleurie
Suave comme une canne à sucre mature ;
Déesse des amours, maitresse des passions ;
Mes mots cherchent à vous dire mais n’y arrivent point,
Mes phrases cherchent à vous décrire mais n’y arrivent pas non plus;
Ma dame les trésors de l’Afrique se nichent dans chaque courbe de votre corps,
Et mon regard d’homme se noie dans l’océan de votre charme
Ma raison même la suit et se perd à vouloir vous désirer ;
O que vous êtes belle femme déesse.
Je veux vous séduire mon petit papillon de grâces,
Je veux vous saisir ma beauté voleuse d’âme ;
(…) »
Et j’ai continué ainsi puisant mon inspiration et dans ses yeux et dans mon cœur et dans la nuit. Et au bout de cinq minutes, j’ai conclu en la regardant droit dans les yeux : « A la charmante inconnue assise à la fenêtre ». Je me suis retiré de scène un peu critique quant à la qualité de ma prestation. Puis avec les applaudissements du public et constatant le regard un peu gêné de ma belle je me dis en moi-même que j’avais fait mon petit effet. Je me rassis à ma table comme si de rien était, sentant les regards des deux jeunes filles peser sur ma nuque. Après deux minutes quand un autre se lançait sur la scène, je me retournai vers elles, souris à ma belle qui détourne le regard en rougissant. J’attends un peu puis me lève et avance vers leur table.
Nous avons parlé de tout et de rien, d’art et d’amour, de vie et de passion, de mort et du temps… Nous avons discuté près d’une heure durant. Sentant ma proie mordue, je proposai que nous allions diner à mes frais dans un petit resto du coin. La copine se défila prétextant un couvre-feu et la suivant, ma belle étudiante en littérature (ça je l’avais découvert dans la discussion) me fila entre les doigts. Ce ne sera donc pas pour ce soir. Alors que mes espoirs s’évanouissaient dans le sillage de leur pas, un miracle se produisit. Yasmine ma belle étudiante se retourna, courut vers moi me tendit un bout de papier avec son numéro et s’en retourna sur ces derniers mots : « A demain Lamine ».
Ces mots sonnèrent dans mon esprit toute la nuit et demain vint heureusement avec l’accomplissement de ses promesses, un diner avec ma reine. Hélas toujours pas de conclusion, ma dame était tenace. Troisième rencontre un cinéma, toujours rien ; quatrième balade au parc, rien de mieux. Un mois se passe et j’attends, patient, confiant. Puis au bout de trois mois je perds tout espoir, tout ce travail de séduction et de galanterie pour rien ??? Non je ne l’accepterai pas. Ce soir elle dine chez moi et elle ne rentrera surement pas comme elle est venue.
Poli, charmeur, rieur, elle cèdera ; nous mangeons sans anicroches, madame est comblée. Je l’invite à visiter ma bibliothèque, elle jubile. Entre deux phrases et deux rayons de mon immense bibliothèque, je me rapproche et un baiser plus tard je conclu mon affaire rondement menée. Nous continuons notre histoire quatre mois jusqu’au jour où ma déesse m’annonce la nouvelle que vous connaissez surement. Neuf mois plus tard, je me retrouve donc père d’un Samba Diallo ; madame veut que je l’épouse, elle veut une famille mais je ne crois pas être fait pour cela.
Je l’ai pris dans mes bras ce petit être qui surement tient plus de sa mère que de moi ; ce petit bout d’humain potelé et rose comme une prune pas prête ; je te tiens mon fils première rencontre entre un père et sa chair, entre mon sang et moi-même. L’émotion m’envahit je n’étais pas prêt pour une telle rencontre alors je disparais. Je prends mon avion le soir même et retourne chez moi à Dakar. Je laisse un mot à la mère, un appartement, un compte bancaire bien garni et un dernier je t’aime menteur, le tout avant de disparaitre pour toujours.

[…]

 

Harry D et FAHI Leila, tous droits réservés

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